18/04/2008

René Frégni « efface » son juge

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RECIT-VERITE Avec Tu tomberas avec la nuit, l’écrivain bafoué retrouve son honneur
L’affaire avait fait grand bruit. Livrée en pâture aux médias après une garde à vue plus que musclée, la nouvelle selon laquelle René Frégni, écrivain à Manosque connu pour ses livres et ses ateliers d’écriture dans les prisons, se trouvait compromis dans une affaire de blanchiment d’argent sale en complicité avec un caïd du grand banditisme marseillais, se répandit à la stupeur de son entourage proche et lointain. Des mois et des années durant, d’interrogatoires en perquisitions et d’humiliations en menaces, l’écrivain fut ensuite le souffre-douleurs d’un juge nommé Second, aussi insignifiant d’aspect que retors de comportement, jubilant à l’idée d’avoir débusqué un gros bonnet du crime organisé en la personne d’un auteur connu.
Au début de son récit, René Frégni évoque le moment de soulagement correspondant à sa décision d’aller tuer son juge, et son livre s’achève sur la satisfaction de l’avoir effacé symboliquement avec sa plume, « face à la lumière, au vent et à la mer ». Entre deux se déploie « un vrai roman », comme on dit, qui va bien au-delà du fait divers ou du règlement de comptes.
L’histoire commence après la publication du premier roman de Frégni, appelé à animer un atelier d’écriture dans une prison d’Avignon, alors qu’il ne croit pas du tout lui-même à la création collective. Du moins s’aperçoit-il vite que l’écriture peut-être une planche de salut pour les taulards. « Combien de détenus m’ont dit : - J’avais oublié toutes les odeurs, un jour j’ai écrit par hasard le mot figuier, le mot septembre et brusquement tout est remonté : l’herbe mouillée des matins d’automne, la brume qui accompagne une rivière, le bruit de l’eau, celui des chiens de chasse, la saveur extraordinaire d’une figue encore couverte de rosée… »
C’est en prison que René Frégni a rencontré un certain Max, caïd qui lui vouera une immense reconnaissance pour ce qu’il lui a fait découvrir. Mais avant de revenir à Max, il faut parler de la redoutable Karine qui, un jour, sachant qu’il va régulièrement de Manosque à la prison de Luynes où son petit ami purge une peine, le persuade de l’emmener à l’oeil. Or ladite Karine est une vraie terreur, issue d’une famille de sinistres frappes qui, après le refus de René Frégni de continuer de voiturer Karine l’arnaqueuse, se mettent à le persécuter, lui et sa petite fille. C’est alors qu’intervient Max, appelé à la rescousse et imposant en deux temps trois mouvements sa protection de caïd avant de proposer à à l’écrivain de monter ensemble un restau sympa…
René Frégni a-t-il péché par candeur en acceptant de co-gérer ce restaurant avec le fameux Max ? Sans doute, mais c’est la seule faute qu’il aura finalement commise, comme en ont vite convenu les policiers : dossier vide.
Pas pour le juge Second en revanche, qui se démènera comme un véritable potentat en multipliant les abus de pouvoir, jusqu’à l’Erreur qui permettra à l'avocat de l’écrivain de lui clouer enfin le bec. Du moins le récit de Frégni en dit-il long sur cette question bien française des juges, cerise polémique sur un savoureux de poésie et d’humanité.

René Frégni. Tu tomberas avec la nuit. Denoël, 130p.