04/03/2018

Un autre Joël Dicker

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Sous les dehors d’un polar à l’américaine pastichant plus ou moins les séries du genre, le nouveau roman du jeune écrivain «cultissime», captivant autant que le premier et moins convenu que le suivant, cache autre chose qui relève d’une perception plus pénétrante de la réalité tragi-comique de notre monde.

On sort de la lecture de La Disparition de Stephanie Mailer avec l’impression d’émerger d’une espèce de magma d’images et de visages, de visions et de voix, d’intrigues humaines et de secrets emboîtés les uns dans les autres comme des poupées russes, de scènes et de situations renvoyant aux situations et aux scènes d’autant de récits plus ou moins policiers de l’époque, entre autres séries dont la matière et la dramaturgie souvent stéréotypées constitueraient ce qu’on pourrait dire l’hypertexte des temps qui courent: on est encore sous le coup, comme les deux ou trois protagonistes attachants arrivés au bout de ce qui est pour eux autant une quête qu’une enquête, on reste assez sonné par la révélation finale de l’affaire, mais ce qu’il reste de cette lecture n’a rien de conventionnel (on a trouvé le coupable, ouf, passez lui les menottes, lisez-lui ses droits, etc.), plutôt concentré sur une dernière impression à la fois obscure et claire – la dernière impression d’une lecture est toujours la bonne – selon laquelle ce roman serait autre chose qu’un polar à l’américaine de plus… 

De la graphomanie en promotion mondiale 

Les aspirants écrivains font florès dans les romans de Joël Dicker, et cela ne s’arrange pas dans La Disparition de Stephanie Mailer, où celle-ci, journaliste de talent virée de la Revue littéraire de New York, style New Yorker en déclin, rêve de se faire un nom en tant qu’écrivain au même titre que l’ancien chef de la police d’Orphea, où se passe le roman, qui se pose en dramaturge génial autoproclamé; à ceux-là s’ajoutant un critique littéraire à la fois monumental, grotesque et touchant, ou ce directeur de revue, quinqua pathétique, que manipule une arriviste sans cœur et sans talent autre que celui de vilipender sa rivale plus douée. 

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Joël Dicker, fils de libraire genevoise, est un garçon trop bien élevé pour attaquer les monstres de front, ou peut-être est-il plus retors qu’on ne le croirait? Toujours est-il qu’on se rappelle, au rayon russe du grand magasin Littérature, que toute le monde écrivait dans l’entourage de Tolstoï: tous à s’épancher sur leur cher journal intime! 

Or nous y sommes revenus en plein: l’époque de Joël Dicker est celle d’Anna Todd, à savoir celle du le déferlement mondialisé de l’insignifiance privée via les réseaux sociaux, Youtube et ses myriades d’youtubés, les millions de lecteurs de Whatpad et tout le tremblement de ce que d’aucuns, pour ne pas rater un épisode tendance, taxent de «phénomène intéressant»… 

Quoi de commun avec Joël Dicker? Rien. De fait, ce jeune homme est une vieille peau. Joël est le contemporain, à un an près, de notre fille aînée archiviste et bibliothécaire, qui se trouverait tout à fait à l’aise dans le librairie d’Orphea, après avoir lu, entre dix et douze ans, dix ou douze fois Le Mouron rouge

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Joël Dicker n’est en rien un produit de marketing, comme l’ont prétendu les analystes de la faculté des lettres de Lausanne spécialisés dans les effets secondaires non significatifs du marché du livre, mais un lecteur compulsif de romans russes ou américains, un type intéressé par le théâtre d’Ibsen et de Tchekhov et un observateur attentif des vacations humaines les plus diverses, préparations culinaires et crimes de sang compris. 


De la filiation, du mimétisme, du mal et de la réparation 

Quatre thèmes intéressants courent à travers les romans de Joël Dicker, à savoir la filiation, la relation mimétique, le mal et la réparation. Le personnage de Harry Quebert les cristallisait à lui seul en tant que mentor du jeune protagoniste en quête de sujet et de gloire, de médiateur au sens où l’entend un René Girard dans son analyse de la relation mimétique, de criminel possible et de romancier attaché à démêler les racines du mal (titre de son présumé chef-d’œuvre), comme le jeune auteur-à-succès démêle aujourd’hui un nouvel imbroglio dont l’argument policier n’est pas le motif principal, même si la recherche du ou des coupables nous scotche nerveusement à l’action comme le sparadrap du capitaine Haddock, avec quel irrésistible effet tourne-pages...

 

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Clin d’œil à la filiation au sens le plus direct: la belle image de Joël Dicker en train d’en raconter une bien bonne à Bernard de Fallois, sur la 4ème de couverture de La Disparition de Stephanie Mailer, paraissant deux mois après la mort de la grande figure proustienne que fut l’éditeur et ami du jeune prodige, lequel a la classe de lui rester fidèle et de l’honorer. Or ce thème d’un lien entre générations passe aussi, chez Dicker, par les multiples hommages plus ou moins explicites qu’il rend à tout moment à ceux qui l’ont précédé, notamment écrivains, et au fil conducteur par excellence qu’est le livre, et plus généralement à la littérature, évoquée sans trace de pédantisme, ou aux genres apparentés du théâtre, du cinéma ou des séries télévisées. On se gardera de comparer Joël Dicker à Dostoïevski ou à Cervantès (!) mais ce n’est pas l’écraser, ni faire trop d’honneur au roman noir contemporain, que de rappeler la filiation entre Crime et châtiment, tiré d’un fait divers sordide, et les romans de James Ellroy ou de Simenon, les terrible nouvelles d’une Patricia Highsmith – véritable médium de l’observation des pathologies psychiques ou sociales de nos sociétés – ou les romans d’un Jo Nesbø. 

Est-ce dire que le jeune Joël fasse partie de cette tribu-là? Je ne le crois pas. Rien chez lui de fracassé ni de «métaphysique». Mais les références sont là, et l’on pourrait dire qu’il se sert du matériau policier, toutes proportions gardées une fois de plus, comme Cervantès emprunte à la tradition des romans de chevalerie pour lancer son Quichotte dans son combat contre les moulins à vent, et le comique du génial Espingouin n’est pas loin de la singulière cocasserie judéo-américaine de Dicker en certaines de ses pages. 

 Du serial killer au serial teller 

La figure du serial killer est censée représenter, dans les nouveaux stéréotypes, l’incarnation par excellence du mal, alors que sa récurrence mécanique devrait nous inquiéter pour une autre raison. Et si Jean-Patrick Manchette avait raison quand il dit que la fascination pour le serial killer va de pair avec une dilution de la notion de responsabilité dans un magma mêlant trauma d’origine (maman a été trop méchante ou trop gentille avec le tueur) et massacre compulsif à répétition? 

La question ne se pose pas du tout en ces termes dans le cas du tueur à multiples victimes qui joue à cache-cache au fil des pages de La Disparition de Stéphanie Mailer,vu qu’il ne tue pas par obsession récurrente psychopathologique mais pour effacer, de manière très organisée, son premier crime. Plusieurs autres personnages, dans le roman, auraient eu autant de raisons, sinon de meilleures que lui, de «faire le coup», et l’un d’eux passe même à l’acte en fin de roman à la satisfaction de la lectrice et du lecteur tant la victime, insupportable pécore, mérite de finir sa triste carrière d’intrigante dans le coffre arrière d’une voiture, avant de se dissoudre dans les fumées d’enfer d’une source de soufre! 

Joël Dicker n’est-il que l’habile page-turner que d’aucuns ont pointé du doigt faute de mieux expliciter son succès, après avoir invoqué un plan marketing encore plus bidon? Ne fait-il que surfer sur la vague du polar, et ne fait-il pas des manières en prétendant (dans l’entretien qu’il a accordé à notre camarade Isabelle Falconnier, dans Le Matin Dimanche du 25 février dernier) qu’il ne se sent pas plus auteur de romans policiers qu’il n’a le goût du genre, préférant le roman russe à ceux-là. Or cette mise au point, que je crois de bonne foi, n’exclut pas qu’il joue avec le genre, comme il joue avec les formes standardisées des meilleures séries anglo-saxonnes, qu’il s’agisse de True Detective pour l’enquête dédoublée en récit diachonique, de Revenge pour l’ambiance des Hamptons et la découpe de certains caractères, de Closer pour les démêlés de l’épatante Anna Kanner avec son entourage de flics machistes, et certaines scènes du livre, nombre de postures des protagonistes, et maints dialogues aussi suggèrent ou avèrent ce va-et-vient entre récit romanesque et montage cinématographique ou vidéo. 

Cependant, me semble-t-il, l’essentiel est ailleurs: dans la masse de tout ça, qui relève à la fois de la polyphonie narrative hyper-maîtrisée, d’une limpidité narrative comparable à celle des romans populaires, et dans la cohérence organique de l’ensemble du point de vue de la psychologie et des observations sociales, énormités comprises. 

De l’invraisemblance, fauteuse de comique 

Joël Dicker, comme un Simenon l’incarnait tout autrement, est une bête romanesque. Se fiche-t-il de nous quand il prétend écrire sans notes, sans documentation, sans plans préalables alors qu’il construit des labyrinthes spatio-temporels qui semblent si sciemment architecturés? Je n’en crois rien. Allez jeter un œil sur les carnets préparatoires de vrais romanciers et vous verrez parfois pareil, comme dans l’incroyable fatras préparatoire du saisissant Monsieur Ouine de Bernanos. Et l’alchimie créatrice aboutissant aux meilleurs romans de Simenon ou de Don DeLillo: des rêves qui prennent corps ou peu s’en faut! 

Du point de vue de l’orthodoxie «polaroïde», La Disparition de Stephanie Maileraccumule pas mal d’invraisemblances ou de situations abracadabrantes, mais on voit bien que Joël Dicker vise autre chose, comme lorsqu’il brosse le portrait, tout à fait caricatural, d’un flic se prenant pour le nouveau Shakespeare ou d’un critique littéraire s’identifiant carrément à Dieu le Père, comme cela arrive aussi bien. 

Mais au final, comme on dit, Joël Dicker est-il plus qu’un romancier-à-succès? Curieusement, jamais on ne s’est demandé si Roger Federer était plus qu’un joueur de tennis surdoué...  Ce qui est sûr, c’est le talent, et l’immense boulot fourni par le deux lascars quasi contemporains. Et pour Dicker, le pari sur l’avenir se fait plus réjouissant après Le Livre des Baltimore, où le wonderboy semblait un peu se complaire devant le miroir glamoureux de sa jeunesse. 

Le plus dur reste à faire: rester soi-même et grandir en génie sans perdre de sa fraîcheur. Le clin d’œil posthume d’un grand vieux Monsieur devrait aider le jeune homme à continuer de ne pas se prendre trop au sérieux tout en l’étant de plus en plus - raconte encore sale gamin!  

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Joël Dicker. La Disparition de Stephanie Mailer. Editions de Fallois, 634p.

06/06/2017

Compagnon de route

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À propos d'un livre amical proposant un Bref aperçu des âges de la vie. Où Jean-François Duval prouve qu'on peut être philosophe en méditant assis devant son chien, un couteau à pamplemousse ou sa vieille mère peinant à nouer ses lacets...

Jean-Francois Duval est à la fois un jeune fou et un vieux Monsieur posé, un enfant couratant en tous sens et le penseur de Rodin, un auto-stoppeur de tous les âges, l'homme de Cro-Magnon et le gérontonaute du futur - mais qui est au fond ce type qui ose dire JE et ne fait à vrai dire que ça sans s'exhiber pour autant devant sa webcam: plus discret, plus pudiquement réservé, plus débonnairement délicat ne se trouve pas souvent chez un JE qui n'est autre que notre NOUS multiface. Je suis donc nous sommes, pense en somme Jean-Francois Duval, et tous nos MOI volent en éclats après autant de mues, à travers les âges, pour se reconnaître dans cette universelle fiction verbale du JE. Au commencement était le verbe: JE suis donc Je pense donc j'écris, etc.

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Marcel Proust a fait l'inventaire pléthorique, dans sa Recherche du temps perdu, des multiples MOI de son Narrateur (l'un de ses MOI et plus encore), et de leurs transformations à travers les années et les circonstances, de leur effacement occasionnel ou de leur réapparition fortuite sous un effet non moins imprévu (le coup de la madeleine ou du pavé inégal), mais le JE qui gribouille ses cahiers est unique par sa voix et son ton, comme est unique la voix du rabbi juif Ieshoua (dixit André Chouraqui) ou le ton du poète beatnik Charles Bukowski.

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D'une façon analogue, mais avec un grain de sel de modestie narquoise, quelque part entre le pédagogue humoriste Roorda et le pédéraste ironiste Oscar Wilde, le compère Duval regroupe ses MOI et les nôtres pour leur faire danser le madison, cette danse en ligne des Sixties en laquelle il voit une sorte d'image du collectivisme bien tempéré, notant au passage que l'amer Michel Houellebecq gagnerait peut-être à s'y mettre. Bref, le JE du meilleur ami de sa chienne mène la danse et nos MOI fusionnent dans le temps en hologramme palimpsestueux...

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Comme le précise Wikipedia, Jean-Francois Duval, auteur d'une dizaine de livres, a longtemps disposé de ce sésame qu'est une carte de presse, qui lui a permis de rencontrer quelques grands écrivains et autres clochards dont il a documenté la vie quotidienne. C'est à ce titre sans doute qu'il a rencontré Alexandre Jollien, qui le gratifie ici d'une préface très fraternelle.
Or c'est avec le même passe-passe qu'un jour, rencontrant moi aussi Jollien après la parution de son premier livre, je vécus cet épisode qui pourrait être du pur Duval. À savoir que, ce jour-là, après que le fameux Alexandre se fut pointé à notre rendez vous à bord d'une espèce de grand tricycle, et nous trouvant à la porte de son bureau, il me pria d'insérer à sa place la clef dans la serrure de celui-ci pour pallier sa maladresse d’handicapé - après quoi le philosophe, tel un albatros désempêtré de son grand corps patapouf, s'envolait sur les ailes de la pensée de Boèce !
J'ai fait allusion à la chienne de Duval, qui est elle-même une question philosophique sur pattes, mais une anecdote encore à propos de Jollien, en promenade avec son ami au parc Mon- Repos de Lausanne dont les volières jouxtent un bassin à poissons rouges. Alors Alexandre à Jean-François : "Plutôt oiseau où poisson ?" Et Jean-François: plutôt oiseau, avec des ailes pour gagner le ciel. Mais Alexandre : plutôt poisson, pour échapper aux barreaux...
Ainsi ce Bref aperçu des âges de la vie fait-il valoir de multiples points de vue qui, souvent, se relativisent les uns les autres sans forcément s'annuler, et c'est là que l'âge aussi joue sa partie.

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Puisant ses éléments de sagesse un peu partout, Duval emprunte à Jean-Luc Godard, rencontré à Rolle au milieu de ses géraniums, l'idée selon laquelle les âges les plus réels de la vie sont la jeunesse et la vieillesse. Georges Simenon pensait lui aussi que l'essentiel d'une vie se grave dans les premières années, et à ce propos l'on retrouve, dans le livre de Duval, le charme et la totale liberté de parole des dictées du vieux romancier. Pour autant, Duval se garde d'idéaliser l'enfance ou l'âge de la retraite (ce seul mot d'ailleurs le fait rugir), pas plus que le familier des beatniks n'exalte les années 60 en général ou mai 68 en particulier.
Philosophiquement, au sens non académique en dépit de ses multiples allusions à Spinoza ou Sartre, Wittgenstein ou Camus, entre autres, Jean-Francois Duval s'inscrit à la fois dans la tradition des stoïciens à la Sénèque ou des voyageurs casaniers à la Montaigne, et plus encore dans la filiation des penseurs-poètes américains à la Thoreau, Emerson ou Whitman, avec une propension de conteur humoriste à la Chesterton ou à la Buzzati, toutes proportions gardées.

À cet égard, Duval ne pose jamais ni ne cherche à en imposer. Un pédant le raccordera peut-être à l'empirio-criticisme pour sa façon de découvrir l'essence de l'esprit critique dans le couteau courbe à pamplemousse, mais il n'en demande pas tant, et sa façon de constater la disparition du sentiment sartro-camusien de l'Absurde relève de l'observation non dogmatique.
À juste titre aussi, Duval constate l'augmentation de la presbytie liée à l'âge, qui nous fait trouver plus courts les siècles séparant les fresques de Lascaux des inscriptions numériques de la Silicon Valley, et plus dense chaque instant vécu. Rêvant de son père, le fils décline franchement l'offre de poursuivre avec celui-ci une conversation sempiternelle dans un hypothétique au-delà, en somme content de ce qui a été échangé durant une vie ou le non-dit voire le secret gardent leur légitimité; et ses visites à sa mère nonagénaire ne sont pas moins émouvantes, mais sans pathos, même s’il se sait exclu du bal des clones futurs.

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Un bon livre est, entre autres, une cabane où se réfugier des pluies acides et des emmerdeurs furieusement décidés à sauver le monde. Du moins Jean François Duval est-il un compère généreux , qui parie pour la bonne volonté pragmatique de nouvelles générations se rappelant plus ou moins les lendemains qui déchantent de diverses utopies meurtrières, sans cynisme pour autant.

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Dans ses observations de vieux youngster (ce salopard est né comme moi en 1947 !) Jean- François Duval constate que la marche distingue l'adulte de l'enfant (et du jogger ou du battant courant au bureau), de même que la station assise caractérise le penseur et son chien, tandis que le noble cheval dort debout dans la nuit pensive. Or la fantaisie n'est pas exclue de la vie du sage, que sa tondeuse à gazon mécanique emporte au-dessus des pelouses tel un ange de Chagall. Alexandre Vialatte dirait que c'est ainsi qu'Allah est grand, alors que Jollien souligne le bon usage de tous nos défauts (inconséquence et paresse comprises) dans notre effort quotidien de bien faire, rappelant l'exclamation de Whitman et la bonne fortune de chacun: "Un matin de gloire à ma fenêtre me satisfait davantage que tous les livres de métaphysique !"


images-5.jpegJean François Duval, Bref aperçu des âges de la vie. Préface d’Alexandre Jollien. Michalon, 238p. 2017.

03/04/2015

La pige à la mort

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À propos de L’Empreinte amoureuse de Mélanie Chappuis.

Le choc

Bruno Richard, beau mec journaliste de son état, en couple avec Marion et en ligne sur Facebook, apprend au tournant de sa quarantaine qu’il est atteint d’un cancer du foie, possiblement opérable sans tarder.

D’entrée de jeu, cependant, Bruno refuse d’aborder le sujet avec Marion et se cabre à l’idée d’un traitement qui signifierait dégradation physique et perte de dignité. N’empêche que la menace est là, qui le mine : c’est bien « pour lui » et pas un autre, et le lecteur aussi se sent concerné comme il l’a été à la lecture de La mort d’Ivan Illitch de Tolstoï, ou de Mars de Fritz Zorn, dont il sera d’ailleurs question dans les réflexions de Bruno. 

Comme le jeune  Dostoïevski à l’approche de l’exécution capitale à laquelle il échappera finalement, ou comme Ivan Illitch au moment où il apprend qu’il va mourir de maladie, Bruno se trouve au pied du mur et confronté à la vie qu’il a menée jusque-là. 

Au demeurant, son souci n’est pas tant de se demander, comme Ivan Illitch, quelles actions bonnes peuvent justifier son passage sur terre, mais quelle empreinte il a laissée au cœur des femmes qu’il a plus ou moins bien aimées. De là sa décision d’en tenir une espèce de journal rétrospectif, de son enfance aux jours qui lui restent.

 

D’amoureuses initiations

S’il y a de « l’homme à femmes » chez Bruno, la remémoration de ses amours n’a rien d’un inventaire à la Don Juan, relevant plutôt d’une ressaisie plus fine et détaillée, n’esquivant ni les malentendus ni les ratés ; une initiation amoureuse progressive où les sentiments propres à chaque âge le disputent aux sensations physiques, ou plus précisément sexuelles, inaugurées en Argentine  à l’adolescence, dans une camionnette malpropre, avec la classique professionnelle.

Or on peut avoir été dépucelé à treize ans : on n’en reste pas moins un dadais maladroit jusqu’à dix-huit ans et plus, alors que, côté cœur, on a déjà aimé et souffert dès son âge tendre, comme l’illustre ici le premier chapitre dédié à la jolie Yassa, aimée à Lagos par un Bruno de neuf ans et quittée sur de premiers adieux ratés.

Si les étapes de ces amoureuses initiations sont marquées par autant de prénoms féminins, ceux–ci sont également liés à des lieux du monde que distinguent de forts contrastes, du Nigeria (Yassa) en Argentine (Christina) puis de Berne (Laure, Malika) à New York (Michelle) ou à Fribourg (Marie, Nathalie), Berlin (Linda) ou Genève (Yulia, Caroline, Agnès, etc,) en zigzags existentiels, affectifs ou charnels ponctués de passes dangereuse (avec Yulia et la drogue), d’émouvantes impasses (Nathalie) ou quelques passions vives mais sans lendemains.

 

Un noyau sensible

Un thème récurrent de L’empreinte amoureuse est à relever, qu’on pourrait dire le flottement, ou la non-appartenance, le déracinement, le caractère erratique du protagoniste, assez typique en somme d’une génération semblant issue de partout et de nulle part. 

 

Or ce qui frappe, à la lecture du roman, est à la fois cet apparent éparpillement, naturellement lié au mode de vie cosmopolite des parents de Bruno (le père est diplomate), redoublé par le nomadisme existentiel et affectif du protagoniste, et, à l’inverse, en force centrifuge, le mouvement poussant Bruno à se recentrer régulièrement en fonction d’une espèce de noyau sensible, vibrant et constant.

Le monde de Bruno est celui des jeunes gens des années 90, lisses d’apparence voire superficiels pour autant qu’on ne gratte pas la trop flatteuse apparence. Bruno lui-même fait figure d’enfant né coiffé, en tout cas aux yeux de son ami Damien, le seul personnage masculin un peu développé, avec lequel il entretient un lien d’amitié-haine dont il finit par se délivrer ; et là encore Bruno rompt une relation déséquilibrée pour préserver son intégrité.

 

Les miroirs fertiles

Ce qu’il y a d’intéressant et de littérairement réussi, dans L’empreinte amoureuse, tient au fait que le roman prenne le pas sur la confession, à l’écoute des autres – presque toutes des femmes.

Bruno pense, ressent, réagit et s’exprime en homme, et c’est le premier mérite de Mélanie Chappuis que d’avoir endossé cette peau, cette cervelle, ce cœur  et ces glandes de mec, mais les portraits des vingt femmes qui se succèdent dans sa vie et le révèlent peu ou prou à lui-même ne sont pas moins bien sentis et détaillés, de Nathalie la cultivée-coincée à Yulia la défoncée, en passant par Caroline l’ardente craignant l’enlisement de la passion (son chagrin d’amour) et Marion-la perle, notamment.   

Bruno est un vrai personnage de roman, autonome et vivant, à savoir qu’on se fiche complètement de savoir s’il a un « modèle » dans la vie ou s’il constitue une projection « transgenre » de l’auteur. Mais c’est par les autres personnages féminins  qu’il se trouve, aussi, comme révélé et sculpté en ronde-bosse, chaque « empreinte », fût-elle peu flatteuse, contribuant à mieux le définir, y compris à ses propres yeux. 

 

L'amour plus fort, etc.

L’excellence de L’empreinte amoureuse tient à la fois à la justesse sans faille de son observation psychologique, au bonheur de ses évocations de lieux, à sa narration claire et fluide et à la qualité rare de ses dialogues, vifs et naturels.

Mélanie Chappuis pratique l’intelligence du cœur, sans rien jamais de mielleux, mais avec humour discret et fines piques au besoin.

À diverses reprises, Bruno se demande à quoi tient cette « maladie de vieux » que la vie lui colle à quarante ans, et la question n’est pas plus déplacée que de se demander si le cancer d’une vieille dame est aussi«grave » que celui d’une jolie ado.

Fritz Zorn a engagé sa « guerre totale » contre une maladie qui était à la fois la maladie d’une famille, et d’une société – d’un état des choses qui l’autorisait ( ?) à  dire que « naturellement » le cancer devait le prendre à la gorge.

La situation de Bruno est différente, mais pas forcément moins« grave », juste moins significative. Ce qui est sûr, c’est que la fureur désespérée de Zorn participe de son manque d’amour, au double sens du terme, alors que Bruno bascule du côté de la vie au nom de l’amour (cela dit sans nuance sentimentale à la Love story).

Son travail de mémoire l’y aide autant que la rage aimante de Marion, qui le menace de ne pas venir à son enterrement, et le happy end, qui pourrait sonner trop facilement « positif », s’inscrit assez naturellement dans la « logique », heureuse mais nullement assurée, du choix de Bruno de se battre. Une lettre émouvante, signée Marion, tiendra lieu d'épilogue.

« Je n’ai pas peur de mourir, dit Bruno tout au début du roman, « j’ai peur d’être malade ». Entre autres belles paroles : « Je n’admets pas d’être diminué devant les gens que j’aime » (…) « Question de dignité, au moins de politesse ».    

Or l'amour, suggère Mélanie Chappuis, peut faire la pige à la mort, au risque de manquer de « dignité » ou de « politesse »…

Mélanie Chappuis. L’empreinte amoureuse, L'Âge d'Homme, 171p.

22/01/2014

Le roman des Romands est Bantou

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Ce 22 janvier a été décerné, à l'Université de Neuchâtel,  le Prix du roman des Romands, qu'on pourrait dire le Goncourt des lycéens de Suisse francophone. Fondé en 2008 par Fabienne Althaus Humerose et doté de 15.000 francs, ce prix en est cette année à sa cinquième édition. Trois auteurs de chez Zoé restaient en lice: Anne Brécart, Dominique de Rivaz et Max Lobe. C'est finalement celui-ci qui remporte ce prix extrêmement bienvenu par son type de fonctionnement, impliquant la lecture et l'appréciaition de centaines de gymnasiens. Pour notre ami le Bantou, c'est  une formidable reconnaissance, autant que pour les dames de Zoé qui l'ont accueilli et magnifiquement coaché. Aux dernières nouvelles, Zoé publiera cette année le prochain roman de Max, que j'ai lu sur tapuscrit et beaucoup aimé. Sans gesticuler, avec humanité et talent, humour et gravité, Max Lobe va s'imposer comme un écrivain de premier ordre. Après une bourse de la Fondation Leenards, le prix du roman des Romands confirme largement l'accueil qu'il mérite !

 

 

Flash-back sur 39 Rue de Berne:

 

Son premier roman, d'une irrésistible vitalité, excelle dans le pleurer-rire. 39, rue de Berne marque la naissance d'un véritable écrivain.

 

Les commères de Douala en restent baba ! Les plus fameux caquets du Cameroun viennent en effet d'apprendre, par Facebook, qu'il y aurait en Suisse un jeune homme à la langue mieux pendue qu'elles toutes réunies: une espèce de griot-écrivain dont le verbe aurait la saveur d'une griotte veloutée et piquante. Le conditionnel tombe d'ailleurs puisque la nouvelle est de source "sûre-sûre", émanant de la très fiable AFP, en clair: l'Association des Filles des Pâquis, dont les bureaux se trouvent au 39, rue de Berne, en pleine Afrique genevoise. Or cette adresse est aussi le titre d'un livre écrit par ce prodige de la parlote, du nom de Max Lobe, aussi doué à l'écrit que pour la zumba ! Quel rapport y a-t-il entre un Camerounais de 26 ans bien éduqué, cinquième de sept enfants, débarqué à Lugano son bac en poche et diplômé en communication et management, actuellement en stage à la Commune de Renens, et le jeune Dipita, fils de prostituée aux Pâquis et condamné à cinq ans de prison pour le meurtre passionnel de son jeune ami William ? Le rapport s'intitule 39, rue de Berne, un vrai roman qui saisit immédiatement par sa densité humaine, la présence vibrante de ses personnages et l'aperçu de ce qui se passe en Afrique ou à côté de chez nous. De sa cellule de Champ-Dollon, Dipita raconte sa vie de garçon pas comme les autres, marqué en son enfance par les discours de son oncle Démoney. Rebelle très monté contre "papa Biya", le Président qu'il appelle "la Barbie de l'Elysée", l'oncle vitupère les magouilles du régime et le délabrement de la société, tout en recommandant à son neveu de ne pas se comporter à l'instar des hommes blancs qui pleurent comme des femmes et font de "mauvaises choses" entre eux. Or le même oncle, qui est à la fois le frère et le "papa" de Mbila, la mère de Dipita, n'a pas hésité à vendre celle-ci à des "Philanthropes-Bienfaiteurs" affiliés à un réseau international de prostitution, jusqu'à Genève où la jeune fille de 16 ans, abusivement vieillie sur son (faux) passeport, doit racheter sa liberté en payant de son corps. Dans la foulée, elle se fait engrosser par le chanteur-maquereau d'un groupe fameux, qui la pousse ensuite à conclure un mariage blanc avec un Monsieur Rappard spécialisé dans ce trafic lucratif. Pour faire bon poids, Mbila fourguera aussi de la cocaïne avec la complicité (de mauvaise grâce) du jeune Dipita. Enfin, cerise sur le gâteau, celui-ci, bravant les mises en gardes de son tonton, tombera raide amoureux d'un beau blond qui n'est autre que le fils du (faux) mari de sa mère. Glauque et compliqué tout ça ? Nullement: car Mbila, malgré ses humiliations atroces et sa colère contre son frère-papa, est aussi gaie que son fils est gay. Celui-ci garde par ailleurs respect et tendresse pour son oncle et sa tante Bilolo (la famille africaine, bien compliquée à nos yeux, reste sacrée), même si c'est chez les Filles des Pâquis, héritières d'une certaine Grisélidis, qu'il trouve refuge affectif et formation continue en toutes matières, y compris sexuelle.

 

Une langue-geste 

 

Notre grand Ramuz a fondé une langue-geste, qui travaille au corps toutes les formes de langage. Loin d'aligner les expressions locales, le romancier a forgé un style qui suggère les pensées et les émotions autant par les gestes de ses personnages que par leurs paroles. C'est exactement la démarche qu'on retrouve chez Max Lobe, qui ne sait rien de Ramuz mais a lu Ahmadou Kourouma et Henri Lopes et réussit à capter, dans son récit de conteur, des expressions souvent drôles mais plus encore significatives du doux mélange des cultures. Dans la bouche de l'oncle Démoney, le "cumul des mandats" devient "cumul des mangeoires". Dans celle de Dipita, le derrière rebondi de Mbila devient "cube magie". Et les mots de bassa ou de lingala y ajoutent leur son-couleur: le ndolo pour l'amour, le mbongo pour l'argent, notamment. Max Lobe a écrit 39,rue de Berne avec son sang et ses larmes, et sa joie de vivre, sa générosité, son élégance intérieure, sa tristesse ravalée, son incroyable sens du comique fusionnent dans un livre plein d'amour pour les gens et la vie. Le portrait (en creux) de Dipita est des plus attachants, et celui de Mbila bouleversant. La présidente de l'AFP, une digne dame Madeleine, a décerné au livre un prix spécial en matière d'observation. Et les commères de Douala se feront un plaisir de dérider les vertueuses Dames de Morges si celles-ci froncent le sourcil. Chiche que Calvin se mette à la zumba!

 

Zap001.pngMax Lobe. 39, rue de Berne. Zoé, 180p.

Cet article a paru dans le quotidien 24 Heures du 23 janvier 2013. 


23/01/2013

L'amour fou du Bantou

Maxou8.jpgSon premier roman, d'une irrésistible vitalité, excelle dans le pleurer-rire. 39, rue de Berne marque la naissance d'un véritable écrivain.

 

Les commères de Douala en restent baba ! Les plus fameux caquets du Cameroun viennent en effet d'apprendre, par Facebook, qu'il y aurait en Suisse un jeune homme à la langue mieux pendue qu'elles toutes réunies: une espèce de griot-écrivain dont le verbe aurait la saveur d'une griotte veloutée et piquante. Le conditionnel tombe d'ailleurs puisque la nouvelle est de source "sûre-sûre", émanant de la très fiable AFP, en clair: l'Association des Filles des Pâquis, dont les bureaux se trouvent au 39, rue de Berne, en pleine Afrique genevoise. Or cette adresse est aussi le titre d'un livre écrit par ce prodige de la parlote, du nom de Max Lobe, aussi doué à l'écrit que pour la zumba ! Quel rapport y a-t-il entre un Camerounais de 26 ans bien éduqué, cinquième de sept enfants, débarqué à Lugano son bac en poche et diplômé en communication et management, actuellement en stage à la Commune de Renens, et le jeune Dipita, fils de prostituée aux Pâquis et condamné à cinq ans de prison pour le meurtre passionnel de son jeune ami William ? Le rapport s'intitule 39, rue de Berne, un vrai roman qui saisit immédiatement par sa densité humaine, la présence vibrante de ses personnages et l'aperçu de ce qui se passe en Afrique ou à côté de chez nous. De sa cellule de Champ-Dollon, Dipita raconte sa vie de garçon pas comme les autres, marqué en son enfance par les discours de son oncle Démoney. Rebelle très monté contre "papa Biya", le Président qu'il appelle "la Barbie de l'Elysée", l'oncle vitupère les magouilles du régime et le délabrement de la société, tout en recommandant à son neveu de ne pas se comporter à l'instar des hommes blancs qui pleurent comme des femmes et font de "mauvaises choses" entre eux. Or le même oncle, qui est à la fois le frère et le "papa" de Mbila, la mère de Dipita, n'a pas hésité à vendre celle-ci à des "Philanthropes-Bienfaiteurs" affiliés à un réseau international de prostitution, jusqu'à Genève où la jeune fille de 16 ans, abusivement vieillie sur son (faux) passeport, doit racheter sa liberté en payant de son corps. Dans la foulée, elle se fait engrosser par le chanteur-maquereau d'un groupe fameux, qui la pousse ensuite à conclure un mariage blanc avec un Monsieur Rappard spécialisé dans ce trafic lucratif. Pour faire bon poids, Mbila fourguera aussi de la cocaïne avec la complicité (de mauvaise grâce) du jeune Dipita. Enfin, cerise sur le gâteau, celui-ci, bravant les mises en gardes de son tonton, tombera raide amoureux d'un beau blond qui n'est autre que le fils du (faux) mari de sa mère. Glauque et compliqué tout ça ? Nullement: car Mbila, malgré ses humiliations atroces et sa colère contre son frère-papa, est aussi gaie que son fils est gay. Celui-ci garde par ailleurs respect et tendresse pour son oncle et sa tante Bilolo (la famille africaine, bien compliquée à nos yeux, reste sacrée), même si c'est chez les Filles des Pâquis, héritières d'une certaine Grisélidis, qu'il trouve refuge affectif et formation continue en toutes matières, y compris sexuelle.

Une langue-geste

Notre grand Ramuz a fondé une langue-geste, qui travaille au corps toutes les formes de langage. Loin d'aligner les expressions locales, le romancier a forgé un style qui suggère les pensées et les émotions autant par les gestes de ses personnages que par leurs paroles. C'est exactement la démarche qu'on retrouve chez Max Lobe, qui ne sait rien de Ramuz mais a lu Ahmadou Kourouma et Henri Lopes et réussit à capter, dans son récit de conteur, des expressions souvent drôles mais plus encore significatives du doux mélange des cultures. Dans la bouche de l'oncle Démoney, le "cumul des mandats" devient "cumul des mangeoires". Dans celle de Dipita, le derrière rebondi de Mbila devient "cube magie". Et les mots de bassa ou de lingala y ajoutent leur son-couleur: le ndolo pour l'amour, le mbongo pour l'argent, notamment. Max Lobe a écrit 39,rue de Berne avec son sang et ses larmes, et sa joie de vivre, sa générosité, son élégance intérieure, sa tristesse ravalée, son incroyable sens du comique fusionnent dans un livre plein d'amour pour les gens et la vie. Le portrait (en creux) de Dipita est des plus attachants, et celui de Mbila bouleversant. La présidente de l'AFP, une digne dame Madeleine, a décerné au livre un prix spécial en matière d'observation. Et les commères de Douala se feront un plaisir de dérider les vertueuses Dames de Morges si celles-ci froncent le sourcil. Chiche que Calvin se mette à la zumba!

 Zap04.pngMax Lobe. 39, rue de Berne. Zoé, 180p.

Cet article est à paraître dans le quotidien 24 Heures, ce mercredi 23 janvier.

 

 

Max Lobe en dates

 

13 janvier 1986. Naissance à Douala, 5e de 7 enfants.

 2004. Après un bac à Douala, arrivée en Suisse.

 2008. Bachelor en communication à Lugano.

 2009. Prix de la Sorge sur manuscrit.

2010. Mort de son père. 2011. Parution de L'Enfant du miracle, récit. Master en management.

 2012. En septembre, participe au Congrés des écrivains francophones de Lubumbashi sous l'égide de Présence suisse.

Lecture-signature à Carouge, ce jeudi 24 janvier, à la librairie Nouvelles pages, dès 18h.30.

39, rue de Berne, sera lu par Benoît Blampain dans le cadre du projet lisezvous.ch, le 1er février à la Galerie C de Neuchâtel, le 3 février à la Couronne d'Or à Lausanne, le 16 février au Théâtre de la Tournelle à Orbe et le 13 avril au Théâtre Le Poche, à Genève.