04/12/2007

Point, barre, pauv'con, casse-toi


S’il est un signe de la muflerie actuelle, c’est bien celui qui ponctue la jactance de certaines et certains dont l’obsession est d’assener plus que d’exposer ou d’argumenter, étant entendu que ce qui est dit est dit et que ça ne se discute pas: point, barre.
Cette expression hideuse, dérivée du langage-moignon des mails et des SMS, me semble plus haïssable encore que les formules du discours militaire qu’une seule résume avec le même effet que « point, barre », à savoir : rompez.
Qu’un officier m’ordonne: rompez me paraît cependant dans l’ordre de sa fonction et je ne discute pas : je romps sans plier après avoir pris la position de repos, et je me casse.
Mais qu’une cheffe de projet de telle boîte publicitaire, qu’un rédacteur en chef adjoint impatient de grimper encore, que des cadres moyens ou leurs adjointes et adjoints utilisent la formule « point ,barre » me paraît un premier indice de leur probable incompétence et de leur stupidité latente, voire de leur éventuelle dureté d’âme, ce qui est plus grave.
L’expression « point, barre », formulée dans la langue de Pascal et de La Fontaine, doit être extirpée de sa pratique même la plus usuelle, de même que la langue de Goethe et de Rilke doit être purifiée du calamiteux « Punkt, schluss »… Fin du sermon. Point, barre, pauv'con, casse-toi !

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01/12/2007

Fellini en traversée


 

 

C’est une légende incarnée que Federico Fellini en sa féerie freudo-clownesque, c’est la rouerie géniale et l’art artisan dans toutes les manifestations de son cinéma, c’est le cas de dire, qui touchait à la vie vivante autant qu’à sa transmutation multiforme, jetant mille éclats sur fond de vieille tendresse humaine et de malice populaire, de vitalité bondissante et de mélancolie. A-t-on d’ailleurs envie que la légende perde de son merveilleux ou de sa cocasserie au nom de la vérité des faits ? Un premier test est à faire avec la naissance du Maestro, qu’un journaliste fit naître dans un train, en voiture de première classe, une nuit de janvier 1920, tout près de Rimini. Or Fellini se garde de démentir. Se non è vero… Mais voici que nous apprenons la vérité:  que les cheminots de la côte romagnole étaient alors en grèves et que nul train ne put servir de salle d’accouchement roulante cette nuit-là…
Tullio Kezich serait-il du genre rabat-joie sourcilleux, impatient de « rétablir la vérité » à propos d’un affabulateur notoire, ou la biographie qu’il nous livre après trente ans d’amitié avec Fellini participer a-t-elle de la « vérité poétique » de celui-ci. Tutti e due, l’un et l’autre et dans l’allégresse, la vigueur documentaire et la pénétration sensible, la connaissance enfin des multiples coins et recoins de l’Italie de la dernière moitié du XXe siècle, des multiples coins et recoins du cinéma de cette même période-  du néoréalisme cher à Rossellini (premier maître vénéré) aux années de plomb et aux années télé, des multiples coins et recoins de Cinecittà, des multiples coins et recoins de la vie toujours en mouvement du Maestro, aussi charmeur que bourreau de travail.
Avant de se  sentir assez vite burattino tra burattini, marionnette de la joyeux bande du Maestro, Tullio était un jeune critique arrogant sur les bords, comme on l’est à vingt ans, lorsqu’il rencontra Federico  sur la terrasse de l’Hôtel des Bains de Venise, le jour de la présentation du savoureux Courrier du cœur, plus connu sous le titre de Cheik blanc, avec l’irrésistible Sordi dans le rôle d’un bourreau des cœurs de roman-photo. Et d’emblée il est alors question de la fraîcheur de l’accueil de la critique en ces années de guérilla idéologique dont on n’a plus la moindre idée aujourd’hui, qui se déchaîna bien plus violemment ensuite à propos de La Strada et de La Dolce vita.
Sans jamais sacrifier au voyeurisme de bas étage, Tullio Kezich n’en mêle pas moins le double roman d’une vie et d’une œuvre (l’une et l’autre entremêlées intimement à tout instant, car le travail artistique était la substance même de la vie de Fellini), entre Giulietta et la Gradisca, la mère et les compères vitelloni, la Rome antique et contemporaine, les clowns et les mythes italiens jusqu’au dernier kitsch du petit écran.
Critique lui-même et dessinateur, scénariste puis réalisateur, considérant la réalisation comme l’équipée d’un capitaine entraînant un équipage décidé à marcher en sens contraire… poète en mouvement incessant et formidablement attentif au moindre détail de ses réalisations (autant que son ami Pasolini, dont il freina la moindre les débuts, ou que Visconti dont on découvre ici les détails de la brouille et de la réconciliation), qui était essentiellement Fellini en tant qu’artiste? Un pittore ! Un peintre, répondait-il lui-même. Un peintre de notre temps aussi peu réaliste qu’abstrait, un peintre en mouvement quelque peu frustré par la fuite des images sur l’écran et  qui eût aimé « fixer » un seul tableau, mais quoi, fermons les yeux tout en lisant : le tableau est inscrit en mille images dans nos mémoires…
Tullio Kezich. Fellini. Gallimard, Biographies, 412p.
      

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28/11/2007

L'art de rester soi-même

 

Fabienne Verdier se confie à Charles Juliet.

C’est un sentiment double que j’ai éprouvé, il y a quelque temps, en recevant, avec une dédicace affectueuse, la magnifique ouvrage que représente Entre terre et ciel, rassemblant, en polychromie flamboyante, quatre-vingt peintures récentes de Fabienne Verdier, dont on découvre également son nouveau lieu d’ « ascèse de travail », tenant de le retraite monacale et de la fabrique design, de nombreuses photographies de l’artiste au travail et deux entretiens avec l’écrivain Charles Juliet et l’architecte-vedette Denis Valode – celui-là même qui a agencé son nouvel atelier, pourvu d’une véritable « fosse à peindre ».
La perfection d’un art y est célébrée par la reproduction des œuvres et la mise en scène de l’artiste au fil de deux reportages photographiques, un splendide portrait en mouvement réalisé par Dolorès Marat, et, sous le titre de Rituel du feu et réalisé par Naoya Hatakeyama, une suite d’images documentant la destruction des peintures inabouties de Fabienne Verdier. Or j’étais tout admiration, mais à la fois perplexité, comme lorsque j’avais découvert, dans une galerie lausannoise de haut standing, les prix à cinq zéros des œuvres actuelles de l’artiste. Je me rappelais ma lecture de Passagère du silence, je revoyais la jeune femme perdue au fin fond du Sichuan, dans son école d’art évoquant une sinistre caserne, je me remémorais l’extrême difficulté de son apprentissage tel qu’elle le raconte, et je me souvenais enfin d’une balade dans les vignes du Lavaux où elle m’avait parlé avec tant de malice souriante, de modestie et de sensibilité à «cela simplement qui existe», le regard flottant dans les brumes évanescentes d’un ciel d’automne, genre Chine lémanique… Je repensais à l’élève appliquée de Maître Huang Yuan et je lisais maintenant son éloge, par le grand collectionneur zurichois Hubert Looser, la plaçant au niveau des stars de l’art contemporain, tels Cy Twombly ou Jasper Johns. Fabienne Verdier star de l’art ?
Pour n’importe quel autre artiste contemporain à succès, la formule ne m’aurait pas choqué, mais s’agissant de Fabienne Verdier, un certain malaise m’a tout de même ébranlé. Et qu’en pensait donc Huang Yuan ?
Ce que je crois la réponse, non pas lénifiante mais réaliste, passe justement par Huang Yuan, tant un Maître reste présent dans ce que dit aujourd’hui Fabienne Verdier, dont les propos recueillis par Charles Juilet sur son « art martial », selon son expression, conservent le mélange de vigueur et de fluidité, d’énergie et de fantaisie, de santé et d’allégresse, de pragmatisme et de douce folie qui signale l’enfant demeuré dans l’artiste.
« La peinture, c’est une belle histoire de respiration ! Cela paraît si simple ! mais croyez-moi pour parvenir à « être sans vouloir », cela demande une activité intense. Et d’évoquer l’appel à « être plus » de Teilhard et le « repos du penser et du vouloir » de Jakob Böhme le « génial cordonnier ». Et de lâcher d’un ton plus batailleur : « J’ai du mal avec la peinture imitative, je cherche plutôt la magie pure, la force évocatrice de l’esprit. J’ai encore plus de mal avec l’artiste qui transcrit la laideur par la laideur, la bêtise par la bêtise, la beauté par la beauté, la destruction par la destruction, la nausée par la nausée ».
Or Fabienne Verdier ne fait-elle pas elle-même que transcrire la beauté par la beauté ? Justement non : le prétendre ne serait pas voir le dynamisme interne de sa peinture, non seulement la bataille avec la matière (l’entendre parler métier, embus, vernis, montages de pinceaux nous ramène au bord de la « fosse ») mais celle qui continue de la pousser au-delà d’elle-même et réalise au passage, perdue dans la rêverie d’un paysage abstrait, son rêve de petite fille de s’égarer dans le monde. Et le Maître d’ajouter, à cette candeur première, la grand leçon renouvelée de la philosophie et de la poésie – de la musique aussi, de Bach à Pergolèse cités ici,  dans sa modulation proche.
Fabienne Verdier, dans son somptueux ermitage, est-elle si différente de la jeune Fafa rejetée par ses condisciples chinois, alignant ses milliers de bâtonnets d’encre à en devenir gaga ? Evoquant sa difficulté à représenter la « mystérieuse figure du cercle », elle confie ceci à Charles Juliet qui a de quoi nous rassurer : « Un matin, parcourant du regard la retenue d’eau à droite de la porte d’entrée de l’atelier (l’entrée basse sous le noyer) que vois-je ? Un têtard sautant dans l’eau, le clapotis de son plongeon a engendré une onde, un cercle parfait. La beauté de la chose m’a stupéfiée… Par l’éveil à la vie qui se dégageait de la scène. Le sourire au cœur, je me suis mise à broyer mon encre et à entrer en ascèse de peinture pour plusieurs mois sur le sujet ».
Fabienne Verdier Entre terre et ciel. Texte de Charles Juliet. Photographies de Dolorès Marat et Naoya Hatakeyama. Albin Michel.
Charles Juliet.
Entretien avec Fabienne Verdier. Albin Michel, 73p. (ce petit ouvrage constitue l'édition séparée de l'entretien figurant dans Entre terre et ciel)

Fabienne Verdier sera présente ce jeudi 29 novembre à Genève et Lausanne (chez Payot, dès 17h.30)

 

 

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19/11/2007

Proust contre la déchéance

Le premier livre des éditions Noir sur Blanc, en 1987.

Il y a vingt ans paraissait, à Lausanne, un livre à la émouvant et pénétrant, intitulé Proust contre la déchéance et constitué de causeries improvisée entre 1941 et 1942 par l’auteur, le peintre polonais Joseph Czapski, devant ses camarades prisonniers du camp soviétique de Griaziowietz.
Après la déportation de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, près de Kharkov, depuis octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz, qui survécurent au contraire de leurs autres compagnons de captivité. Czapski lui-même fut l’un des rares rescapés du massacre de Katyn.
Officier sans arme en sa qualité de pacifiste, Czapski explique pourquoi, afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, les prisonniers polonais imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences, selon le savoir et les compétences de chacun. Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de philosophie ou d’alpinisme, Czapski lui-même fit une série d’exposés sur la peinture française et polonaise, ainsi que sur la littérature française.
« Je vois encore mes camarades entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, harassés après un travail dans un froid qui descendait jusqu’à quarante-cinq degrés sous zéro, qui écoutaient nos conférences sur des thèmes tellement éloignés de notre réalité d’alors. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire ».
C’est en 1924 que, venant à Paris, Joseph Czapski découvrit le premier volume d’A la recherche du temps perdu, mais ce ne fut qu’à la lecture d’Albertine disparue qu’il se plongea dans l’univers proustien avec passion, profitant d’une longue maladie pour lire l’œuvre entière. La maladie de Proust est d’ailleurs très présente dans la présentation qu’il fait de son entrée en littérature, soulignant en outre le séisme qu’a représenté la mort de la mère.
Artiste lui-même, dont la première partie de l’œuvre disparaîtra presque entièrement dans les ruines de la guerre, Joseph Czapski est sensible à la transmutation d’une vie si précaire en œuvre filtrée : « La lente et douloureuse transformation de l’homme passionnel et étroitement égoïste en homme qui se donne absolument à une œuvre qui le dévore, le détruit, vivant de son sang, est un procès qui se pose devant chaque créateur ». Et de comparer alors Proust à Conrad « quittant définitivement la mer pour entreprendre l’immense labeur de son œuvre littéraire ».
Comme une mise en abyme, la remémoration de La Recherche par un prisonnier de guerre gravement atteint dans sa santé, sans livres ni documents à sa disposition, est elle-même une véritable création, et d’autant plus que Czapski n’est ni philosophe (il s’en excuse) ni critique professionnel (il en surclasse plus d’un…), mais lecteur et artiste, qui met en valeur la nouveauté de la phrase et de la forme proustienne tout en le ramenant à la filiation de Saint-Simon et de Balzac, mais à l’opposé du « naturalisme sous la loupe » qu’on a prétendu.
Un lecteur qui n’a jamais lu Proust découvrira, dans ce livre miraculeusement arraché à la déchéance, un chemin tracé vers un auteur qu’on a dit, à tort, réservé aux élites ou entaché de snobisme mondain. Czapski, tout en relevant le fait que le mot « Dieu » n’est jamais écrit dans les milliers de pages de La Recherche, observe ceci que « quand même et peut-être juste à cause de cela, cette apothéose de toutes les joies passagères de la vie nous laisse un goût de cendre « pascalien » dans la bouche. »

Un jour que je m’émerveillais, en présence du Czapski octogénaire, du fait que jamais, à lire ses écrits terribles (à commencer par Terre inhumaine, son récit de voyage à travers le goulag) il ne donnât l’impression d’avoir été tenté par le désespoir, il me répondit que non : que la vie des camps lui avait parut moins désespérante que la souffrance d’un premier chagrin d’amour à vingt ans, pareille à la détresse du Narrateur quand Albertine disparaît...

Joseph Czapski. Proust contre la déchéance. Conférences au camp de Griazowiecz. Editions Noir sur Blanc. Lausanne, 1987.
Nota bene : Les éditions Noir sur Blanc fêtent leur 2o anniversaire samedi 24 novembre à La Librairie, à Morges, en présence de leur directrice, Vera Michalski, et de quelques auteurs. Le catalogue de la maison compte actuellement quatre cents titres, la moitié en français et l’autre en polonais, avec des traductions de Blaise Cendrars, Paul Auster, Charles Bukowski, Nicolas Bouvier et tant d’autres auteurs occidentaux révélés au public polonais. En sens inverse, l’un des derniers livres publiés dans notre langue s’intitule Balthazar et constitue l’autobiographie du grand dramaturge Slawomir Mrozek, auteur « maison » de Noir sur Blanc.  

 

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13/11/2007

Chacun mes prix

  Mon palmarès 2007

Rompant un long silence qui a donné lieu à toutes les supputations et autres rumeurs contradictoires les plus folles, j’ai résolu de livrer enfin, aux médias et autres instances de consécration cantonales et mondiales, les résultats des délibérations au terme desquelles j’ai attribué, aux ouvrages qui ont été soumis à mon jugement notoirement impartial et pertinent, non moins que partial et impertinent, les grands prix parisiens de mon automne littéraire 2007.

Mon Prix Goncourt : à M. François Emmanuel, pour Regarde la vague, au Seuil ; M. Hubert Haddad, pour Palestine, chez Zulma ; M. Philippe Claudel, pour Le Rapport de Brodeck, chez Stock. Non pas ex-aequo, mais : à choix.
Mon Prix Goncourt des lycéens à l’unanimité: à M. Marius Daniel Popescu, pour La symphonie du loup, chez José Corti.
Mon Prix Goncourt étranger à l’unanimité: à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le Cheveu de Vénus, chez Fayard.
Mon Prix Renaudot: à Mlle Amélie Nothomb, pour Ni d'Eve ni d'Adam, chez Abin Michel; Mme Alina Reyes, pour Forêt profonde, au Rocher; M. Olivier Adam, pour A l’abri de rien. A L’Olivier.
Mon Prix Médicis : à M. Marius Daniel Popescu, pour La symphonie du loup, chez Corti ; M. Alain Dugrand, pour Insurgés, chez Fayard ; M. Vassilis Alexakis, pour Av. J.-C, chez Stock.
Mon Prix Médicis étranger : à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le cheveu de Vénus, chez Fayard; M. Philip Roth, pour Un homme, chez Gallimard ; M. W.G. Sebald, pour D’après nature, chez Actes Sud.
Mon Prix Médicis de l’essai : à M. Jean Hatzfeld, pour La stratégie des antilopes, au Seuil ; M. Georges Nivat, pour Vivre en Russe, à L’Age d’Homme ; M. François Bon, pour Bob Dylan, chez Fayard.
Mon Prix Femina : à Mme Marie Darrieussecq, pour Tom est mort, chez P.O.L.; Mme Linda Lê, pour In memoriam, chez Bourgois; Mme Michèle Lesbre, pour Le canapé rouge, chez Sabine Weispieser.
Mon Prix Femina étranger : à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le cheveu de Vénus, chez Fayard ; M. Philip Roth, pour Un homme, chez Gallimard : M. W.G. Sebald, pour Vertiges, chez Actes Sud.
Mon Prix Femina de l’essai : à MM. René Girard et Benoît Chantre, pour Achever Clausewitz, chez CarnetsNord ; M. Pietro Citati, pour La mort du papillon, chez Gallimard ; M. Gilles Lapouge, pour L’encre du voyageur, chez Albin Michel.
Mon Prix Décembre à l’unanimité : M.Philippe Sollers, pour Un vrai roman, chez Plon.

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12/11/2007

En quête de l'Or du Temps

 

Sur La Nuit du Destin d’Asa Lanova, ou le mimétisme incarné.

C’est un livre assez fascinant que le nouveau roman de la romancière lausannoise Asa Lanova, peut-être son livre le plus abouti à ce jour, après La Gazelle tartare, plus autobiographique mais déjà si remarquable, sans compter les sept romans précédents. Une fois de plus, la romancière revient en la ville d’Alexandrie, « cette cité où le bonheur est si proche du malheur », y déléguant cependant un double romanesque en la personne de la jeune Anne, arabisante fort attirée par l’islam et le mélange de sensualité entêtante et de mysticisme du lieu. Lorsqu’elle y revient, le souvenir d’un certain Ismaël se mêle aussitôt à ses errances et à sa rêverie, qu’elle a rencontré en leur prime jeunesse aux abords de l’université où elle prenait des cours d’arabe, et dont elle a vite pressenti que rien ne se passerait entre aux que d’affectif et de spirituel. Ce garçon lettré et de bonne famille mais rejeté par son père viveur, très attiré par la culture française, ne tarde à lui confier son secret: une passion intense pour une Laylah plus âgée que lui et qui interrompt brusquement leur liaison au moment où elle culmine, le poussant à adhérer bientôt, pour sublimer frustration et désespoir, à la société secrète des Aigles d’Osiris dont la quête d’absolu passe par la domination de soi et le dépassement de tout désir. Par la suite, la rencontre d’une Violanta non moins vertigineusement attirante, à la fois artiste et portée vers une sorte d’érotisme sacré, l’incite à rompre son serment, alors que Laylah elle-même a été assassinée en Inde où elle avait fui. Au cours de ce roman romanesque qui fleure bon les lectures de nos jeunes années par son goût du secret et ses saveurs fraîches, entre Secret de la porte de fer et Mille et une nuits, apparaissent trois autres femmes plus ou moins sacrifiées et également attachantes : Magda la mère d’Ismaël, rejetée par son macho lubrique après la naissance de leur fils ; la jeune Negma, cousine d’Ismaël à qui le père de celui-ci l’a mariée et qui n’a pu distraire son jeune époux de son idéal spirituel, enfin la vieille Rhoda, elle aussi soumise à Soleïman avant de devenir le chaperon de son fils et son initiatrice spirituelle. On se rappelle à tout moment, en lisant La Nuit du Destin, le mémorable Mensonge romantique et vérité romanesque qui a inauguré la réflexion magistrale de René Girard sur le mimétisme en littérature, avant son extension à l’anthropologie dont Achever Clausewitz, tout récemment paru, module les observations sur la guerre totale et ses improbables issues. Les « triangles » du mimétisme amoureux ou religieux sont en effet omniprésents dans ce roman de l’amour-passion dont tous les protagonistes, à commencer par la narratrice, sont liés entre eux par des relations de « jalousie », au sens profond, de frutration et de sublimation ou de sacrifice expiatoire. Entre Anne qui brûle d’être aimée d’Ismaël et s’efforce de sublimer son attirance secrète en menant l’enquête et ses révélations, Ismaël qui étudie la passion fatale en littérature et s’efforce lui aussi de dépasser sa dualité mystico-charnelle dans le sacrifice ascétique, Negma l’épouse délaissée et fidèle par delà la mort, Rhoda la servante humiliée et requalifiée par ses pouvoirs secrets, enfin Violanta qui incarne une sorte d’éternel féminin renaissant du sacrifice de sa propre mère, c’est un véritable tourbillon de liaisons mimétiques, doublées par force signes et symboles initiatiques, qui traverse ce roman à la poésie lancinante, où les récurrences citées en exergue du Diwan du Fou de Laylah alternent avec les réminiscences mélancoliques de Constantin Cavafy. Les évocations magnifiques d’Alexandrie ou des journées de Ramadan (dont la 27e est cette Nuit du Destin propice aux révélations), le romantisme arabisant qui en enveloppe les pages de ses charmes captieux, parfois à la limite du kitsch mais échappant à celui-ci par l’innocence presque « enfantine » de la conteuse (petite fille et sorcière comme tous ses personnages féminins), la beauté et la musicalité proustienne de la phrase d’Asa Lanova font de cette Nuit du Destin un livre finalement à la hauteur de l’épitaphe gravée sur la tombe d’Ismaël : « J’ai cherché l’Or du Temps ».

LANOVA Asa. La Nuit du Destin. Campiche, 208p.

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10/11/2007

Vive la Maison de l’écriture


 Le grand projet de Vera Michalski
Vera Michalski voit grand. Les mesquins et autres médiocres qui « freinent à la montée » diront qu’elle en a « les moyens » en tant qu’héritière d’une fortune colossale, mais voilà : tous les riches ne sont pas généreux,  à tous les sens du terme. Or depuis plus de vingt ans, Vera Michalski n’a cessé, avec son mari jan Michalski trop tôt disparu (en août 2003), de travailler à une œuvre dont le profit n’est pas la finalité première, basée sur le désir initial de défendre et d’illustrer la littérature polonaise survivant sous la chape communiste (d’où la fondation des éditions Noir sur Blanc), ensuite sur une exploration élargie des littératures de la ci-devant Autre Europe, pour s’étendre aujourd’hui à des échanges internationaux entre la Suisse, Paris et Varsovie, à l’enseigne du petit empire éditorial que constitue le groupe Libella (Noir sur Blanc, Buchet-Chastel, Phébus, notamment).
Or voici que, pour honorer la mémoire de son conjoint de façon non moins constructive, Vera Michalski a décidé de créer, sur la base d’une Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature, une Maison de l’écriture dont l’architecte Vincent Mangeat a présenté l’impressionnante maquette. A Montricher, sur les hauts de la Côté lémanique, au pied boisé du Jura, face au lac et aux Alpes, la Maison de l’écriture intégrera deux bâtiments existants (l’ancienne colonie de vacances d’En Bois désert, de fameuse mémoire pour beaucoup d’enfants vaudois, et sa chapelle attenante), autour desquels essaimera tout un système de « cabanes » suspendues et virtuellement extensible.
Dans un premier temps, c’est par la création d’un prix littéraire d’envergure internationale que la Fondation Jan Michalski va se manifester, qui sera décerné en octobre 2008 pour la première fois. Les modalités, le jury (tournant) et la dotation de ce prix seront précisés en janvier prochain. Par ailleurs, une série de bourses d’aide à la création littéraire sera lancée l’an prochain à la même enseigne. Quant à la Maison de l’écriture, élément central de ce formidable projet, ce n’est qu’au tournant de 2009-2010 qu’elle ouvrira ses portes. A noter, selon l'expression de Vincent Mangeat et conformément aux vœux de Vera Michalski, que cette Maison de l’écriture  n’aura rien du cloître pour gens de lettres, comme le sont certaines résidences d’écrivains, mais devrait constituer, une façon de cité:  un lieu d’échanges autant qu’une retraite  propice à la création. Deux bibliothèques (dont une publique), un auditorium et une salle d’exposition compléteront la structure d’accueil envisagée pour cinq résidents simultanés et un couple.
Interrogée sur l’insertion de cette Maison de l’écriture dans le tissu culturel de Suisse romande, Vera Michalski insiste sur son parti d’indépendance sans exclure des collaborations avec les institutions diverses de nos régions. Projet ambitieux et possiblement rayonnant, dont on suivra le développement avec toute l’attention requise…              

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09/11/2007

Freud et Dieu causent grave

 A voir et à lire: Le visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt

Mais qu’est-ce que ce truc ringard ? Voilà ce qu’on pourrait se demander d’abord en découvrant le  décor brunâtre représentant un intérieur viennois fleurant le vieux rat savantasse, où apparaissent d’abord un octogénaire chenu et sa fille quadra plus vraiment bimbo... Ensuite le thème, mes aïeux : Sigmund Freud qui reçoit en 1938, la visite d’un drôle de type, qui est peut-être un dingue échappé de l’asile ou Dieu déguisé en dandy magicien, avec lequel il va « causer grave » pendant qu’Anna, sa fille, se fait interroger par les brutes de la Gestapo ! Autant dire : la totale.
Et c’est exactement ça, près de quinze ans après la création du Visiteur, qui a glané 3 Molière dans la foulée et fut représenté dans le monde entier, alors que le texte a été vendu à plus de 40.000 exemplaires : la totale réussite d’une pièce grave et belle, qui n’a pas pris une ride alors qu’elle relève d’un genre remontant à l’époque de Sartre et Camus, servie par des interprètes également remarquables, à commencer par Benoît Verehaert dans le rôle adorablement méphistophélique de Dieu, face auquel Alexandre von Sivers campe un Freud en héros de la Raison poignant d’humanité.
L’enjeu de la pièce est multiple du point de ses thèmes. Il en va de la position de Freud, à une année de sa mort (que son visiteur lui annonce charitablement…), par rapport à la religion, qu’il développera une dernière fois dans Moïse et le monothéisme ; de la position, aussi, du célèbre savant juif qui aimerait rester à Vienne par solidarité pour les siens, mais que sa fille presse de choisir l’exil ; surtout, la question majeure est le silence de Dieu face à la prochaine extermination des Juifs (qu’il est censé connaître) et la question non oins essentielle de la liberté de l’homme.
Eric-Emmanuel Schmitt, tout en laissant le débat largement ouvert, donne le dernier mot au visiteur, qui invoque le « mystère » fondamental de « sa » création. Dans un langage clair et simple, l’auteur invite à la réflexion le spectateur ou le lecteur, toutes confessions (agnostiques et athées compris cela va sans dire) et générations confondues.  
Gildas Bourdet signe la mise en scène de cette version qui accentue magnifiquement le dessin de chaque personnage, pour mieux détailler et éclairer le grand débat qui s’y joue.

Le visiteur d’Eric Emmanuel Schmitt
Lausanne. Espace culturel des Terreaux, dernière le 11 novembre à 17h.
Eric-Emmanuel Schmitt. Le visiteur. Editions Albin Michel, 1993.

P.S.: un nouveau livre d'Eric-Emmanuel Schmitt vient de paraître , intitulé La rêveuse d'Ostende et regrouant 5 nouvelles, aux éditions Albin Michel. 

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06/11/2007

Sollers est un roman


   

En lisant Un vrai roman, mémoires.

Sollers est-il une vieille pute médiatique ou un grand écrivain ? A cette alternative d’époque je me propose d’échapper ce matin en écoutant celui qui me raconte Un vrai roman.
Le premier chapitre intitulé Naissances avère aussitôt le titre et par la matière de la vie de Sollers et plus encore par sa façon de la chanter, qui relève de la légende dorée d’un cycle spécial MoiJe. Mais attention : le MoiJe de Sollers est particulier, non point renfrogné sur son genou comme Narcisse s’adonnant à la délectation morose, mais très gai dès notre entrée dans ce livre qui est un jardin à la française cultivé de grand-père en petite fille à jolis souliers.
Le chapitre Naissances parle de l’importante question du nom choisi pour écrire (celui de Joyaux est trop beau pour être porté, après avoir été moqué à l’école et vitupéré par les grévistes girondins scandant Joyaux au poteau !),  des maladies récurrentes et pénibles mais favorable à la rêverie solitaire, de la famille platoniquement incestueuse (deux frères épousant deux sœurs et vivant dans une double maison la destinée commune d’une industrie ruinée en 60) et de l’époque (un officier autrichien intrus sous l’Occupation se poivrant au cognac et l’obligation faite à l’enfant par sa famille de refuser l’ordre de chanter Maréchal nous voilà !) dont les souvenirs de la radio et de nombreuses photos aideront l’écrivain à réinventer.
J’ai bien dit : l’écrivain, et qui ne foutra rien de toute sa vie que lire et qu’écrire.
Au troisième chapitre, après Femmes (l’amour de la tante et de la mère, caressantes à souhait même dans la calotte), ce chapitre intitulé Fou, on lit ainsi : « En réalité, je m’en rends copte aujourd’hui : je n’ai jamais travaillé. Ecrire, lire et puis encore écrire et lire ce qu’on veut, s’occuper de pensée, de poésie, de littérature, avec péripéties sociopolitiques, n’est pas « travailler ». C’est même le contraire, d’où la liberté. Il faut sans doute, dans cette expérience, garder une immense confiance. Mais en quoi ? »
L’écriture de Sollers est une vitesse. C’est un savon et une électricité. C’est mon hygiène corporelle et spirituelle de  ce matin, à jet continu de bonnes phrases. Par exemple : « la maladie récurrente affine les perceptions, les angles d’espace, le grain invisible du temps. Les hallucinations vous préparent à la vie  intérieure des fleurs et des arbres. On apprend à trouver son chemin tout seul, à l’écart des sentiers battus, des clichées rebattus, des pseudo-devoirs. » Ou cela : « Enfance très auditive, donc, avec otites à la clé. On m’opère de temps en temps, et, en plus, j’étouffe. Tout est chaotique, soufrant, contradictoire, et, en un sens profond, merveilleux ».
Une vieille courtisane écrirait-elle comme ça ? Cela arrive mais c’est rare. Quant au grand écrivain, qui d’autre que Sollers pourrait dire crânement qu’il l’est ou le sera, un peu comme Stendhal, dans un siècle et des poussières peut-être ? Mais lira-t-on encore dans un demi-siècle ?
Ce qui est sûr est qu’au présent Un vrai roman est un livre épatant. Le Sollers le plus pur est là : beau comme un paon faisant la roue, pour la façade en tout cas, car ce Je récusant toute culpabilité est un autre aussi modulant tout le reste en douce et qui passe, et c’est énorme tout ce qui passe et se transfuse dans un livre aussi gonflé, mais au bon sens, un livre qui ne manque pas d’air, et ça fait un bien fou quand tant de raseurs nous asphyxient des relents de leur contention - un livre plus délicat et généreux qu’on ne croirait tant on est abusé par le personnage composé sur les estrades…
Je n’ai pas dit le principal du chapitre Fou, qui trace la première échappée décisive du cœur de SoiSeul vers le monde entier et les galaxies, Pékin Madras et compagnie. Cela se passe en deux temps, qui l’investissent et l’abolissent en même temps, j’entends : le temps.
La première est à 5 ans à la campagne : « Je suis assis sur un tapis rouge sombre, ma mère est à coté de moi et me demande, une fois de plus, de déchiffrer et d’articuler une ligne de livre pour enfants. Le b.a ba, quoi. Il y a des lettres, des consonnes, des voyelles, la bouche, la respiration, la langue, les dents, la voix. Comment ça s’enchaîne, voilà le problème. Et puis ça se produit, c’est le déclic, ça s’ouvre, ça se déroule, je passe comme si je traversais un fleuve à pied sec. Me voici de l’autre côté du mur du son, sur la rive opposée, à l’air libre. J’entends ma mère dire ces mots magiques : « Eh bien, tu sais lire ». Là, je me lève, je cours, ou plutôt je vole, je vole dans l’escalier, je sors, je cours comme un fou dans le grand pré aux chevaux et aux vaches, j’entre dans la forêt en contrebas, en n’arrêtant pas de me répéter « je sais lire, je sais lire2, ivresse totale, partagée, il me semble, par les vignes, les pins, les chênes, les oiseaux furtifs2
Je sais lire. Autrement dit : Sésame ouvre-toi. Et la caverne aux trésors s’ouvre. Je viens de m’emparer de l’arme absolue. Toutes les autres sont illusoires, mortelles, grotesques, limitées, ridicules. L’espace se dispose, le temps m’appartient, je suis Dieu lui-même, je suis qui je suis et qui je serai, naissance, oui, seconde, ou plutôt vraie naissance, seul au monde avec cette clé. Ca pourra se perfectionner à l’usage, mais c’est fait, c’est réalisé, c’est bouclé ».
La seconde est une diagonale de fou de 7 ans intéressant : « L’expression « âge de raison » m’intrigue. Il a neigé, le rebord d’une balustrade est fourré de blanc et de gel. J’enlève ma montre, je la pose devant moi, et j’attends que l’âge de raison se manifeste. Evidemment, rien de spécial, ou plutôt si : la trotteuse prend tout à coup une dimension gigantesque et éblouissante en tournant dans le givre brillant au soleil. Les secondes 0enfinissent pas de sonner silencieusement comme les battements de mon cœur : la raison est le temps lui-même. C’est un grand secret entre lui et moi, inutile den parler, je suis fou, c’est mon âge. Je n’ai jamais compris, par la suite, ce qu’on voulait me dire en parlant de mon âge ».
Or c’est exactement ce que je ressens en constatant tout à coup que la nuit est tombée sur le jardin de SoiSeul : j’ai 7 ans et 700 ans et c’est Un vrai roman
Philippe Sollers. Un vrai roman, mémoires. Plon, 352p.  

 

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03/11/2007

Les secrets de Palestine

 

C’est un livre secret que Palestine de Hubert Haddad, un livre prenant et mystérieux, un livre qu’il incombe au lecteur d’ouvrir, au sens fort. Palestine n’est pas un livre fermé ni même hermétique : c’est une rose serrée dans sa concentration songeuse comme un poème de Rilke, ou une fleur de papier comme celle de Proust qu’il suffit d’immerger pour qu’elle s’ouvre ; et de même Palestine s’ouvre-t-il à qui s’immerge dans ses pages.
Cham est une « bleusaille », un tout jeune homme dont on ne saura pas grand-chose si ce n’est qu’il a quelque part un frère peintre malade de solitude. Les hasards de sa naissance et des frontières humaines font que Cham, qu’on pressent de souche arabe, porte l’uniforme de l’armée israélienne et qu’il a ses amis à Jérusalem. Lorsque, s’apprêtant à partir en permission, il est retenu par l’adjudant Tzvi pour une dernière ronde, il ne se doute pas que celle-ci va le confronter à une réalité qu’il n’aspire qu’à fuir pour vivre comme un jeune homme et qui porte un nom : Palestine, où d’emblée on le sait et le sent : « la mort rôde ».
Le destin fond sur Cham comme un rapace, s’engouffre pour ainsi dire dans la vie de Cham par le trou minuscule au front de l’adjudant Tzvi, tandis qu’un commando surgit de la nuit, qu’il tire et se fait blesser et traverser par « la douleur à tête d’aspic ».
La lecture de Palestine doit se faire à une lenteur inversement proportionnelle à sa vitesse, comme celle d’un poème de Rilke ou d’une page de Proust. A trois pages du début Cham est déjà pris au piège dans une espèce de cave, au coté de l’assaillant qu’il a blessé et sur le cadavre duquel il s’endort. Qui était cet homme crevé ? On croit comprendre que le commando craint le Hamas autant que le Fatah et que Tsahal, autant dire que c’est à n’y rien comprendre, mais ce n’est qu’un début, après quoi le commando, sans avoir le temps de liquider Cham, se fait liquider, Cham perdant connaissance pour se retrouver nu dans un lit propre, veillé par une Palestinienne aveugle et un toubib, bientôt relayé par une jeune femme du nom de Falastin, la fille de la vieille aveugle, qui vient de se faire caillasser sur un chemin. Tandis que sa mère la soigne, Falastin se rappelle la mort de son père, dirigeant d’un front démocratique, dans un attentat auquel elle a miraculeusement échappé, éclaboussée cependant par le sang de celui qu’elle aimait autant que son frère Nessim, partisan d’une Palestine binationale… Nessim auquel ce type nu ressemble si étrangement. Nessim qui servira de « couverture » à Cham qu’il s’agira de planquer après l’avoir soigné.
Le mystère de Palestine tient aussi à cela que ce livre lutte contre les évidences, selon l’expression chère à Chestov : cela signifiant que nulle explication n’en épuise le multiple sens.
Fuyant par les collines en direction d’Hébron, Cham-Nessim et Falastin se retrouvent dans ce piège à ciel ouvert qu’est la Palestine quadrillée de murs et de check-points, qui inspire Falastin des réflexions incisives (p.45) sur l’arbitraire et l’illégalité établie. Mais au discours politique, Falastin préfère, comme l’auteur, celui du conte et de la fable, telle celle du nabi et de l’oiseau (p.56). Et là aussi réside le mystère de ce rêve éveillé hyperréaliste et poétique à la fois : dans cette contiguïté de la tragédie et de la poésie, du coup de feu et des lavis aquarellés de terre sainte…
Retour au drame dans une planque ménagée par un vieux photographe qui a bien connu le père de Nessim, où Cham fait la connaissance d’Omar, islamiste impatient de se faire exposer dans une foule « sioniste ». Or Cham ne pense qu’à Falastin. A laquelle on revient pour faire la connaissance de Layla, tante de celle-là, prof de haut vol intellectuelle dont le mari, lui aussi résistant à la montée aux extrêmes de la violence, croupit pour lors en prison. Le lendemain matin, alors que le gardien de la maison de Layla est arrêté, Falastin l’est aussi après avoir pris sa défense, mais le major Mazeltof ne tardera à la libérer non sans lui avouer qu’il a envie de rendre les armes tant la guerre le dégoûte. Et l’auteur de préciser à propos de Falastin : « D’avoir touché un jour aux secrets, avec sur les lèvres un goût de cervelle humaine, l’avait rendue inapte à tout jugement »…
A la contiguïté de l’horreur et de la beauté (l’écriture de Hubert Haddad réussissant aussi bien le mélange de l’évocation sensible ou sensuelle et du récit aux saillantes aspérités) s’ajoute la frise nuancée des personnages traînant avec eux leur bazar de mémoire, comme le photographe Manastir dans sa boutique, soudain saccagée par un commando israélien, ou le petit infirme Moha qui aide Nessim-Cham à retrouver sa route.
Réunis et planqués dans la même pièce, Falastin et Nessim passent ensemble une nuit à parler et se rapprocher encore, sur un seul lit, sans que rien ne soit dit de ce qui s’y passe, étant entendu que dire qu’il ne s’y passe « rien » ne signifie rien en l’occurrence tant il passe entre eux de sentiments – et toute cette vie qui les unit et les sépare, notamment leur vision de l’avenir de la Palestine, pleine d’espoir confiant chez elle, plutôt désespérée à ses yeux à lui…
La fin du livre semble donner raison à Cham-Nessim, qui ne cesse de fuir en pensée mais que Falastin ramène bientôt au cœur du drame collectif vécu par la Palestine, devant la maison rasée de sa mère, survivant cependant sous les décombres, mais que la nuit achèvera. Chaos de tout cela. Falastin ayant disparu avec sa mère emportée en ambulance, fuyant en camionnette au côté d’un sioniste effréné, Nessim-Cham va redevenir Cham lorsque, envoyé par Omar chez un activiste palestinien spécialisé, au milieu des ses machines à coudre Singer, dans l’appareillage des kamikazes, l’homme lui remettra un nouveau passeport… à son nom même. La boucle refermée, qu’adviendra-il du protagoniste censé se faire sauter au milieu d’un chœur de mômes israéliens ? Là encore, « rien » n’est dit du dernier geste de Cham, quand bien même le geste serait accompli.
Nulle ambiguïté pour autant dans la conclusion de Palestine, dont le mystère réfracte la complexité d’un imbroglio historico-politique autant qu’il traduit la complexité humaine et le secret des êtres. A cet égard, Hubert Haddad, en romancier, participe du même effort de compréhension et de pacification qui marque les œuvres de Mahmoud Darwich ou de David Grossman et Amos Oz, entre autres hommes de bonne volonté…
Hubert Haddad, Palestine. Zulma, 155p.

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30/10/2007

Nostalgie omnibus

 

A propos du Canapé rouge de Michèle Lesbre

Les livres que nous emportons en voyage nous en font faire d’autres et à n’en plus finir, et c’est ainsi qu’en me baladant récemment de Delft aux confins de la Frise je n’ai cessé de multiplier les horizons en alternant la lecture de Vertiges de W.G. Sebald, qui nous replonge dans l’Italie de Stendhal ou l’Allgaü de l’écrivain lui-même, et celle du Canapé rouge de Michèle Lesbre dont la protagoniste se remémore un voyage en Sibérie, à la recherche d’un homme qu’elle a aimé, en alternance avec les stations auprès d’une vieille dame à laquelle elle raconte des vies de femmes hors du commun, de la rebelle bretonne Marion du Faouët à Milena Jesenska, laquelle nous fait retrouver le docteur K. de Sebald…
Le canapé rouge est un beau livre de tendresse rêveuse et de nostalgie, évoquant ce sentiment de détresse vécu par toute une génération frustrée des lendemains qui chantent. Vieille chanson déjà que celle de la « déprime des militants », et l’on pourrait craindre la scie convenue en suivant Anne sur les traces de Gyl, son amant de jeunesse refusant d’obtempérer et parti sur les bords du lac Baïkal vivre selon son utopie persistante. Mais la musique des âmes et d’une écriture suffit à nous toucher , de vague en vague et de cercle en cercle, au fil d’une remémoration en douces spirale amorcée par la phrase délicatement proustienne relançant le voyage en omnibus à travers l’immensité russe : « La plupart du temps je m’éveillais très tôt, à l’aube naissante. Pins et bouleaux émergeaient à peine d’un océan de brume dans lequel le train courait en aveugle, où flottaient quelques essaims d’isbas grises dont le bois usé par le gel et le brutal soleil d’été ressemblait à du papier mâché. Une lumière mate s’éclaircissait peu à peu, jusqu’à découvrir un ciel vertigineux que je poursuivais du regard et qui se réfugiait à l’horizon. Quel horizon ? Tout semblait lointain, inaccessible, trop grand ».
La lecture elle-même est au cœur de ce livre oscillant entre un canapé rouge, où la femme encore jeune lit des récits de vie à la vieille Clémence ci-devant modiste, et le bord de Seine et les lointains russes où se croisent, tous plus ou moins spectraux, divers hommes des divers temps vécus par la narratrice, laquelle nous renvoie, la lisant, à nos divers temps et amours, comme dans les reflets de reflets d’un miroir en mouvement…
8adf22c1092851e5aaedaa64df676ec7.jpgMichèle Lesbre. Le canapé rouge. Sabine Wespieser, 148p.

Nota bene: Le Canapé rouge figure sur la dernière liste des ouvrages candidats au Prix Goncourt, décerné le 5 novembre prochain.

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Le Diable au salon du petit marquis

De François Meyronnis, De l’extermination considérée comme un des beaux-arts et de la pensée mamour
François Meyronnis se voudrait un styliste stylé. Cela lui fait vomir à la fois Michel Houellebecq et Jonathan Littell qu’il rassemble sous la bannière d’Andy Warhol qui écrivait que « le style n’est pas vraiment important ». Le style de Michel Houellebec et le style de Jonathan Littell sont-ils vraiment importants ? Peut-être pas autant que les styles de Flaubert Gustave ou de Morand Paul, mais la question est-elle là ? Il faudra y revenir avant Noël.
Dans l’immédiat ce qu’il faut, c’est citer le styliste stylé. C’est la fin du livre, nous sommes un peu fatigués, mais on lit cette dernière sentence : « La noblesse de l’événement est le seul milieu de l’amour ». Pour éclairer cette chute admirable, il faut pourtant citer les deux phrases qui précèdent : « Sous la seule forme d’un sentiment, l’amour n’est qu’une amorce. On aurait tort de la prendre pour la chose. D’autant qu’ainsi elle tourne vite à son contraire ».
Vertiginieux, n’est-il pas ? Mais ceci est encore éclairé par ce qui précède immédiatement trois phrases plus haut : «La singularité exclut le tassement sur un Moi-je. Non seulement elle n’empêche pas l’amour ; mais encore lui donne-t-elle toute son ampleur. La noblesse d’une autre singularité oblige la mienne. Je ne cherche pas ailleurs une morale, ce qui fait de moi un monstre. En un éclair, trois mots s’interchangent et illuminent sans fin leur intrication : amour-noblesse-pensée ».
Dans le Général Dourakine dont nous avons tous nourri notre philosophie, la Comtesse de Ségur annonce en somme le styliste stylé, en plus limpide. Or le défaut de la Comtesse est de ne s’être point mêlée de littérature et de n’avoir point taxé de Diable son compatriote le littérateur Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, dont la perversité des Démons ne fait aucun doute aux yeux des enfants de choeur que nous sommes restés « au fond ».
Blague à part, le procès qu’intente le styliste stylé François Meyronnis aux littérateurs sans style (enfin, attendons Noël) que sont selon lui Michel Houellebecq et Jonathan Littell équivaut, en somme, à celui qui a été fait à Dostoïevski pour cause de Stavroguine, dont la perversité intrinsèque menace de contaminer notre amour, notre noblesse et notre pensée.
En exergue de l’essai stylé intitulé De l’extermination considérée comme un des beaux- arts, qui postule en gros que La possibilité d’une île de Michel Houellebecq et que Les Bienveillantes de Jonathan Littell participent de l’action perverse du Diable contemporain que nul ne voit avancer masqué à la seule exception stylée de François Meyronnis himself, on lit cet exergue saisissant : « Plus le Diable a, plus il veut avoir ». La profondeur de cette pensée nous fait vaciller sur nos échasses d’hommes-creux. Je recopie sur le marbre durable : « Plus le Diable a, plus il veut avoir. » L’oncle Picsou n’a qu’à bien se tenir et nous autres, avatars multitudinaires du « dernier homme » conduits à l’abattoir par les mauvais bergers Michel et Jonathan  nous allons y repenser avant Noël...    
François Meyronnis. De l’extermination considérée comme un des beaux-arts. Gallimard, coll. L’Infini, 190p.    

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29/10/2007

Les anges calcinés

Sur La mort du papillon; Zelda et Francis Scott Fitzgerald, de Pietro Citati

Le critique est parfois un artiste, dont Pietro Citati est l’un des plus beaux exemples vivants. Il fallait d’ailleurs un artiste, avec le mélange d’intelligence et d’intuition, de sensibilité et de culture, de porosité à la vie des autres et des textes, d’aptitude enfin à transmettre tout cela dans une écriture fluide et belle – il fallait tout l’art de Citati, auteur d’un Kafka mémorable et de La colombe poignardée, splendide essai consacré à Proust, pour nous intéresser encore, et nous toucher, nous bouleverser même à l’approche d’un couple dont on croit tout savoir… sauf peut-être l’essentiel, que Citati situe plutôt dans les œuvres, donc dans les âmes de Zelda et Francis Scott Fitzgerald, que dans leurs tribulations de phalènes.
A l’ère du « people » le plus vulgaire, le couple « phare » qui se maria le 3 avril 1920, année « mythique » s’il en fut du premier « glamour », reste le symbole de l’époque « rétro » dont les images « de rêve » comptent plus que le contenu des deux livres « cultes », voire « cultissimes », laissés par Fitzgerald : Gatsby le magnifique et Tendre est la nuit. De la vie brillantissime et non moins pathétique des deux merveilleux papillons que furent Zelda et Scott, Pietro Citati parle évidemment, comme de leur époque aussi flamboyante (pour certains) que factice. Mais il va de soi que c’est ailleurs qu’il nous conduit aussi : tout au bout de la nuit de deux être aussi doués et fragiles l’un que l’autre ; au bout de la détresse d’une enfant gâtée qui rêvait d’être la première danseuse de son temps et qui périt dans les flammes après que des médecins suisses eurent détecté sa schizophrénie, d’une part ; au bout du seul mystère de la vie du buveur mythomane que fut Scott, à savoir le mystère de la naissance de son art, où le travail et la probité, « l’ouvrage bien fait et pour l’amour de l’art », comptaient autant pour cet élève de Keats et de Flaubert que son don premier. « Quand il parlait de l’écriture, dit John Dos Passos, son esprit devenait limpide et pur comme le diamant »
« Entre 1929 et 1931, Fitzgerald écrivit certains de ses plus beaux récits », écrit Pietro Citati : « La Traversée difficile, Le Mariage, Deux erreurs, Retour à Babylone. Sa vie sombrait dans l’angoisse et dans la folie ; et pourtant, jamais peut-être il n’avait ainsi atteint cette vérité dans la voix, cette douloureuse douceur du ton. Le malheur l’avait fait descendre, ou s’élever, en un lieu qu’il ignorait, et qu’il explora  avec une clarté et une lucidité merveilleuse, sans la moindre trace de larmes, d’alcool ou de dégradation ».
La vie de ces deux grands vivants si mal faits pour la vie, la destinée si tragique de Zelda, la complicité liant Scott et Scottie leur fille, sont évoquées avec la même délicatesse et la même attention affectueuse, sans les sots partis pris qui ont réduit les relations du couple à une caricaturale guerre des sexes. Dans les  lettres les plus intimes de Zelda et Scott ou de leurs proches, dans les livres de celui-ci et les plus secrètes aspirations et observations de celle-là, Pietro Citati rencontre la complexité de deux natures peu compatibles et la simplicité d’une passion enfantine.
Pietro Citati. La mort du papillon ; Zelda et Francis Scott Fitzgerald. Traduit de l’italien par Brigitte Pérol et enrichi d’un cahier de photographies très significatives.  Gallimard, L’Arpenteur, 127p.   

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24/10/2007

Le cercle des niaiseux

Il est divertissant de suivre, de loin, les ronds-de-jambes ou les coups d’épée dans l’eau que provoque, depuis sa parution, le livre le plus niais de la rentrée littéraire, je veux parler évidemment de Cercle d’Yannick Haenel. Qu’on le porte aux nues en faisant de ce pavé de vent un « roman total », comme Sébastien Lapaque dans le Figaro littéraire, ou qu’on en fasse le vortex de l’abjection plagiaire ainsi que s’y emploie Alina Reyes dans une polémique aussi bécassine que son bécasson d'objet, celui-ci reste évidemment ce qu’il est à nos yeux éberlués : une espèce de course du rat chic dans un dédale toc.
Si l’auteur de Cercle avait dix-sept ans et qu’il déboulât avec son air crâne et sa jolie plume dansante, ses références en veux-tu en voilà et ses pastiches d’un peu tout, dès la première scène du pont sur la Seine d’où le protagoniste jette son ancienne vie à l’instant, hop, de sauter dans la nouvelle et de s’écrier : chic c’est la joie, je revis, enfin je vais pouvoir mettre le doigt au cul de Clarine et me palucher en lisant Moby Dick, si tout cela était le fait d’un chenapan ludique et que son premier bouquin eût deux cent pages de moins, oui certes, oui-da, nous marcherions, comme nous marchons le pied-léger à travers les cinq premières pages, qui en deviennent hélas cinq cents. Mais Yannick Haenel a quarante balais et n'est plus ingénu que de posture en sémillant émule du pape Sollers.
Et cinq cents pages pour dire quoi ? Rien que de convenu, rien que de pseudo-rimbaldien, rien que de sous-sollersien dans la conjonction d’un hédonisme de pacotille et d’un usage germanopratin de la semi-culture. Cela se veut alerte, ouvert, oui-disant et dansant, mais sans quitter la manière du petit marquis, et ensuite non moins affecté dans le simulacre de gravité puisque du cul de Clarine il faut bien passer au trou noir de l’Histoire. Or tout cela est lourd quand cela se veut ludique, et léger devant le tragique.
Enfin quel roman total ? Du total chiqué sans doute. Et cela vaut-il la moindre polémique ? Qu’on lui colle plutôt un prix et le cercle sera bouclé…
Yannick Haenel. Cercle. Gallimard, L’Infini.

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Le Cabaret TasteMot à la fête

Lectures et spectacles : le nouveau Crachoir à Lausanne

Soirée d’ouverture avec Pamela’sParade et une douzaine de comédiens.
Les lectures publiques foisonnent en Suisse romande, de manière souvent dispersée et sans liens entre elles. D’où l’idée de « fédérer » de multiples forces en un lieu convivial qui relancerait le mémorable Crachoir de l’Arsenic animé naguère par Domenico Carli. Celui-ci fait d’ailleurs partie de l’équipe fondatrice du Cabaret Tastemot,  lancé demain soir au Théâtre 2.21 avec une Spam Session des musiciens de Pamela’S Parade modulant des textes publiés chez art&fiction.
En deuxième partie : une douzaine de comédiens romands (dont Martine Corbat, cheville ouvrière du TasteMot, Caroline Althaus pour La Compagnie François Marin, Georges Brasey, Lionel Frésard, Gaëlle Graff (voix et violoncelle), Jacques Probst et Emmanuel Vuilloud, Marie-Aude Guignard du Théâtree en flammes, Julien Conti (flûtes) et Frank Semelet, déploiera un florilège de textes d’auteurs romands, de Blaise Cendrars à Jean-Marc Lovay en passant par José-Flore Tappy, Pierre-Louis Péclat et Adrien Pasquali, Philippe Jaccottet, Gustave Roud et JLK.
A préciser que la salle 2 du 2.21 se prête à « taster » de la papille et du gosier…
Dans la foulée, l’affiche de la première saison s’annonce à la fois riche et d’un niveau « pro » garanti, avec des soirées consacrées à Antonin Moeri (lu par Salvatore Orlando) et Marius Daniel Popescu (le 29 novembre), Jacques Roman (en janvier), Catherine Safonoff, des auteurs jurassiens, Anne-Sylvie Sprenger ou Jacques Chessex, chaque lecture-spectacle pouvant s’enrichir d’ajouts et autres improvisations. Par la suite, le TasteMot se propose d’essaimer en Suisse romande, notamment à Genève et Yverdon-les-Bain, puis d’accueillir des lecteurs alémaniques ou étrangers.
Lausanne. Théâtre 2.21, le 25 octobre, à 21h. Entrée libre. Contacts : 079 662 65 59 ou 021 311 65 40.

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