03/05/2012

JLK se met au vert

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Le critique littéraire de 24Heures tourne la page du journalisme le 15 mai ,mais il n'abandonne pas sa passion des livres.

par PhilippeDubath


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On dirait un repaire d'écrivain.Ça tombe bien, c'en est un. Ce chalet qui frôle la forêt, tout en haut d'une pente rude qu'il faut gravir à pied, c'est celui de Jean-Louis Kuffer et de son épouse Lucienne, au vallon de Villard. Ils vivent ici depuis une dizaine d'années, en belle complicité avec leurs deux filles, avec les narcisses et les chevreuils, avec le lac et les montagnes, avec les lumières des saisons qui changent à chaque heure de chaque jour.

Entrons. A gauche, à droite, en haut, en bas, ici, au salon, à la cuisine, dans les chambres, dans les couloirs, partout des livres. Le critique littéraire de 24 heures en a lu une grande partie. Et il garde les plus aimés, les plus précieux. Les autres, il les transmet. «Mais c'est dur de se séparer d'un livre, car dans chacun d'entre eux, un homme, une femme, a mis un peu de sa vie.»

Les livres sont ses amis. Depuis vingt-trois ans, dans 24 heures, avec une attention brûlante pour la littérature francophone, il les présente, les explique, les passe en quelque sorte au lecteur pour lequel il est une solide et rassurante référence. Il l'est d'ailleurs bien au-delà des frontières du canton et même de la Suisse. Car parlez de JLK dans les maisons d'édition de tout l'Hexagone, elles connaissent, et elles respectent.

Bon, le café est chaud, le brouillard se balade devant les fenêtres du chalet La Désirade, Jean-Louis peut évoquer à la table de la cuisine la retraite qui l'attend dès le 15 mai prochain. «A part les grincements de mes articulations, j'ai plutôt le sentiment d'être plus jeune, intérieurement, qu'à 20 ans. Je me sens plus frais d'esprit, plus curieux, plus disponible, plus proche des autres,moins inquiet, moins fragile.»

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Il le dit sans hésiter: «L'horizon de la mort n'est pas une hantise.Tous lesmatins, au réveil, j'ai le sentiment d'ouvrir les yeux sur un univers tout noir, mais aux premiers chants d'oiseaux, aux premiers signes de lumière, le monde s'éclaire. Je vis ici dans un lieu idéal en harmonie parfaite avec Lucienne, qui est ma terre ferme, mon socle. Et mon sentiment de découverte et de perception de ce qui m'entoure est plus dense chaque jour.»

Mais la retraite, Jean-Louis, la retraite, à quoi peut-elle ressembler pour un homme qui a passé sa vie à écrire, qui a rédigé son premier texte sur le pacifisme - pour le journal des Unions chrétiennes - à 14 ans, et qui en est à son vingtième livre?

«Je ne sais pas si je vais ressentir quoi que ce soit, car je vais continuer à écrire, avec simplement davantage de temps encore pour mes projets personnels. J'appliquerai la pensée de Maurice Chappaz, qui disait que «le péché du monde moderne est d'avoir perdu son attention»; ou de Ramuz qui invitait à «laisser venir à soi l'immensité des choses». Je crois vraiment que lorsqu'on regarde attentivement les choses et les êtres, on les aime davantage.»

De Prévert à Highsmith

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Le chalet de Jean-Louis Kuffer est spacieux. Mais pas assez. La faute aux livres.Alors il a trouvé ce qu'il cherche depuis l'enfance, une cabane. «Une cabane dans les arbres. Celle-là n'est pas accrochée aux branches, mais posée sur un pâturage, face au lac.» Allons-y. Dix minutes demarche,même pas, dans le vert tendre des hêtres qui s'éveillent, et voilà l'isba, comme l'a baptisée JLK. «C'est une ancienne étable que m'a donnée un ami. J'y mettrai des livres, des fauteuils, un lit, et sur la table, toujours une bouteille de vin. Notre chalet est à l'écart, cette étable que j'aménage est à l'écart de l'écart. On pourra y lire, y écrire, y rassembler des amis.»

Et souhaitons-le: Jean-Louis y racontera aux passants ses rencontres littéraires et donc humaines. Il racontera comment il a renoncé à vingt ans, par timidité étouffante, à se rendre à un rendez-vous avec Jacques Prévert. Ou comment Patricia Highsmith, qu'il rencontrait au Tessin, lasse de parler d'elle-même, a fini par l'interviewer sur Georges Simenon, avant de publier deux pages sur le père de Maigret dans Libération...

JLK le critique de livres est lui-même un livre loin de se refermer, dont chaque page est une histoire. Rendez-vous à l'isba!



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Un bourlingueur du monde ouvre ses carnets

Jean-Louis Kuffer mène depuis longtemps une double vie qui ne présente aucun caractère secret: il est journaliste et écrivain. Ces deux existences, JLK les associe, les mélange, les marie dans son vingtième livre, qu'il vient de publier sous le titre de Chemins de traverse; lectures du monde 2000-2005. Tout y est, ses amitiés, ses amours, ses rencontres, ce qu'il appelle la poésie du monde des livres et celle du monde de tous les jours, familial, professionnel, ou cérébral. On peut trouver dans cette chronique élégante et dynamique une vaguelette d'égocentrisme; nous préférons y déceler un regard net et clair, franc, captivant, touchant aussi, d'un homme attentif à son propre chemin et à son époque. Un homme qui se sait «unique, comme chacun, donc irremplaçable». Enfant, Jean-Louis collait des mots et des images dans de grands cahiers. Dès l'âge de 15 ou 16 ans, il s'est mis à écrire chaque jour dans des carnets noirs ses impressions sur la vie. Il n'a jamais cessé et il n'arrêtera jamais de faire des livres. Son blog est un jardin très visité. Faites-y un détour, vous verrez, il y a de jolies fleurs à y cueillir.

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Chemins de traverse; lectures du monde 2000-2005. Postfacede Jean Ziegler. Editions Olivier Morattel, 413 p.

Blog de JLK: http://carnetsdejlk.hautetfort.com/livre

Portrait de JLK au vert: Philippe Dubath

Cette page a paru dans la rubrique culturelle de 24 Heures ce jeudi 3 mai 2012.

26/04/2012

Chemins de traverse

Traverse1.jpgChemins de Traverse ; lectures du monde 2000-2005. Le vingtième livre de JLK paraît chez Olivier Morattel.

Postface de Jean Ziegler.

 

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Vivre, lire et écrire : cela peut être tout un. Ce triple mouvement fonde en tout cas le projet, la démarche et la forme kaléidoscopique de ces Lectures du monde, dont voici le quatrième volume publié après L'Ambassade du papillon, Les passions partagées et Riches Heures.

Sous la forme d'une vaste chronique étoilée touchant aux divers genres du carnet de bord et du reportage littéraire, de l'aphorisme et du trait satirique, du récit de voyage et du journal d'écrivain au travail, ce livre tient d'un roman « dicté par la vie », reflet vivant de la réalité telle que nous la percevons par les temps qui courent, profuse et chatoyante, contradictoire, voire chaotique.

Sous le regard de l'écrivain en quête de plus de clarté et de cohérence, cette réalité participe tantôt du poids du monde et tantôt du chant du monde. La fin de vie d'un enfant malade, l'agonie muette d'une mère, les nouvelles quotidiennes d'un monde en proie à la violence et à l'injustice constituent la face sombre du tableau, qui devient vitrail en gloire sous la lumière de la création, à tous les sens du terme. 

D'un séjour en Egypte à d'innombrables escales parisiennes à la rencontre des écrivains de partout (tels Albert Cossery, Ahmadou Kourouma, Jean d'Ormesson, Carlos Fuentes, Amos Oz, Nancy Huston et tant d'autres), de Salamanque à Amsterdam, d'Algarve à Toronto, le lecteur suit un parcours zigzaguant qui ramène à tout coup au lieu privilégié de La Désirade, sur les hauts du lac Léman, au bord du ciel et dans l'intimité lumineuse de la « bonne amie ».   

Grandes lectures (Balzac, Dostoïevski, Proust, Céline), passions partagées de la peinture et du cinéma, pensées de l'aube au fil des saisons, effusion devant la nature, fusées poétiques, aperçus de la vie littéraire et de ses tumultes (Jacques Chessex entre insultes et retours amicaux), tribulations de l'amitié (la présence indomptablede Marius Daniel Popescu), clairières de la tendresse (la bonne présence des  filles de l'auteur), coups de gueule contre l'avachissement au goût du jour ou la perte du sens dans un monde voué au culte de l'argent : il ya de tout ça, à fines touches douces ou dures, dans Chemins de traverse.       

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Extrait de la Postface de Jean Ziegler à Chemins de traverse

« Mon cher Jean-Louis,

Je passe mes journées au Conseil des Droits de l'homme - les nouvelles de l'horreur commise sur des hommes, femmes et enfants syriens par des forces dites de « sécurité », dirigées par des fous sanguinaires, défilent... L'indifférence des ambassadeurs occidentaux est abyssale.

La nuit je te lis. Tes Chemins de traverse sont une traînée de lumière dans l'obscurité opaque.  « Le plus de choses dites avec le moins de mots ». Tu as réussi magnifiquement à satisfaire l'exigence que tu t'es adressée à toi-même. Ta langue brille de mille feux. Ces carnets, ces notes, ces portraits, ces fulgurances philosophiques respirent la liberté.

(...)

J'ai aimé, j'aime tes portraits, l'exactitude de ton trait. Et aussi la profonde sympathie qui porte ta parole. J'ai connu l'élégant et à moitié ermite de L'Hôtel La Louisiane, Albert Cossery, qui portait l'Egypte en soi partout où, dans son exil, il allait. Et Kourouma, le géant ivoirien.  Michel Polac, l'amer reclus... je les ai connus. Et les retrouve dans leur vérité, celle que tu fais surgir - somptueusement -, de ton interlocuteur.

Ton sous-titre est « Lectures du monde ». Anodin en apparence. Mais quelle lectures ! Tu écris : « Le vent dans l'herbe ou sur le sable est une chose et les mots pour l'évoquer participent d'autre chose ». Cette autre chose, bien sûr, est la littérature que tu habites, qui t'habite merveilleusement.

« Capter le souffle de la vie », cette ambition que tu évoques tout au début de ton livre, est pleinement réalisée, réussie par la force de ton imaginaire, de ton éblouissant talent.

Tes carnets se nourrissent de la mémoire, de la mémoire ressuscitée bien sûr. Je me souviens d'un passage des Mémoires d'Hadrien de Yourcenar : « La mémoire change et vit. Du bois mort s'enflamme tout à coup et la mémoire devient un lumineux autodafé ».

Toi, dans ton livre, tu creuses plus profondément, plus énergiquement l'humus de nos pensées, nos angoisses, nos espérances. Jusqu'à déterrer l'évidence que voici et que je trouve superbe : « La mémoire est une personne et plus encore : la chaîne des personnes et la somme des vivants ».

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Premier vernissage de Chemins de traverse

Au Salon international du Livre de Genève

Le vendredi 27 avril, scène de l'Apostrophe, de 17h.15 à 18h.

JLK évoquera sa pratique des carnets, 40 ans durant, leur mise en forme et les quatre volumes qui en ont été tirés, dans une forme toujours renouvelée. En dialogue avec Isabelle Falconnier, Olivier Morattel et, sous réserve, Jean Ziegler.   

JLK dédicacera son livre sur le stand d'Olivier Morattel (G952) ce vendredi de 19h.à 21h.30, samedi 28 avril, de 15h. à 16h; et dumanche 29 avril de 13h. à 14h. et de 17h. à 18h.

Vernissage amical et festif de Chemins de traverse, avec la sortie de deux nouveaux numéros du Passe-Muraille, 88 et 89.

Au Sycomore, à Lausanne. 20, rue des Terreaux.

Le mercredi 2 mai, de 18h à 21h, et plus si affinités.

Apérifif, lectures, musique et dédicaces.

 

Premier papier sur Chemins de traverse.

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Des Chemins de traverse intimistes, érudits et ivres de liberté.


par Isabelle Falconnier

Depuis l'an 2000, Jean-Louis Kuffer nous invite a partager son intimite d'homme qui lit et, partant, d'homme qui écrit. L'ambassade du papillon reprenait chez Campiche ses carnets de 1993 a 1999, Les Passions partagées, en 2005, remontait de 1973 a 1992, Riches heures, paru à L'Age d'Homme,  utilisait son Blog-notes 2005-2008 et ce nouvel ensemble de ses carnets, Chemins de traverse,rassemble ses Lectures du monde de 2000 a 2005.

Si Giacometti a cree un Homme qui marche archetypal, Kuffer construit décennie apres décennie un personnage d'homme qui lit dont la richesse fait oublier tous les autres. L'écrivain et journaliste né a Lausanne en 1947 vit en littérature: il lit les livres qui sortent, rencontre leurs auteurs, relit les livres auxquels ces écrivains lui font penser, ne se leve pas un matin sans ecrire quelques phrases qui seront publiees un jour, edite une revue litteraire - un homme de lettres dans tout son splendide mystère, sérieux, erudit, monomaniaque.

Depuis son adolescence, il prend des notes comme on accomplit une « espece de rite sacre », remplissant une centaine de carnets constituant un journal devenu la « base continue de [sa] presence au monde et de [son] activite d'ecrivain ».

Ce volume le suit de Lausanne à sa maison La Desirade, a Villard-sur-Chamby (VD), de Paris a l'Espagne ou la Belgique ou il est envoye en reportage. On suit des personnages récurrents qui composent son corps de garde rapproché: ses deux grandes filles, sa mere, qui decede en cours de journal et qui nous vaut les lignes les plus emouvantes du livre, sa femme, cette « bonne amie », son ami l'ecrivain Marius Daniel Popescu, compagnon exclusif de soirees d'exces dont Kuffer tente de se preserver. On croise des dizaines d'écrivains morts ou vifs qui forment une belle cosmogonie litteraire - Philip Roth, Ahmadou Kourouma, Timothy Findley, Jean d'Ormesson, Pascale Kramer, Amos Oz, Nancy Huston - d'anciens amis: Haldas, Dimitrijevic, Chessex - avec lesquels l'auteur a prefere se brouiller plutôt que de perdre sa liberte. "Je tiens plus a la liberte qu'a l'amitie. (...) Je tiens plus a la paix interieure qu'a l'amitie."

On assiste a la naissance de son blog, simple jeu devenu veritable stimulation. Se faconne page apres page un honnête homme, lucide (« Aux yeux de certains je fais figure d'extravagant, pour d'autres je suis celui qui a céée au pouvoir médiatique, mais ma verite est tout ailleurs (...). »), narcissique (« Se regarder n'est pas du narcissisme si  c'est l'humanite qu'on scrute dans son miroir. »), attachant.



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Jean-Louis Kuffer. Chemins de traverse. Lectures du monde 2000-2005. Postface de Jean Ziegler. Olivier Morattel éditeur, 420 p.

 

01/02/2009

La beauté sur la terre

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Carnets de Thierry Vernet


Thierry Vernet s’est éteint au soir du 1er octobre 1993, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer. Genevois d’origine, le peintre avait vécu à Belleville depuis 1958 avec Floristella Stephani, son épouse, artiste peintre elle aussi. Thierry Vernet avait été le compagnon de route de Nicolas Bouvier durant le long périple que celui-ci évoque dans L’Usage du monde, précisément illustré par Vernet.
A part son œuvre peint, considérable, Thierry Vernet a laissé des carnets, tenus entre sa trente-troisième année et les derniers jours de sa vie, qui constituent une somme de notations souvent pénétrantes sur l’art et la vie.

« La beauté est ce qui abolit le temps »

« Je ne sais pas qui je suis, mais mes tableaux, eux, le savent ».

« Mille distractions nous sollicitent. La radio, le bruit, le cinéma, les journaux Autrefois on devait être face à face avec son démon, on devait patiemment élucider son mystère. Maintenant, vite, entre deux distractions, on doit tout dire, avec brio de chic, faire son œuvre en coup de vent. A moins… à moins de résister aux distractions ».

« L’Art commence quand, après une longue et patiente partie d’échecs, d’un coup de genou sous la table on fait tout valser ».


« D’heureux malgré le doute, arriver à être heureux à cause du doute ».

« Faire la planche sur le fleuve du Temps ».

Vernet6.JPG« C’est dans les larmes qu’on parvient à la géométrie ».

« Aux gens normaux le miracle est interdit ».

« Il suffit de voir qui réussit, et auprès de qui, pour être rassuré et encouragé ».

« Nous vivons, en ce temps, sous la théocratie de l’argent ; et malgré soi on sacrifie de façon permanente à ce culte hideux ».

« D’ailleurs c’est bien simple : ou bien les hommes sont ouverts, autrement dit infinis, ou bien ils sont fermés, finis, et dans ce cas on peut les empiler. Ou en faire n’importe quoi ».

« Nous qui avons une patte restée coincée dans le tiroir de l’adolescence, nous en garderons toujours, sous nos rides, quelque chose ».

« D’abord la sensation est souveraine, ensuite le tableau est souverain. Entre ces deux souveraientés, il y a la révolution ».

« Dieu est éternel, le diable est sempiternel ».

« En matière de peinture, la lumière n'a rien à voir avec l’éclairage ».

« Quand son corps devient infréquentable, il convient de le servir poliment, juste ce qu’il demande, et de penser à autre chose, avec enthousiasme ».

« Les visages : des ampoules électriques plus ou moins allumées ».

« Les gens de la rue sont des bouteilles, des quilles, les automobiles des savons échappées de mains maladroites ; Dieu que le monde est beau ! »

« Monsieur Pomarède, mon voisin retraité de la rue des Cascades, me voyant porter un châssis, me dit : « Vous faites de la peinture, c’est bien, ça occupe ! »

Vernet7.JPG« Une forme doit avoir les yeux ouverts et le cul fermé ».

« Je me bats, et il est normal qu’à la guerre on prenne des coups ».

« Ajouter ne serait-ce que sur 10cm2 un peu de beauté au monde, ce qui diminuera d’autant et probablement bien plus de sa laideur ».

« Si l’on tue en soi-même l’espérance du Paradis, on n’hérite que de l’Enfer. C’est, me semble-t-il, le choix de notre civilisation ».

« La foi en le vraisemblable ne nous sauvera pas de grand-chose ».

« Votre société s’ingénie à rendre le désespoir attrayant ».



« La mort, ma mort, je veux la faire chier un max à attendre devant ma porte, à piétiner le paillasson. Mais quand il sera manifeste que le temps est venu de la faire entrer, je lui offrirai le thé et la recevrai cordialement ».

« Je suis un chiffon sale présentement dans la machine à laver. Lâche, hypocrite, flagorneur, luxurieux, cédant au moindre zéphyr de mes désirs et tentations diverses, comptant sur un sourire et mes acquiescements pour conquérir quelques cœurs utiles (et cela enfant déjà pour « m’en tirer » !). La machine à laver à de quoi faire. Mieux vaut tard que jamais.

Le 4 septembre 1993, et ce fut sa dernière inscription, Thierry Vernet notait enfin ceci : « Je peins ce que je crois avoir vu. 4/5 de mon élan m’attache à notre vie et à tout ce qu’elle nous donne de merveilleux, mais 1/5 m’attire vers la vie éternelle d’où tant de bras se tendent pour m’accueillir ».

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