16/01/2008

Une musique fraternelle

Sur La visite de la fanfare d’Eran Kolirin
On s’attend d’abord à une satire ou, du moins, à un film jouant sur l’ironie, en découvrant les premières séquences de La visite de la fanfare de l’Israélien Eran Kolirin, dès l’arrivée des ploucs de la fanfare de la police d’Alexandrie dans ce trou perdu d’Israël où ils sont censés représenter l’honneur de l’harmonie égyptienne. Hélas, un malentendu les fait débarquer  dans le bled de Bet Hatkiva au lieu de Patah Tikva où ils étaient attendus, et plus moyen de se tirer de là avant le bus du lendemain. Or  on s’amuse de voir paniquer leur cérémonieux directeur (Sasson Gabai), imbu de sa tâche comme s’il en allait d’un enjeu national, et le premier passage en revue des membres de cette clique perdue, dont l’élément le moins contrôlable est   le beau jeune Khaled aux yeux bleus cherchant la gueuse et traînant la patte en murmurant My funny Valentine de Chet Baker, ne manque pas de sel.
Bientôt, cependant, dès l’apparition de Dina (Ronit Elkabetz, d'une formidable présence), tenancière du bistrot de la vague bourgade où ils  ont échoué, et qui les accueille pour la nuit, la cocasserie insolite de l’épisode va céder le pas à une émotion croissante, liée à l’atmosphère générale du récit et aux relations se nouant entre les personnages. Pour la soirée, Dina s’est réservé les deux fleurons masculins du groupe (le directeur coincé à souhait mais bel homme, et le jeune Khaled), tandis que leurs collègues subissent l’humeur mitigée  d’une famille qui les a reçus à son corps défendant. Entre un dancing pour patineurs à roulettes et une boîte plus branchée, un jardin public et un bord de mer, les protagonistes vont frayer plus ou moins et parfois communiquer, tantôt par la musique (ce beau moment où Egyptiens et Israéliens se mettent à chanter ensemble Summertime) et tantôt par le geste (la séduction d’un laideron par un garçon timide que le brave Khaled fait profiter de son expérience), ou par la confidence personnelle qui marque l’échange le plus émouvant du film, entre Dina et le chef tombant le masque.
On pense un peu aux films de l’Est des années 60-70 (je ne sais pourquoi le souvenir de L’As de pique de Forman m’est soudain revenu) au fil de cette mise en scène jouant sur d’étonnants ralentis et des plans quasi picturaux, où le jeune réalisateur excelle à rendre un climat dont l’étrangeté va de pair avec un sentiment croissant de fraternité. C’est très beau, très tendre, très touchant, très délicat. Ce premier ouvrage d’Eran Kolirim a été sacré meilleur film israélien de l’an dernier. On en sort profondément ému.      

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11/01/2008

Que du roman

 

A propos de Vie et mort entre quatre rimes d’Amos Oz

On sourit tout le temps à la lecture du dernier roman d’Amos Oz, qui fait penser un peu au mémorable Elizabeth Costello de J.M. Coetzee, notamment en cela qu’il interroge le sens et les pouvoirs de la fiction et jette, sur la figure du romancier lui-même, un regard nuancé d’humour et de dérision. Pourquoi écrivez-vous ? Ecrivez-vous à la main ou à la machine ? Pourquoi avez-vous quitté votre dernière épouse ? Vos écrits sont-ils tirée de la réalité réelle ou inventés, autobiographiques ou sans rapport avec vous-même ? Telles sont, entre autres exemples non moins stéréotypés, les questions auxquelles l’auteur, protagoniste du roman, sera censé répondre ce soir à l’occasion d’une rencontre littéraire où un spécialiste de la littérature décortiquera son œuvre avant qu’une jeune comédienne n’en lise quelques pages. En attendant de rejoindre le Centre culturel israélien où cela doit se passer, l’auteur s’attarde dans un bistrot où, tout aussitôt, la seule observation d’une serveuse en minijupe l’incite à la baptiser (Riki) et à lui prêter un premier amant (à seize ans, un certain Charlie, remplaçant du gardien de l’équipe de foot locale) et à inventer une Lucie avec laquelle ledit Charlie trompe bientôt Riki. Comme deux quinquas siègent à la table voisine, l’auteur leur trouve la dégaine de figures de roman noir, et voici Monsieur Léon et Shlomo Hogi prêts à l’usage imaginaire, avant qu’il ne rejoigne son public qui l’attend impatiemment. Durant la présentation de ses livres, qui lui valent les platitudes habituelles de la part du spécialiste en littérature chargé de la corvée, l’auteur continue de penser à Riki et Lucie tandis que plusieurs personnages de l’assistance le font « créer » le vieil Arnold Bartok que sa mère tyrannise, tel jeune poète tourmenté qui rêve de le rencontrer ou tel ex-prof teigneux qui estime la littérature israélienne contemporaine indigne de sa tâche éducative. Après la séance, c’est avec Rochale la comédienne, qu’il fascine à l’évidence, que l’auteur s’en va de par les rues, lui proposant de la raccompagner chez elle où l’attend Joselito, son chat. Après une certaine valse-hésitation, l’auteur prend congé, continue d’errer avec ses personnages de plus en plus présents, puis revient sous les fenêtres de Rochale… laquelle lui ouvrira ou ne lui ouvrira pas, selon les épisodes possibles de la suite du roman. Peu importe au demeurant le détail du « feuilleton », dont le contenu ne se borne pas évidemment aux « histoires » racontées mais introduit une réflexion sur la position du romancier, au sens de sa démarche personnelle, et à la portée du genre romanesque, instrument de connaissance phénoménologique, symphonie de mémoire (comme le sont plusieurs romans d’Amos Oz) ou « lettre à la petite cousine » selon l’expression de Céline. Le titre du roman, évoquant l’obscur recueil d’un poète dont on ne sait s’il vit encore, indique assez la perspective, non pas désabusée mais néanmoins lucide, par rapport aux prétentions exorbitantes de la Littérature, dans laquelle se situe l’Auteur par rapport à «l’auteur». Tout cela dans une tonalité tchékhovienne et un climat qui rappelle un peu aussi, la province tendrement gorillée par le Fellini des Vitelloni

Amos Oz. Vie et mort entre quatre rimes. Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen. Gallimard, coll. Du monde entier, 131 p.

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09/01/2008

Un quatuor trop cool

Antonin Moeri signe un concert de voix remarquable avec Juste un jour
C’est un livre à la fois clairvoyant et délirant que Juste un jour d’Antonin Moeri, ingénieusement construit et dont le plancher se dérobe à tout moment sous le pas du lecteur, un roman choral à quatre voix alternées auxquelles s’en ajoutent quelques autres (une probable psy quelque peu fantomatique et deux homos jouant les utilités narratives, notamment) pour tracer du dehors et du dedans le portrait en mouvement d’une famille d’aujourd’hui (Jane la mère, Lucien le père, et les deux ados Arnaud et Emilie) cristallisant une somme impressionnante d’observations sur les fantasmes de bonheur généralisé de notre société, ici à l’occasion d’un séjour en station de sports d’hiver (à l’Hôtel Eden) gagné par la famille Forminable (sic) à l’enseigne du concours Starlight.
Le récit se fait, sur « contrat », dans le probable cabinet d’une pro de l’« écoute ». Chacun leur tour, les deux adultes et les deux ados vont raconter « juste un jour » de leur séjour paradisiaque, et se déboutonner par la même occasion, parfois jusqu’au tréfonds de leur intimité – Jane surtout. Le bafouillement est au premier rendez-vous de Lucien, qui cherche aussitôt à se justifier, invoquant l’urgence éprouvée de sortir d’une situation dite « sur la jante », entre stress et ras-le-bol, que la mirifique promesse d’un « ailleurs » où « tout est possible », devait évidemment pallier. D’emblée, aussi, la promesse de Lucien de dire « toute la vérité » déborde au fil d’un déballage où l’emballement des mots et des idées associées sera relancé tour à tour par Jane, Arnaud et Emilie. Le langage lui-même est en effet la grande affaire de Juste un jour.
Antonin Moeri s’aventure aussi bien, après une série d’autofictions mémorables (Le fils à maman en 1989, à L’Age d’Homme, suivi de L’île intérieure, Les yeux safran ou Cahier marine) et des nouvelles de plus en plus incisives (Paradise now et Le sourire de Mickey), dans la construction d’un roman d’une tonalité nouvelle. Le grand intérêt de Juste un jour, en effet, tient à cela que les personnages (à commencer par Jane) prennent le pas sur l’auteur lui-même, ou plus exactement sur le personnage-type des livres précédents de l’auteur, plus narcissique. Au gré des regards croisés des parents et des enfants, l’ouvrage devient roman d’amour et d’humour. Les Forminable se regardent les uns les autres comme de drôles d’animaux, mais ils s’aiment. Jane pourrait donner l’impression d’une obsédée sexuelle ne pensant « qu’à ça », alors qu’elle fait office à la fois de maman, d’amante et de régulatrice de tous les thermostats. Lucien est un maniaque que les siens observent avec autant de perplexité que d’inquiétude (il casse volontiers les tables et se lave les dents avec une passion compulsive), et pourtant ils l’aiment tous. Très étonnant est le regard que les ados portent sur leurs parents, où les règles conventionnelles n’ont apparemment plus cours alors que la demande de respect se fait d’autant plus impérieuse. Bref, la preuve est ici faite que l’amour et l’humour sont plus forts que la déprime d’époque, et la revendication sainement jalouse d’une femme et le sérieux plus sain encore d’une paire de mômes, y sont pour beaucoup. La modulation formelle de Juste un jour est parfois inégale, mais l’important est ailleurs : dans la vision pénétrante de l’auteur sur le drôle de monde dans lequel nous vivons, et dans sa généreuse et très originale ressaisie verbale

Antonin Moeri, Juste un jour, Campiche, 206p.

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06/01/2008

Une quête d’absolu

 


 Into the Wild, le (magnifique) nouveau film de Sean Penn
C’est un bien grand beau film généreux et limpide qu’Into the Wild de Sean Penn, dont l’empreinte qu’il laisse au cœur est toute pure. L’histoire en est belle, les personnages principaux sont également de belles personnes, comme on dit, les images et la musique ne sont pas moins superbes et, surtout, il s’en dégage un sentiment général d’autant plus bienfaisant et tonique qu’il n’a rien de complaisant ou d’édulcoré, voire de frelaté, comme pourrait le faire redouter le thème rebattu du retour à la nature. De fait, les rudes lois de celle-ci ne sont pas ignorées ni sous-estimées. Une scène terrible, marquée par le sacrifice « inutile » d’un élan, souligne le caractère très problématique d’une immersion « naturelle », même si la quête du solitaire reste fondée. Le titre d’En pleine nature ne rend d’ailleurs pas compte du piège que celle-ci représente aussi dans le film, alors que l’original Into the Wild en désigne mieux l’ambivalence, qui renvoie alors aux obstacles et au combat du héros de Construire un feu de Jack London.
L’esprit des Jack, London et Kerouac, mais aussi de Thoreau et de Tolstoï, préside à ce parcours initiatique d’un tout jeune homme déçu par ses parents, dont la mésentente tourne à la haine sous les dehors du mensonge et de l’hypocrisie.
Deux grandes lignes narratives traversent le film et se relancent l’une l’autre en contrepoint, modulant en outre le passage des années et scandant chaque nouveau chapitre : d’une part, c’est le récit du Magic Bus, la carcasse d’autocar perdue en plein Alaska où Alex Supertramp (c’est le pseudo glorieusement naïf qu’il s’est choisi) va vivre cent jours de solitude absolue ; et, de l’autre, la chronique tenue par sa sœur au fil de ses années de fugue, qui témoigne des conséquences de celle-ci sur les parents restés sans nouvelles, reconnaissant leurs responsabilités et se rapprochant.
On le sait, Sean Penn revient de loin : de toutes les défonces et de tous les dégoûts. Or ce qui sidère alors est la complète fraîcheur de son regard sur le monde et sur les gens, tous abordés avec tendresse et jusqu’à l’indulgence, s’agissant du père égoïste et violent qui se prend pour Dieu au point, une année, de décider que Noël n’aura pas lieu…
L’Amérique d’Into the Wild est à la fois celle de L’Attrape-cœur de Salinger et de Sur la route de Kerouac, des anciens hippies et de Bush Senior justifiant la guerre du Golfe ou des paumées down & out crevant dans les grandes villes, et l’on se rappelle aussi la dernière page de La Route de Cormac McCarthy dont on pourrait dire que Sean Penn la réinvestit avant la catastrophe ou au moment d’en renaître…
Si la « théologie » de McCarthy est plus profonde dans son aperception tragique et sa visée rédemptrice, que la religiosité tolstoïenne qui se dégage d’Into the Wild, ce film ne représente pas moins, aujourd’hui, un admirable geste de résistance aux forces obscures et destructrices de l’empire du fric, à la violence, au fanatisme, au cynisme ou à la décadence. Le fait qu’Alex, merveilleusement vécu, plus encore qu’interprété, par Emile Hirsch, soit à la fois un fou de lecture et un pèlerin de l’absolu, dont l’apprentissage passe par une nouvelle naissance et une filiation restaurée (avec une femme, puis un vieil homme qui l’adoptent pour ainsi dire en le poussant au pardon des siens), avant la révélation finale de ce que le bonheur n’a de sens que partagé – tout cela élève le film très au-dessus des rêveries New Age à base de marshmallow spiritualisant.
La grande générosité d’Into the Wild va de pair avec une forme lyrique n’excluant pas ici et là quelque pompe ni quelques clichés, mais c’est aussi la loi du romantisme à l’américaine  (on est bien dans la lignée de Twain, London ou Thomas Wolfe), dans l’ample mouvement et le grand souffle. Si la scène de l’empoisonnement « naturel » rappelle La bouche pleine de terre de Branimir Scepanovic, c’est à Tolstoï qu’on pense à la fin poignante du héros, rappelant la mort « cosmique » du prince André.
Grand film pour commencer, avec ce grand livre qu’est La route de Cormac McCarthy, cette année 2008 en beauté…
Dans les salles dès le 9 janvier 

 

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04/01/2008

Blowin’ In the Wind

De Bob Dylan à Robert McNamara
J’avais commencé la journée par une longue balade dans la foulée de Bob Dylan, tel que le raconte François Bon, et nous avons fini la soirée entre amis à regarder The Fog of War, où Robert McNamara, l’un des Masters of War que stigmatisait Dylan au début des années 60, parle longuement, face à la caméra, de sa trajectoire et de ses dilemmes de patriote américain qui aura vécu les bombardements incendiaires de Tokyo (100.000 morts en une nuit) et la terrifiante épreuve de la crise cubaine, avant la guerre au Vietnam dont la conduite le désolidarisa finalement de Lyndon Johnson.
Ce que j’aime beaucoup, dans la chronique biographique très serrée de François Bon, c’est qu’elle nous raconte la réalité d’une légende sans sacrifier l’aura de celle-ci. Comme un Blaise Cendrars, Robert Zimmermann a senti très tôt que sa poésie personnelle ne prendrait corps qu’au prix d’une image composée qui ferait de lui un personnage de roman (entre Dickens qu’il adorait, Mark Twain et Woodie Guthrie dont le récit de vie lui fut un choc), sans pour autant qu’il y ait là le début d’un marketing froid. Or cette légende de l’orphelin à casquette sur l’œil, mal sapé, mal lavé et dormant volontiers chez ses amis, « oubliant » son affectueuse et fidèle parenté avant de lui imposer son pseudonyme, ne serait qu’un petit folklore sans l’omnivore obsession du folkeux revisitant ce fonds musical et poétique  pour devenir une véritable mémoire vivante de cette Amérique d’en bas.
François Bon connaît la musique, à tous les sens de l’expression, et comme on ne la lui fait pas, c’est avec autant de connaissance éprouvée du sujet (lui aussi est une mémoire ambulante, et sa pratique personnelle d’écrivain et de musicien y ajoute encore) que d’instinct « romanesque » des situations vraies (réelles ou recomposées) qu’il retisse sa chronique en rectifiant souvent les versions par trop enjolivées ou gâtées par la rancœur des uns et des autres. Ce qui est sûr, c’est que sa bio permet au lecteur attentif de se faire une image précise, jusque dans les flous de cette vie parfois flottante (la vie végétative de l’artiste comptant à cet égard autant que l’herbe à fumer), d’un personnage à la fois convaincu de sa vocation singulière, faisant miel de tout ce qu’il grappille au passage (on l’accusera plus d’une fois d’appropriation par jalousie) et ne cessant d’écouter les autres, d’admirer et d’aimer (à commencer par Woodie Guthrie), d’imiter et de réadapter (ses premières compositions mythiques revisitant d’anciens thèmes oubliés), de partager la passion de ses partenaires professionnels ou affectifs (il découvre Rimbaud avec Suze) et de cristalliser soudain son propre récit de l’Amérique, dont l’histoire le rejoint soudain à la veille de sa rencontre avec Joan  Baez, juste après l’éclosion de ses premiers titres mythiques, de Blowin’ In the Wind à Don’t think twice, it’s Allright.
J’écoutais No Direction Home en lisant François Bon, regroupant dans le film de Scorsese des enregistrements au son fréquent de fond de cave ou de salles d’époque, et c’était toute une époque de nos adolescences qui me revenait avec des échos de nos premiers tourne-disque (mon père débarquant triomphalement avec Day O d’Harry Belafonte, d’ailleurs présent en ces pages) et de nos émissions de radio préférées, et ce fut le soir, après le énième passage d’I was young when I left home et de Masters of War, lorsque, avec nos amis, nous avons préféré, à la baveuse Star’Ac dédiée au jeune Gregory angélisé-victimisé, le film d’Errol Morris (Oscar 2004 du meilleur documentaire) constitué par le récit rétrospectif d’un demi-siècle par l’ancien Secrétaire de la Défense de Kennedy et Johnson, Robert McNamara.
Un des maîtres du monde dit libre qui vous dit, comme ça, que ce qu’il a fait lui vaudrait la qualification de criminel de guerre si sa nation avait été vaincue, n’est pas banal, mais ce n’est ni dans le plaidoyer pro domo ni par l’autocritique McNamara saisit : c’est par la mise en évidence d’une montée aux extrêmes marquée par quelques épisodes affolants (François Bon rappelle le climat de la crise cubaine vécu par Bob Dylan et les Américains, comme nous l’avons éprouvé nous-mêmes de loin)  dont nous ne sommes pas sortis, même si nos enfants continuent à murmurer, en attendant que les temps changent :
On mettrait les fusils et les tanks au fond de la mer
Ils sont les erreurs de l’histoire ancienne…
François Bon. Bob Dylan. Fayard, 485p.
Errol Morris. Brume de guerre (The Fog of War). DVD Gaumont.

   
           

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02/01/2008

Les nouveaux esclaves

Sur It’s a free World de Ken Loach
On se trouve, dans le dernier film de Ken Loach, It's a free World, pris au piège de cette prétendue liberté dans une espèce de frénétique course du rat – plus exactement de la ratte, laquelle se débat comme une belle diablesse dans le cercle infernal du nouveau marché aux esclaves des migrants plus ou moins clandestins de l’Europe de l’Est et de partout qui débarquent en Angleterre.

Angie après s’être faite virer d’une agence de recrutement pour ne s’être pas soumise à la règle machiste de ses supérieurs, se retrouve sur le carreau et lance alors, avec sa colocataire Rose, une agence indépendante de placement assortie d’une cafétéria du petit matin. Malgré les mises en garde réitérées d’un de ses copains-collègues, Angie développe bel et bien un début de réseau sans se rendre compte qu’elle empiète sur le terrain de négriers sans scrupules beaucoup plus puissants qu’elle. Comme elle-même, toujours un peu « borderline » depuis qu’elle doit assumer  la charge de son fils Jamie (le père de celui-ci a décroché depuis longtemps et passe son temps devant la télé) avec l’aide de ses parents qui n'en peuvent mais, recourt à des procédés de plus en plus proches de l’illégalité, Angie va se trouver acculée à une situation dont elle se sortira de la façon la plus abjecte,  dénonçant un groupe de clandestins au service de l’immigration, pour caser à leur place une quarantaine d'Ukrainiens qu’elle rançonne pour ainsi dire, avant que tout ne se retourne contre elle.
Si le scénario du film est solidement construit, qui nous confronte à une imbrication de situations aussi scandaleuses que vraisemblables, avec de brusques aperçus de détresses personnelles poignantes, It's a free World , dans sa violence amère, a quelque chose d'insupportable dans la mesure où Ken Loach se contente, de manière frontale, de montrer les choses telles qu’elles sont, sans béquille critique ni trace d’évolution rassurante chez la protagoniste, puisque Angie, à la toute fin du film, se retrouve quasiment à la case départ, à recruter de nouveaux Ukrainiens à Kiev…
Ceux qui ont besoin d’une « morale » lui reprocheront ce parti pris, que je trouve pour ma part d’une honnêteté conséquente. Le portrait d’Angie, dont la  rage de s’en sortir va de pair avec une espèce de santé sensuelle et sauvage, est remarquable (et magnifiquement servi par Kierston Wareing, tout à fait saisissante en sa  beauté sexy et râpeuse à la fois, l’énergie véhémente et l’ambiguïté dérangeante de son personnage), autant que celui de Rose (Juliet Ellis, incarnant une femme plus lucide et sensible à la fois que son amie), et le rôle central de ces deux femmes ajoute à la déposition implicite du film, signifiant en somme que cette liberté de l'exploitation sauvage est aussi  désastreuse pour les uns que pour les autres dès lors qu’on obéit aux mêmes codes que ceux du système qui aboutit à cet ensauvagement… A chacun, en fin de compte, de remplir les vides de ce film plein d’humanité mais qui se refuse aux faux-fuyants politiquement corrects ou aux conclusions lénifiantes….

Sur les écrans romands dès le 2 janvier     

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La fortune d’un bon maître

 

Dans Un Jurassien chez les Tsars, Jeanne Lovis retrace le parcours d’un « oncle » légendaire de sa famille.
« Il était revenu par la montagne avec des sacs remplis de pièces d’or et trois revolvers. Après, il avait été habiter à Lausanne ». Est-ce d’un des sept oncles de Cendrars qu’il s’agit là ? On pourrait l’imaginer, s’agissant d’un Jurassien parti de son hameau de La Racine à seize ans, destination la Russie où il débarqua vers 1827, peu après la répression des décembristes par le tsar Nicolas II – un Helvète parmi des milliers dans la foulée de Frédéric-César de La Harpe. Or l’émigrant en question se nomme Jean-Baptiste Constantin Lovis, et c’est « instituteur d’abord » qu’il s’improvise comme beaucoup de compatriotes de l’époque, plus ou moins diplômés. Si Lovis ne sera titularisé que  par raccroc, à ce qu’il semble, sa carrière de précepteur n’est pas moins brillante, non moins que lucrative. C’est d’abord dans la famille Sabouroff, de noblesse très ancienne, que « le Batiche », comme l’appellent les siens, dispense son enseignement « à vie ». Des années durant, ainsi, il entretiendra une correspondance privilégiée avec son ex-élève Catherine Sabouroff, source majeure de la biographe. Parallèlement, Lovis occupe un emploi de maître de langue française dans un gymnase impérial de Moscou. Par la suite, de plus en plus qualifié et anobli, c’est d’un enfant cousin des tsars qu’il devient le maître privé. Le prince Basile Narychkine, tôt orphelin, marqué par diverses tribulations et peu porté à se mêler aux intrigues de sa famille et de la cour, restera l’ami de son mentor qu’il rejoindra en Suisse, où sa famille fera partie des fleurons de l’émigration russe à Lausanne, notamment en la résidence de l’Elysée.
Mais comment, revenu lui-même au pays, Constantin Lovis en est-il arrivé à accumuler une véritable fortune, qui ne manqua pas de susciter jalousies et rumeurs. Ne s’est-il pas livré à la traite des blanches, comme d’aucuns l’ont murmuré ? Ce n’est pas le moindre mérite de Jeanne Lovis que d’éclairer la gestion « capitaliste » du portefeuille de son arrière-grand oncle, qui laissait une fortune de 500.000 francs or à sa mort, soit quelque 6,7 millions de francs suisses actuels. Portrait d’un humaniste libéral, ce livre est aussi un aperçu documenté sur l’émigration suisse en Russie, le climat prérévolutionnaire de celle-ci et l’ambiance du beau monde cosmopolite lausannois. Des lettres émouvantes, entre une jeune femme et son vieil « instit », donnent enfin un tour plus affectif et chaleureux à cette « enquête » où grande histoire et destinées individuelles se font écho.
Jeanne Lovis. Un Jurassien chez les Tsars. Editions Alphil, 244p.       

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24/12/2007

La sainte d'Auschwitz

 

Mort et vie d’Edith Stein de Yann Moix

On se dit d’abord que ce n’est pas vrai : que c’est pour rire ou pour changer de provoc ou de public : Yann Moix hagiographe… Non mais de quoi je me mêle ? Yann Moix qui consacre un livre à Edith Stein, la carmélite d’origine juive gazée à Auschwitz et canonisée par Jean-Paul II : vous imaginez le tableau. Et comment ne pas penser illico que ça ne pouvait que « craindre », comme on dit dans le langage de Yann Moix. Avec quoi de sincère ? Quoi de sérieux dans tout ça ? C’est ce que je me suis dit moi aussi en ouvrant ce petit livre et en commençant d’en lire les premières pages, immédiatement hérissé par le maniérisme dont l’auteur use et abuse tout au long des : pages. Vous avez : bien lu. De fait c’est ainsi que Yann Moix écrit : «Quand tu te lèves le matin, lecteur, tu sais que tu ressembles : à. Que plus ou moins tu es le sosie : de. Que t’inventer sur mesure la vie que tu aurais dû vivre est de plus en plus hard, de moins en moins possible : c’est un aveu d’échec : tu vas mourir tout à l’heure. Mais tu seras déjà mort quand tu : mourras ». Et ça va durer : longtemps ? Oui jusqu’au : bout. Mais entretemps, il se passe quelque chose… Pour continuer de donner le « la » du livre, voilà ce que Yann Moix, avec sa façon relaxMax, au milieu du chemin, écrit de la conversion de la philosophe (husserlienne) allemande juive Edith Stein, baptisée le 1er janvier 1922, fête de la Circoncision de Jésus : « Est-ve vraiment une conversion ? Ne serait-ce pas, plutôt, la « rencontre » d’une juive athée avec Jésus, ce m^’eme Jésus qui lui redonnera la curiosité du judaïsme ? Edith Stein, en devenant chrétienne, va enfin pouvoir : aimer Israël. « C’est une énorme révolution qui s’opère. A première vue, rien de très spectaculaire : le beauf hilare bouffeur de chips verra dans cette histoire, pour peu qu’il s’y intéresse (on ne sait jamais), une pauvre petite intello paumée qui, mal dans sa peau, s’enferme dans la « religion » chrétienne pour fuir le mon de et ses problèmes. « Quand on regarde la scène au microscope : c’est une révolution. C’est un acte fondamental du XXe siècle. C’est une date fondatrice de l’histoire des chrétiens et des juifs. Edith, née Stein, juive, vouant sa vie au Christ, devient un bouclier humain contre les assauts de l’antijudaïsme des chrétiens de l’époque. Elle fait paratonnerre et détourne la haine de l’Eglise envers les juifs vers d’autres univers, à des milliers d’années-lumières de là (elle essaye). » Et du même coup, attention : ce n’est pas qu’un paratonnerre « bon pour les juifs » que Yann Moix voit en Edith Stein : pas du tout. On est ici dans une histoire perso enchâssée dans une mille fois plus grande histoire, et c’est l’enjeu de la première au vu de la seconde : c’est le sens de la destinée d’Edith Stein devenue sainte Thérèse Bénecdicte de la Croix que Yanna Moix détaille sur son ton faussement désinvolte dans ce livre à vrai dire étonnant, bien plus profond et pertinent que le lecteur de Podium ou de Partouz eût pu l’imaginer : sincère et sérieux. Des illustrations de ça ? La première à propos de la façon dont la Grâce se faufile en catimini dans le « bloc d’athéisme buté », dont l’auteur parle comme d’un phénomène physiologique : « Pendant quatre ans, la Grâce va s’infiltrer dans les veines et les artères et les pores d’Edith, sans jamais se lasser de l’innerver : une Grâce têtue, moléculaire, insidieuse, qui chemine dans : le corps ». La seconde : dans le commentaire de Paul lié à l’enseignement du judaïsme qu’Edith prodigue à ses sœurs du Carmel. Edith en pince pour Paul car elle est « impressionnée par les âmes théoriques » et que Paul est le génie du christianisme incarné : celui qui prépare le judaïsme « new look » que sera le christianisme. « Ce que Paul adore dans le judaïsme, c’est le christianisme ! » s’exclame Yann Moix. Et cela aussi : « Paul est un « rectificateur » d’élection. A la mesquinerie pas prêteuse des juifs juifs quoi ne sont plus dignes du judaïsme, il oppose la générosité universelle des juifs chrétiens qui sont les juifs nouveaux, les seuls juifs désormais : licites, les seuls juifs désormais : légitimes. Bien fait ! s’exclame Paul ; les juifs n’avaient qu’à être plus juifs que ça ! C’est pas de ma faute sui les chrétiens sont plus juifs que les juifs ! » Un concert de grincements de dents ne manquera pas d’accueillir ce livre, qui pourtant mérite d’être lu. Ses pages concernant Israël et son espace-temps unique (« Israël est plus grand qu’Israël. La France est devenue moins grande que la France »), ses réflexions sur le « travail » posthume des saints et sur ce qui les distingue des génies artistiques, ses réflexions souvent fulgurantes sur la filiation/rupture entre judaïsme et christianisme, les pages très émouvantes aussi qu’il consacre à la fin tragique et sereine à la fois de la déportée, outre la qualité du découpage de son « film » biographique ponctué de phrases d’Edith Stein qui font tilt à tout coup : tout cela fait de Mort et vie d’Edith Stein un ouvrage d’autant plus remarquable qu’il s’ouvre tout grand aux jeunes lecteurs, sans démagogie. Lorsque Yann Moix commence son livre en écrivant : à l’heure où nous sommes, Amour est encore possible », on se dit : c’est ça, coco, mais prouve-le donc. Or ce livre est une preuve… Yann Moix. Yann Moix. Mort et vie d’Edith Stein. Grasset, 193p.

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11/12/2007

Le flambeur Flambé

 

 

Sur La Vie mécène, de Jean-Michel Olivier 

L’excellent Hugo Loetscher estime que le meilleur des romans contemporains de ce pays ne vient pas de la campagne mais de la ville, ce qui vaut sans doute pour les écrivains alémaniques plus que pour leurs pairs romands ; mais la remarque est intéressante, qui renvoie précisément au manque de vrais romans urbains dans la littérature romande du dernier demi-siècle.
Quel romancier romand contemporain aborde-t-il sérieusement les thèmes de la ville au sens large ? On en a vu quelques tentatives sporadiques, notamment avec les derniers ouvrages d’Yves Laplace évoquant une espèce de tribu encanaillée, avec un début de tableau gratiné mais partiel des nouvelles mœurs. De la même façon, si l’on admet que la ville actuelle participe aussi de la campagne perdue, Le Pays de Carole de Jacques-Etienne Bovard traite lui aussi d’une problématique contemporaine, à savoir la métamorphose des couples de trentenaires et la dégradation du lien familial de façon plus générale.
Sociologie que tout cela ? Pas seulement. Et c’est bien plus qu’un « reflet » social que nous propose Jean-Michel Olivier dans son nouveau roman, La vie Mécène, qui investit la ville de Genève de manière frontale par le truchement de personnages typés, partiellement construits (pour certains) à partir de figures connues, sans qu’il s’agisse pour autant d’un roman à clefs. La charge satirique est en revanche évidente, et le rire au rendez-vous, fait assez rare dans notre chère littérature romande. Pour aggraver son cas, l’auteur mène son affaire avec autant de verve que d’insolent plaisir, poussant parfois jusqu’à une apparence de cynisme mimétique, étant entendu que l’auteur ne s’identifie pas forcément à ses personnages même s’il leur tient le crachoir…
Le roman se constitue par le portrait, en creux, de l’affairiste et mécène Elias S., retrouvé noyé au large de Nyon (patrie de la famille Olivier et de ses deux poètes nationaux Juste et Urbain, soit dit en passant), le poches pleines de lingots d’or. Nous sommes alors en 1993. Après l’énoncé du fait divers par le plumitif Etienne Jargonnant, dont nous goûterons de loin en loin les talents de rédacteur à tout faire au corps intégralement tatoué dans la tradition des Maoris (la référence au « modèle » Etienne D. de la Tribune de Genève étant la plus transparente), le récit des plus ou moins hauts faits dont Elias S. fait bénéficier la République sera dévolu à neuf personnages s’exprimant alternativement dans le langage qui leur est propre. Il y a là la charmante épouse du défunt, au doux prénom d’Isabelle, fille de bourgeois bordelais dont Elias a fait la conquête en lui offrant une jolie voiture, et qui nous réserve pour la toute fin une formidable diatribe lestée de détresse (son fils a été enlevé et massacré) qui pourrait bien être celle de l’auteur. Il y a Alias, le double d’Elias, ancien malfrat recyclé dans le crime légalement organisé et qui assure notamment le roulement de la juteuse affaire d’escort girls recrutant les étudiantes genevoises. Il y a l’une d’elles justement, Elsa/Elisa, qui prépare une thèse d’esthétique entre deux passes de haut vol social – elle fait un peu d’espionnage économique par la même occasion, pour le double bénef d’Elias et d’Alias. Il y a Déborah la pianiste classique, qu’Elias sponsorise après l’avoir réorientée vers le jazz, lequel la fera faire ami-ami avec un certain Oscar Peterson; et Matthieu le peintre, inspiré par feu Marc Jurt, que le mécène aidera lui aussi par passion réelle pour son œuvre de grand coloriste ; et César également, le coach brésilien du Servette qu’Elias a racheté et qui « gère » les jarrets multinationaux du club; enfin le petit Jonah, qui ne s’exprimera qu’une fois avant d’être sacrifié par ses kidnappeurs, son drame marquant le tournant plus grave du récit.
Il y a du roman picaresque dans La Vie mécène, qui galope sans complexes ni souci de vraisemblance « réaliste », jouant des ficelles du polar ou de la satire « pour rire », quitte à livrer au passage tel avocat-vedette aux crocs de molosses affamés – bien fait pour lui. Dans le même ordre de l’outrance, seul le cuistre ou le nigaud s’offusquera du fait que l’auteur livre tel ou tel magistrat au fouet d’une étudiante en lettres férue en culture SM, alors même que les médias viennent de révéler l’existence d’un réseau en tous points semblable à celui qu’imagine le romancier.
Sous ces aspects grinçants ou comiques, voire burlesques, ce que dit en fait La Vie Mécène échappe à la fois au moralisme hypocrite et au cynisme déluré, en montrant bien que, dans le domaine de l’art et de la culture, la part de la passion gratuite et la part du commerce vont le plus souvent de pair, qu’un riche amateur peut être plus avisé en matière de goût qu’un spécialiste famélique, et qu’un romancier n’est pas bon à proportion de ses « positions » idéologique ou morale mais qu’il nous intéresse par son regard sur ses semblables et la société qu’ils forment.
Le moins qu’on puisse dire est que les personnages de La vie mécène ne sont pas au-dessus de tout soupçon, mais l’empathie du romancier est telle que nous nous attachons à eux, à commencer par Elias, type du flambeur flambé, rattrapé par la vie, plus exactement démoli par la mort de son enfant. Conclusion morale ? Même pas : conséquence d’un jeu où la dérision de la réussite ne protège de rien, même pas du respect factice de la société qui, demain, fera de l’héritage du malin un musée officiel.

 

Jean-Michel Olivier, La Vie mécène. L’Age d’Homme, 2007.       

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05/12/2007

Soutter le voyant

 

 

Louis Soutter, delirium psychédélique
Louis Soutter est cet ange foldingue aux yeux de charbon radioactif et aux pompes jaunes de dandy qui n’en finit pas de danser autour de nous, ayant atteint l’immortalité à force de souffrance existentielle et de saint effort de surmonter celle-ci par le truchement de son art. Ses dessins pourraient être d’un enfant ou d’un jeune sauvage endiablé, avec la maîtrise dépassée des vieux maîtres et la véhémence panique ou candide des artistes dits « bruts ». Son œuvre figure une sorte d’éblouissant trou noir dans la nébuleuse du XXe siècle. Quoique défendu de son vivant par certains (Le Corbusier, Ernest Manganel, René Berger, Pierre Estoppey, Victor Desarzens), le « fou pornographique » de Ballaigues reste pourtant un maudit de la race des Van Gogh et autres Artaud, avec la même intensité existentielle et la même incandescence créatrice.
La présumée « folie » de Louis Soutter, étiquetée par les psychiatres mais défiant toute norme, ne pouvait qu’intéresser Henri-Charles Tauxe, braconnier de tous les savoirs (de la philosophie de Heidegger, auquel il a consacré une thèse, à la biologie comportementale qu’il a étudiée avec Laborit, jusqu’à la micropsychanalyse vécue en pratique) et polygraphe passionné par les « monstres » créateurs, de Picasso à Simenon. Pourtant une chose est de s’intéresser à une destinée de grand brûlé existentiel, et tout autre chose d’incarner celle-ci. Or c’est le miracle de Louis Soutter, délirium psychédélique, que de mêler le discours analytique et la parole d’un être à vif, les questions d’Henri-Charles (notre confrère à la folle jeunesse, curieux de tout) et les réponses d’un Soutter fulgurant sur le papier sous toutes les formes, de la valse des molécules au multiple visage de la femme ou à la silhouette crucifiée du Christ. Et voilà : du Big Bang originel au personnage bouleversant que Soutter intitule Sans Dieu, le récit palingénésique de la vie et de l’humanité se trouve ici résumé, traversé par la hantise de la mort et redéployé en poussière d’étoiles picturales.
Tout cela que le texte de Tauxe, de plus en plus habité, concrétise, pour être magnifié sur scène par Jacques Gardel, musique et icônes souttériennes à l’appui. La démarche clôt un cycle « folie et création » où Gardel et Québatte se sont engagés à fond. Dans le rôle de Louis Soutter, Miguel Québatte est proprement bouleversant, alternant la gravité désespérée et l’humour sublime.

Lausanne. Théâtre Kléber-Méleau, Louis Soutter, délirium psychédélique, d’ Henri-Charles Tauxe, mis en scène par Jacques Gardel, avec Miguel Québatte.  Du 11 au 16
décembre. Durée : 1h.45.

 

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04/12/2007

Point, barre, pauv'con, casse-toi


S’il est un signe de la muflerie actuelle, c’est bien celui qui ponctue la jactance de certaines et certains dont l’obsession est d’assener plus que d’exposer ou d’argumenter, étant entendu que ce qui est dit est dit et que ça ne se discute pas: point, barre.
Cette expression hideuse, dérivée du langage-moignon des mails et des SMS, me semble plus haïssable encore que les formules du discours militaire qu’une seule résume avec le même effet que « point, barre », à savoir : rompez.
Qu’un officier m’ordonne: rompez me paraît cependant dans l’ordre de sa fonction et je ne discute pas : je romps sans plier après avoir pris la position de repos, et je me casse.
Mais qu’une cheffe de projet de telle boîte publicitaire, qu’un rédacteur en chef adjoint impatient de grimper encore, que des cadres moyens ou leurs adjointes et adjoints utilisent la formule « point ,barre » me paraît un premier indice de leur probable incompétence et de leur stupidité latente, voire de leur éventuelle dureté d’âme, ce qui est plus grave.
L’expression « point, barre », formulée dans la langue de Pascal et de La Fontaine, doit être extirpée de sa pratique même la plus usuelle, de même que la langue de Goethe et de Rilke doit être purifiée du calamiteux « Punkt, schluss »… Fin du sermon. Point, barre, pauv'con, casse-toi !

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01/12/2007

Fellini en traversée


 

 

C’est une légende incarnée que Federico Fellini en sa féerie freudo-clownesque, c’est la rouerie géniale et l’art artisan dans toutes les manifestations de son cinéma, c’est le cas de dire, qui touchait à la vie vivante autant qu’à sa transmutation multiforme, jetant mille éclats sur fond de vieille tendresse humaine et de malice populaire, de vitalité bondissante et de mélancolie. A-t-on d’ailleurs envie que la légende perde de son merveilleux ou de sa cocasserie au nom de la vérité des faits ? Un premier test est à faire avec la naissance du Maestro, qu’un journaliste fit naître dans un train, en voiture de première classe, une nuit de janvier 1920, tout près de Rimini. Or Fellini se garde de démentir. Se non è vero… Mais voici que nous apprenons la vérité:  que les cheminots de la côte romagnole étaient alors en grèves et que nul train ne put servir de salle d’accouchement roulante cette nuit-là…
Tullio Kezich serait-il du genre rabat-joie sourcilleux, impatient de « rétablir la vérité » à propos d’un affabulateur notoire, ou la biographie qu’il nous livre après trente ans d’amitié avec Fellini participer a-t-elle de la « vérité poétique » de celui-ci. Tutti e due, l’un et l’autre et dans l’allégresse, la vigueur documentaire et la pénétration sensible, la connaissance enfin des multiples coins et recoins de l’Italie de la dernière moitié du XXe siècle, des multiples coins et recoins du cinéma de cette même période-  du néoréalisme cher à Rossellini (premier maître vénéré) aux années de plomb et aux années télé, des multiples coins et recoins de Cinecittà, des multiples coins et recoins de la vie toujours en mouvement du Maestro, aussi charmeur que bourreau de travail.
Avant de se  sentir assez vite burattino tra burattini, marionnette de la joyeux bande du Maestro, Tullio était un jeune critique arrogant sur les bords, comme on l’est à vingt ans, lorsqu’il rencontra Federico  sur la terrasse de l’Hôtel des Bains de Venise, le jour de la présentation du savoureux Courrier du cœur, plus connu sous le titre de Cheik blanc, avec l’irrésistible Sordi dans le rôle d’un bourreau des cœurs de roman-photo. Et d’emblée il est alors question de la fraîcheur de l’accueil de la critique en ces années de guérilla idéologique dont on n’a plus la moindre idée aujourd’hui, qui se déchaîna bien plus violemment ensuite à propos de La Strada et de La Dolce vita.
Sans jamais sacrifier au voyeurisme de bas étage, Tullio Kezich n’en mêle pas moins le double roman d’une vie et d’une œuvre (l’une et l’autre entremêlées intimement à tout instant, car le travail artistique était la substance même de la vie de Fellini), entre Giulietta et la Gradisca, la mère et les compères vitelloni, la Rome antique et contemporaine, les clowns et les mythes italiens jusqu’au dernier kitsch du petit écran.
Critique lui-même et dessinateur, scénariste puis réalisateur, considérant la réalisation comme l’équipée d’un capitaine entraînant un équipage décidé à marcher en sens contraire… poète en mouvement incessant et formidablement attentif au moindre détail de ses réalisations (autant que son ami Pasolini, dont il freina la moindre les débuts, ou que Visconti dont on découvre ici les détails de la brouille et de la réconciliation), qui était essentiellement Fellini en tant qu’artiste? Un pittore ! Un peintre, répondait-il lui-même. Un peintre de notre temps aussi peu réaliste qu’abstrait, un peintre en mouvement quelque peu frustré par la fuite des images sur l’écran et  qui eût aimé « fixer » un seul tableau, mais quoi, fermons les yeux tout en lisant : le tableau est inscrit en mille images dans nos mémoires…
Tullio Kezich. Fellini. Gallimard, Biographies, 412p.
      

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28/11/2007

L'art de rester soi-même

 

Fabienne Verdier se confie à Charles Juliet.

C’est un sentiment double que j’ai éprouvé, il y a quelque temps, en recevant, avec une dédicace affectueuse, la magnifique ouvrage que représente Entre terre et ciel, rassemblant, en polychromie flamboyante, quatre-vingt peintures récentes de Fabienne Verdier, dont on découvre également son nouveau lieu d’ « ascèse de travail », tenant de le retraite monacale et de la fabrique design, de nombreuses photographies de l’artiste au travail et deux entretiens avec l’écrivain Charles Juliet et l’architecte-vedette Denis Valode – celui-là même qui a agencé son nouvel atelier, pourvu d’une véritable « fosse à peindre ».
La perfection d’un art y est célébrée par la reproduction des œuvres et la mise en scène de l’artiste au fil de deux reportages photographiques, un splendide portrait en mouvement réalisé par Dolorès Marat, et, sous le titre de Rituel du feu et réalisé par Naoya Hatakeyama, une suite d’images documentant la destruction des peintures inabouties de Fabienne Verdier. Or j’étais tout admiration, mais à la fois perplexité, comme lorsque j’avais découvert, dans une galerie lausannoise de haut standing, les prix à cinq zéros des œuvres actuelles de l’artiste. Je me rappelais ma lecture de Passagère du silence, je revoyais la jeune femme perdue au fin fond du Sichuan, dans son école d’art évoquant une sinistre caserne, je me remémorais l’extrême difficulté de son apprentissage tel qu’elle le raconte, et je me souvenais enfin d’une balade dans les vignes du Lavaux où elle m’avait parlé avec tant de malice souriante, de modestie et de sensibilité à «cela simplement qui existe», le regard flottant dans les brumes évanescentes d’un ciel d’automne, genre Chine lémanique… Je repensais à l’élève appliquée de Maître Huang Yuan et je lisais maintenant son éloge, par le grand collectionneur zurichois Hubert Looser, la plaçant au niveau des stars de l’art contemporain, tels Cy Twombly ou Jasper Johns. Fabienne Verdier star de l’art ?
Pour n’importe quel autre artiste contemporain à succès, la formule ne m’aurait pas choqué, mais s’agissant de Fabienne Verdier, un certain malaise m’a tout de même ébranlé. Et qu’en pensait donc Huang Yuan ?
Ce que je crois la réponse, non pas lénifiante mais réaliste, passe justement par Huang Yuan, tant un Maître reste présent dans ce que dit aujourd’hui Fabienne Verdier, dont les propos recueillis par Charles Juilet sur son « art martial », selon son expression, conservent le mélange de vigueur et de fluidité, d’énergie et de fantaisie, de santé et d’allégresse, de pragmatisme et de douce folie qui signale l’enfant demeuré dans l’artiste.
« La peinture, c’est une belle histoire de respiration ! Cela paraît si simple ! mais croyez-moi pour parvenir à « être sans vouloir », cela demande une activité intense. Et d’évoquer l’appel à « être plus » de Teilhard et le « repos du penser et du vouloir » de Jakob Böhme le « génial cordonnier ». Et de lâcher d’un ton plus batailleur : « J’ai du mal avec la peinture imitative, je cherche plutôt la magie pure, la force évocatrice de l’esprit. J’ai encore plus de mal avec l’artiste qui transcrit la laideur par la laideur, la bêtise par la bêtise, la beauté par la beauté, la destruction par la destruction, la nausée par la nausée ».
Or Fabienne Verdier ne fait-elle pas elle-même que transcrire la beauté par la beauté ? Justement non : le prétendre ne serait pas voir le dynamisme interne de sa peinture, non seulement la bataille avec la matière (l’entendre parler métier, embus, vernis, montages de pinceaux nous ramène au bord de la « fosse ») mais celle qui continue de la pousser au-delà d’elle-même et réalise au passage, perdue dans la rêverie d’un paysage abstrait, son rêve de petite fille de s’égarer dans le monde. Et le Maître d’ajouter, à cette candeur première, la grand leçon renouvelée de la philosophie et de la poésie – de la musique aussi, de Bach à Pergolèse cités ici,  dans sa modulation proche.
Fabienne Verdier, dans son somptueux ermitage, est-elle si différente de la jeune Fafa rejetée par ses condisciples chinois, alignant ses milliers de bâtonnets d’encre à en devenir gaga ? Evoquant sa difficulté à représenter la « mystérieuse figure du cercle », elle confie ceci à Charles Juliet qui a de quoi nous rassurer : « Un matin, parcourant du regard la retenue d’eau à droite de la porte d’entrée de l’atelier (l’entrée basse sous le noyer) que vois-je ? Un têtard sautant dans l’eau, le clapotis de son plongeon a engendré une onde, un cercle parfait. La beauté de la chose m’a stupéfiée… Par l’éveil à la vie qui se dégageait de la scène. Le sourire au cœur, je me suis mise à broyer mon encre et à entrer en ascèse de peinture pour plusieurs mois sur le sujet ».
Fabienne Verdier Entre terre et ciel. Texte de Charles Juliet. Photographies de Dolorès Marat et Naoya Hatakeyama. Albin Michel.
Charles Juliet.
Entretien avec Fabienne Verdier. Albin Michel, 73p. (ce petit ouvrage constitue l'édition séparée de l'entretien figurant dans Entre terre et ciel)

Fabienne Verdier sera présente ce jeudi 29 novembre à Genève et Lausanne (chez Payot, dès 17h.30)

 

 

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19/11/2007

Proust contre la déchéance

Le premier livre des éditions Noir sur Blanc, en 1987.

Il y a vingt ans paraissait, à Lausanne, un livre à la émouvant et pénétrant, intitulé Proust contre la déchéance et constitué de causeries improvisée entre 1941 et 1942 par l’auteur, le peintre polonais Joseph Czapski, devant ses camarades prisonniers du camp soviétique de Griaziowietz.
Après la déportation de quatre mille officiers polonais dans le camp de Starobielsk, près de Kharkov, depuis octobre 1939 jusqu’au printemps 1940, quatre cents d’entre eux furent déplacés à Griaziowietz, qui survécurent au contraire de leurs autres compagnons de captivité. Czapski lui-même fut l’un des rares rescapés du massacre de Katyn.
Officier sans arme en sa qualité de pacifiste, Czapski explique pourquoi, afin de surmonter leur abattement et leur angoisse, les prisonniers polonais imaginèrent de se donner mutuellement des cours ou des conférences, selon le savoir et les compétences de chacun. Tandis que d’autres parlaient d’histoire, de philosophie ou d’alpinisme, Czapski lui-même fit une série d’exposés sur la peinture française et polonaise, ainsi que sur la littérature française.
« Je vois encore mes camarades entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, harassés après un travail dans un froid qui descendait jusqu’à quarante-cinq degrés sous zéro, qui écoutaient nos conférences sur des thèmes tellement éloignés de notre réalité d’alors. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire ».
C’est en 1924 que, venant à Paris, Joseph Czapski découvrit le premier volume d’A la recherche du temps perdu, mais ce ne fut qu’à la lecture d’Albertine disparue qu’il se plongea dans l’univers proustien avec passion, profitant d’une longue maladie pour lire l’œuvre entière. La maladie de Proust est d’ailleurs très présente dans la présentation qu’il fait de son entrée en littérature, soulignant en outre le séisme qu’a représenté la mort de la mère.
Artiste lui-même, dont la première partie de l’œuvre disparaîtra presque entièrement dans les ruines de la guerre, Joseph Czapski est sensible à la transmutation d’une vie si précaire en œuvre filtrée : « La lente et douloureuse transformation de l’homme passionnel et étroitement égoïste en homme qui se donne absolument à une œuvre qui le dévore, le détruit, vivant de son sang, est un procès qui se pose devant chaque créateur ». Et de comparer alors Proust à Conrad « quittant définitivement la mer pour entreprendre l’immense labeur de son œuvre littéraire ».
Comme une mise en abyme, la remémoration de La Recherche par un prisonnier de guerre gravement atteint dans sa santé, sans livres ni documents à sa disposition, est elle-même une véritable création, et d’autant plus que Czapski n’est ni philosophe (il s’en excuse) ni critique professionnel (il en surclasse plus d’un…), mais lecteur et artiste, qui met en valeur la nouveauté de la phrase et de la forme proustienne tout en le ramenant à la filiation de Saint-Simon et de Balzac, mais à l’opposé du « naturalisme sous la loupe » qu’on a prétendu.
Un lecteur qui n’a jamais lu Proust découvrira, dans ce livre miraculeusement arraché à la déchéance, un chemin tracé vers un auteur qu’on a dit, à tort, réservé aux élites ou entaché de snobisme mondain. Czapski, tout en relevant le fait que le mot « Dieu » n’est jamais écrit dans les milliers de pages de La Recherche, observe ceci que « quand même et peut-être juste à cause de cela, cette apothéose de toutes les joies passagères de la vie nous laisse un goût de cendre « pascalien » dans la bouche. »

Un jour que je m’émerveillais, en présence du Czapski octogénaire, du fait que jamais, à lire ses écrits terribles (à commencer par Terre inhumaine, son récit de voyage à travers le goulag) il ne donnât l’impression d’avoir été tenté par le désespoir, il me répondit que non : que la vie des camps lui avait parut moins désespérante que la souffrance d’un premier chagrin d’amour à vingt ans, pareille à la détresse du Narrateur quand Albertine disparaît...

Joseph Czapski. Proust contre la déchéance. Conférences au camp de Griazowiecz. Editions Noir sur Blanc. Lausanne, 1987.
Nota bene : Les éditions Noir sur Blanc fêtent leur 2o anniversaire samedi 24 novembre à La Librairie, à Morges, en présence de leur directrice, Vera Michalski, et de quelques auteurs. Le catalogue de la maison compte actuellement quatre cents titres, la moitié en français et l’autre en polonais, avec des traductions de Blaise Cendrars, Paul Auster, Charles Bukowski, Nicolas Bouvier et tant d’autres auteurs occidentaux révélés au public polonais. En sens inverse, l’un des derniers livres publiés dans notre langue s’intitule Balthazar et constitue l’autobiographie du grand dramaturge Slawomir Mrozek, auteur « maison » de Noir sur Blanc.  

 

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13/11/2007

Chacun mes prix

  Mon palmarès 2007

Rompant un long silence qui a donné lieu à toutes les supputations et autres rumeurs contradictoires les plus folles, j’ai résolu de livrer enfin, aux médias et autres instances de consécration cantonales et mondiales, les résultats des délibérations au terme desquelles j’ai attribué, aux ouvrages qui ont été soumis à mon jugement notoirement impartial et pertinent, non moins que partial et impertinent, les grands prix parisiens de mon automne littéraire 2007.

Mon Prix Goncourt : à M. François Emmanuel, pour Regarde la vague, au Seuil ; M. Hubert Haddad, pour Palestine, chez Zulma ; M. Philippe Claudel, pour Le Rapport de Brodeck, chez Stock. Non pas ex-aequo, mais : à choix.
Mon Prix Goncourt des lycéens à l’unanimité: à M. Marius Daniel Popescu, pour La symphonie du loup, chez José Corti.
Mon Prix Goncourt étranger à l’unanimité: à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le Cheveu de Vénus, chez Fayard.
Mon Prix Renaudot: à Mlle Amélie Nothomb, pour Ni d'Eve ni d'Adam, chez Abin Michel; Mme Alina Reyes, pour Forêt profonde, au Rocher; M. Olivier Adam, pour A l’abri de rien. A L’Olivier.
Mon Prix Médicis : à M. Marius Daniel Popescu, pour La symphonie du loup, chez Corti ; M. Alain Dugrand, pour Insurgés, chez Fayard ; M. Vassilis Alexakis, pour Av. J.-C, chez Stock.
Mon Prix Médicis étranger : à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le cheveu de Vénus, chez Fayard; M. Philip Roth, pour Un homme, chez Gallimard ; M. W.G. Sebald, pour D’après nature, chez Actes Sud.
Mon Prix Médicis de l’essai : à M. Jean Hatzfeld, pour La stratégie des antilopes, au Seuil ; M. Georges Nivat, pour Vivre en Russe, à L’Age d’Homme ; M. François Bon, pour Bob Dylan, chez Fayard.
Mon Prix Femina : à Mme Marie Darrieussecq, pour Tom est mort, chez P.O.L.; Mme Linda Lê, pour In memoriam, chez Bourgois; Mme Michèle Lesbre, pour Le canapé rouge, chez Sabine Weispieser.
Mon Prix Femina étranger : à M. Mikhaïl Chichkine, pour Le cheveu de Vénus, chez Fayard ; M. Philip Roth, pour Un homme, chez Gallimard : M. W.G. Sebald, pour Vertiges, chez Actes Sud.
Mon Prix Femina de l’essai : à MM. René Girard et Benoît Chantre, pour Achever Clausewitz, chez CarnetsNord ; M. Pietro Citati, pour La mort du papillon, chez Gallimard ; M. Gilles Lapouge, pour L’encre du voyageur, chez Albin Michel.
Mon Prix Décembre à l’unanimité : M.Philippe Sollers, pour Un vrai roman, chez Plon.

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