14/10/2021

Sans René Langel, l'avenir perd une mémoire...

Unknown-11.jpeg
Unknown-2.jpegJournaliste culturel de haut vol, honnête homme aux mille curiosités, écologiste avant l'heure, passionné de jazz co-fondateur du festival de Montreux avec Claude Nobs et Géo Voumard, notre mentor de quelques années et notre ami de longue date vient de nous quitter à l'âge de 97 ans. Tristesse et douces pensées à son adorable Claude, avec laquelle nous avons aussi tant partagé...
 
Nous avions vingt ans et des poussières, et René Langel est le premier rédacteur en chef qui nous a accueillis et stimulés à l'enseigne de la Tribune de Lausanne, puis dans l'équipe du magazine Tribune-Dimanche.
Nous les jeunes, nous nous intéressions à la littérature, au théâtre, au cinéma ou aux beaux-arts. Il y avait là Richard Garzarolli, Françoise Jaunin, Daniel Jeannet, d’autres encore, sur le même rang que les vieux de la vieille que figuraient le chroniqueur musical Henri Jaton et Freddy Buache le timonier de la Cinémathèque suisse, Antoine Livio le grand connaisseur d'opéra et de danse et d’autres sûrement. Nous les jeunes, René nous a tout de suite tutoyés, lui le gentleman toujours bien sapé et plutôt pudique, à l'écoute mais jamais flatteur donc sans la moindre démagogie «jeuniste»; et tout de suite il nous a fait confiance.
Témoignage perso : après quelques mois de collaboration littéraire, ainsi, René Langel m’a envoyé en Tunisie faire un reportage sur les débuts du tourisme de masse, avant de me permettre de multiples sauts à Paris où j’ai rencontré le sociologue Edgar Morin, le polémologue Gaston Bouthoul, l’ethnologue Georges Balandier, à la même époque ou nous aurons entamé avec Garzarolli, en lanceurs d’alerte avant l’heure, une longue série écologique intitulée S.O.S survie, combinant entretiens (avec Jean Dorst, Louis Leprince-Ringuet, Haroun Tazieff et bien d’autres) et reportages, à côté desquels, une semaine après l’autre, René Langel signait un édito bref et vif sous le titre récurrent d’Aujourd’hui l’avenir.
Aujourd'hui l'avenir: la formule résume le tour d'esprit de René, aussi sensible au "profond aujourd'hui" dont parlait Cendrars qu'au devenir de l'espèce, en toute considération respectueuse, mais dénuée de bigoterie, du passé, et plus exactement de tous les passés des diverses cultures humaines - au dam surtout de toute idéologie. Autre souvenir perso: que c'est grâce à ce mentor de mes jeunes années de polygraphe que je me suis affranchi des relents de marxisme m'empêchant de percevoir la complexité du réel, alors même qu'il me laissait libre absolument de m'exprimer.
Or la façon de René Langel de se dire plus "révolutionnaire" que les contestataires politisés avait beau m'agacer parfois: ses vues sur la destruction de l'environnement, sa façon de remettre en question la médecine occidentale, son rejet de tout dogmatisme religieux et sa curiosité diversifiée en matière scientifique, enfin son indépendance par rapport au milieu médiatique m'en imposaient; et la présence à ses côtés de Claude Langel, figure lumineuse de la Tribune-Dimanche pratiquant l'intelligence du coeur à la manière de la grande Colette, dont elle partageait aussi la gouaille, complétait cet ensemble de très formatrice compagnie...
Unknown-12.jpeg
Un premier hommage conséquent a été rendu, dans les colonnes de 24 Heures et dans les médias romands, au René Langel passionné de jazz qui fonda, avec ses compères Claude Nobs et Géo Voumard, le Montreux Jazz festival de renom mondial, et nous avons eu le privilège privé de le voir au saxo, avec son complice Yvan Ischer, au nonantième anniversaire de Claude, mais ce qui reste méconnu de cet homme-orchestre, à part ses livres publiés sur le jazz blanc et les victoires de l'écolo Franz Weber dont il fut le compagnon de route, est le tapuscrit d'un petit roman très singulier, abordant notamment la question du saut quantique entre diverses dimensions du temps.
Or qu'en est-il, après le départ subit de René, de ce projet de publication qui lui tenait à coeur, où l'avenir que nous percevons aujourd'hui reste un mystère ? Le mot et la question ne seraient pas pour lui déplaire: mystère...
René Langel. Le Jazz orphelin de l’Afrique. Payot, 2001.
Franz Weber, L’homme aux victoires de l’impossible. Editions Favre, 2004.
Unknown-13.jpeg  Unknown-14.jpeg