04/05/2009

Pari pour un suicide différé

Maalouf.jpgEntretien avec Amin Maalouf à propos du Dérèglement du monde. Rencontre ce soir au Théâtre de Vidy, à 19h. pour un grand entretien sous l'égide de 24Heures et de Payot Librairie. Entrée libre.

L’humanité de ce début de XXe siècle semble avoir perdu la boussole, mais du pire annoncé peut-être tirera-t-elle une réaction salutaire ? C’est l’une des hypothèses du romancier Amin Maalouf (Goncourt 1993 pour Le rocher de Tanios), auteur d’un essai percutant (Les identités meurtrières) qui a fait le tour du monde, consacré à Lausanne par le Prix européen de l’essai. Originaire du Liban qu’il a quitté en 1976 pour s’établir en France, Maalouf incarne l’émigré-passeur par excellence entre Occident et monde arabo-musulman. Or ledit Occident, constate-t-il, s’est aliéné une grande partie du monde en trahissant ses idéaux; et le monde arabe, humilié, s’enferme dans la déprime et le repli. Sur fond de crise majeure annoncée, Maalouf propose, avec Le dérèglement du monde, un bilan sévère des faillites matérielles et morales de ce début de siècle, dont il étudie les tenants avec beaucoup de nuances, montre comment des catastrophes peuvent découler de prétendues victoires, et comment de cuisants échecs aboutissent parfois à de nouvelles avancées.
- Après deux guerres mondiales, la Shoah, le Goulag et autres génocides, quel nouveau « dérèglement » pointez-vous ?
- Les tragédies que vous citez font partie de l’histoire de l’humanité, dont le dérèglement global que je décris risque de marquer le terme. Ce n’est pas du catastrophisme, ce sont les faits : voyez la crise financière et la crise climatique. Or le dérèglement est non seulement économique et géopolitique mais aussi intellectuel et éthique. Tout le monde se sent d’ailleurs déboussolé. Jamais le double langage de l’Occident, trahissant ses valeurs, n’a été aussi manifeste que durant l’ère Bush, et jamais le monde arabo-musulman n’a paru plus enfermé dans une impasse
- Quels signes l’ont annoncé ?
- Au lendemain de la chute du mur de Berlin, en premier lieu, comme en 1945 avec le plan Marshall, l’Europe et les grandes nations occidentales auraient pu transformer la victoire de leur « modèle » en établissant un monde plus juste, alors qu’on a laissé se déchaîner les forces les plus sauvages du capitalisme, au dam des populations « libérées ». Si l’affrontement idéologique, qui nourrissait les débats, a disparu, c’est dans un affrontement identitaire qu’on a basculé, sur le quel toute discussion est plus malaisée. Autre intuition, qui m’est venue en 2000, lors du dénouement, en Floride, des élections américaines, quand j’ai pris conscience qu’une centaine de voix suffiraient à changer la face du monde. D’un processus démocratique pouvaient découler des événements mondiaux. Cela m’a paru mettre trop de poids sur un seul homme…
- L’élection de Barack Obama restaurera-t-elle une certaine légitimité de la prééminence américaine ?
- Je l’espère évidemment, s’agissant d’un président noir, intelligent et cultivé, qui ne diabolise pas l’autre a priori. Il pourrait incarner lui-même une légitimité « patriotique », comme l’a incarnée en partie Nasser, ou De Gaulle à la fin de la guerre. Mais ses tâches sont colossales, et les attentes immenses reposant sur lui vont de pair avec une immense accumulation de méfiance.
- Et l’Europe ?
- C’est un laboratoire prodigieux. J’ai été fasciné par tout le travail qu’elle a accompli depuis 1945, mais je regrette qu’elle n’ait pas su imposer un vrai contrepoids à l’Amérique de Bush. Elle n’a pas encore choisi ce qu’elle serait. Face au communisme, elle savait ce qu’elle ne voulait pas. Aujourd’hui, elle devrait être plus affirmative dans une perspective universelle. Je rêve d’une formule fédérale qui s’ouvrirait beaucoup plus et ferait de nouveau figure de modèle, à beaucoup plus grande échelle. Cette aspiration, en outre, devrait monter de la base des citoyens.
- Quel espoir nourrissez-vous malgré vos sombres constats ?
- Je crois qu’un changement radical doit être opéré au vu d’enjeux planétaires. On a vu, avec la Chine et l’Inde, que le sous-développement n’était pas une fatalité, mais cela engage de grandes responsabilités pour ces pays, notamment en ce qui concerne l’environnement. Il serait injuste de ne pas souhaiter le mieux-être de tous ceux qui en manquent, mais cela aussi va modifier les équilibres. Enfin le plus important, de manière globale, est une affaire d’éducation et de transmission des valeurs, de culture qui ne soit pas qu’un objet de consommation mais un élément d’apprentissage et d’épanouissement.
Amin Maalouf. Le dérèglement du monde. Grasset, 314p.

24/04/2009

Mon voyage en Occirient

Jalel.jpg

Par Jalel El Gharbi

Il n’est pas très confortable d’être passionné d’Occident quand on est oriental et il n’est pas confortable d’être épris d’Orient quand on est occidental. Dans un cas on passe pour être à la solde des puissances étrangères et dans l’autre cas, on est estimé victime de ce prisme déformant qu’est l’exotisme.
Il n’est pas très confortable d’être. Peut-être est-il doublement difficile d’être lorsque on porte en soi cette double appartenance qu’on peut délibérément avoir choisi de cultiver.
Sans le vouloir, j’ai usurpé un nom (El Gharbi, en arabe : l’occidental) et pour rien au monde je ne le changerais.
Où commence l’Orient commence l’Occident. Mais ce singulier me gêne. On devrait dire les Orients et les Occidents. Dans le Coran, ces mots se déclinent au duel et au pluriel. Puis, à la réflexion, qu’importent Orient et Occident ? J’essaie par là de paraphraser le grand poète Ibn Arabi (né à Murcie, cet Occident de l’Orient en 1165 et mort à Damas cet Orient de l’Occident en 1241). J’aime à citer ces vers du poète :
«L’éclair venant d’Orient, il y aspira
S’il était apparu en Occident, il y eut aspiré
Quant à moi, je suis épris du petit éclair et de sa perception
Je ne suis épris d’aucun lieu, d’aucune terre»
Et il me plait de gloser ces vers ainsi : j’aime tous les lieux où se réalisent ces renversantes épiphanies du beau. Ce sont les mosaïques du Bardo, de Sienne, de Damas, les sculptures de Rome, les colonnes de Baalbek, une peinture à Paris ou à Londres, un manuscrit enluminé à Istanbul. Je cherche à dire que le beau exige un cheminement, des voyages et une spiritualité. Un pèlerinage. Une spiritualité du beau demande à naître. Une autre logique demande à naître dont j’esquisse pour vous quelques traits, vous verrez que ce sont les canons même de la poésie : Pour affirmer mon arabité, je la renie ; pour renier mon occidentalité je la cultive. Ni l’un ni l’autre, c'est-à-dire et l’un et l’autre. Aujourd’hui, il s’agit d’être à l’image de l’olivier coranique, ni oriental ni occidental c’est-à-dire tout à la fois oriental et occidental.
Je suis ce que je nie ! Un autre cogito est à inventer qui ferait dépendre l’être du non être, qui dirait la contiguïté entre l’être et le néant et qui serait abolition des frontières entre l’affirmation et la négation.
Les frontières ne sont pas les limites d’un monde ; elles sont appel au franchissement, appel à la transgression, tentation de l’ailleurs. Les frontières attisent mon désir de les franchir. Les frontières sont un adjuvant du désir.
C’est à la faveur de cette rêverie que je m’adonne souvent à un brouillage des cartes pour entretenir ce rêve de ce que j’ai appelé un jour « Orcident » ou « Occirient ». Donc : où commence l’Orient commence le rêve, l’onirisme. Où commence l’Orient commence l’Occident, ses rêves, son onirisme: la frénésie exotique du XIXè était avant tout frénésie d’images venues d’ailleurs, ou frénésie d’images du même travesti sous les signes de l’autre, surdéterminé par la distance. Delacroix peignait des bains qui tiennent des boudoirs. Baudelaire cherchait ses rêves d’Orient du côté de la Hollande. On est tous l’Orient de l’autre, l’occident de l’autre. L’autre revient au même. L’autre n’est pas. Il n’est même pas autre. Plus les cartes géographiques comportent d’erreurs, plus elles sont belles. Je préfère les portulans historiés aux cartes d’aujourd’hui dont l’exactitude est affligeante.
Un éloge de l’erreur est à écrire.
Il me reste à dire que je ne perds pas de vue le caractère foncièrement utopique de cette rêverie. Je n’oublie pas que nous nous sommes installés depuis les Croisades et les entreprises coloniales dans une logique de rapport de force et d’occultation de l’apport de l’autre. Dans la rive Sud de la Méditerranée, ce rapport de force trouve son illustration la plus douloureuse dans la question palestinienne qui exige une solution équitable, il peut être illustré également par l’abîme qui sépare le Nord et le Sud. Aujourd’hui les nouveaux manichéens, ceux pour qui le monde est divisible par deux (nous/les autres autrement dit les forces du bien et l’axe du mal) ont plus d’un argument qui leur permettent de recruter leurs adeptes. Ces arguments ce sont l’injustice, l’absence de démocratie et la misère. Notre nombre est-il en train de décroître nous qui pensons que le monde n’est pas divisible par deux ?
Dans ce monde qui a retrouvé le confort des dichotomies manichéennes, il convient de saluer
ceux qui par leur naissance brouillent les identités !
ceux qui par leur culture brouillent les pistes !
ceux qui par leurs amours ont choisi d’autres contrées !
ceux qui par leur désir, leur rêve ont un jour aspiré à une altérité sans laquelle le monde serait inhabitable !


Cette chronique a paru dans la dernière livraison du Passe-Muraille, No77, Avril 2009.

Commandes et abonnements : Passemuraille.admin@gmail.com

Le Passe-Muraille est au Salon du Livre de Genève. Rue Kafka, tout au fond du fond.


CalligraphieSKBis.jpg


Jalel El Gharbi est critique littéraire, poète et professeur de littérature à l’université de Tunis. Il a publié, chez Maisonneuve et Larose, un ouvrage intitulé Le poète que je cherche à lire et, aux mêmes éditions, Le cours Baudelaire. Il a consacré une monographie au poète Claude Michel Cluny, sous intitulée Des figures et des masques et publiée aux éditions de La Différence.

Attaché aux échanges transversaux entre langues et cultures, il a également introduit et commenté l’œuvre de la poétesse luxembourgeoise José Ensch (disparue en 2008) dans son Glossaire d’une œuvre publié aux éditions de l’Institut Grand-Ducal du Luxembourg.

Jalel El Gharbi oeuvre pour une utopie qu’il appelle Orcident ou Occirient, cultivant une posture intellectuelle et sensible qui fait de la connaissance une raison d’être. Il anime un blog littéraire (http://jalelelgharbipoesie.blogspot.com) de haute tenue où une pensée humaniste confronte quotidiennement les aléas de la violence (notamment pendant la tragédie récente de Gaza) aux enseignements de nos diverses traditions littérires et spirituelles, dont la poésie serait le filtre cristallin.

Calligraphie Sophie Kuffer, style andalous.

06:23 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, politique

03/04/2009

Ministre de la honte

Fahad.jpg
Lettre de Fernand Melgar après l'expulsion brutale de Fahad K., menotté comme un malfaiteur.

Fahad K. a été réveillé par la police au petit matin dans sa cellule zurichoise ce jeudi. Alors qu’il n’opposait aucune résistance, fortement affaibli par sa mise à l’isolement depuis une semaine, six policiers l’ont menotté aux chevilles et aux poignets puis sanglé les cuisses et les bras. Ils l’ont ensuite mis dans un vol spécialement affrété pour la Suède.

La mandataire juridique Elise Shubs et moi-même avions pourtant fait part jeudi dernier 26 mars au proche collaborateur et à la chargée de communication de la Conseillère fédérale, qu’en cas d’échec du dernier recours, Fahad K. souhaitait partir volontairement sur un vol de ligne pour la Suède. Même cette dernière demande, qui aurait permis à Fahad K. de quitter le sol helvétique avec dignité, n’a pas été entendue par Mme Widmer Schlumpf. Ce qui aurait pourtant permis au contribuable suisse de faire une économie de 60'000 francs...

A cette heure, l’Office fédéral des migrations n’a toujours pas averti officiellement la mandataire juridique du départ forcé de Fahad K. C’est lui-même qui l’a appelé depuis Stockholm pour la prévenir de son expulsion.

A son arrivée à Stockholm, les autorités suédoises lui ont transmis la décision de renvoi vers l’Irak, lui annonçant qu’il allait retourner au camp de Boden (à 1060 km au nord de Stockholm) qui regroupe des requérants irakiens en vue de leur expulsion.

En effet, afin de limiter le nombre d’Irakiens sur son sol, la Suède a conclu en avril 2007 des accords avec l’Irak pour rendre les renvois forcés possibles malgré la situation de violence généralisée qui persiste dans ce pays. La Suède a mis également en place des procédures d'asile accélérées pour simplifier les renvois des requérants irakiens.

La Suisse, la France et Amnesty International sont opposés à tout renvoi forcé vers l'Irak à l’heure actuelle. Conformément à la position du Haut Commissariat aux Réfugiés, ils estiment que toutes les personnes originaires, comme Fahad K., du sud et du centre de l'Irak doivent obtenir le statut de réfugié ou une forme de protection subsidiaire.

Fahad K. a quitté l’Irak en été 2007 avec des motifs d’asile solides. En examinant son dossier, il ressort que les autorités suédoises n’ont pas tenu compte de la portée des risques que ce dernier encourt en Irak comme ancien interprète de l’Armée américaine. La Suisse avait la possibilité de corriger cette erreur en faisant recours à la clause de souveraineté qui permet aux Etats de se saisir d’une demande d’asile et d’entrer en matière sur celle-ci dans certains cas.
Lettre de Fernand Melgar après l'expulsion brutale de Fahad K., menotté comme un malfaiteur.

Fahad K. a été réveillé par la police au petit matin dans sa cellule zurichoise ce jeudi. Alors qu’il n’opposait aucune résistance, fortement affaibli par sa mise à l’isolement depuis une semaine, six policiers l’ont menotté aux chevilles et aux poignets puis sanglé les cuisses et les bras. Ils l’ont ensuite mis dans un vol spécialement affrété pour la Suède.

La mandataire juridique Elise Shubs et moi-même avions pourtant fait part jeudi dernier 26 mars au proche collaborateur et à la chargée de communication de la Conseillère fédérale, qu’en cas d’échec du dernier recours, Fahad K. souhaitait partir volontairement sur un vol de ligne pour la Suède. Même cette dernière demande, qui aurait permis à Fahad K. de quitter le sol helvétique avec dignité, n’a pas été entendue par Mme Widmer Schlumpf. Ce qui aurait pourtant permis au contribuable suisse de faire une économie de 60'000 francs...

A cette heure, l’Office fédéral des migrations n’a toujours pas averti officiellement la mandataire juridique du départ forcé de Fahad K. C’est lui-même qui l’a appelé depuis Stockholm pour la prévenir de son expulsion.

A son arrivée à Stockholm, les autorités suédoises lui ont transmis la décision de renvoi vers l’Irak, lui annonçant qu’il allait retourner au camp de Boden (à 1060 km au nord de Stockholm) qui regroupe des requérants irakiens en vue de leur expulsion.

En effet, afin de limiter le nombre d’Irakiens sur son sol, la Suède a conclu en avril 2007 des accords avec l’Irak pour rendre les renvois forcés possibles malgré la situation de violence généralisée qui persiste dans ce pays. La Suède a mis également en place des procédures d'asile accélérées pour simplifier les renvois des requérants irakiens.

La Suisse, la France et Amnesty International sont opposés à tout renvoi forcé vers l'Irak à l’heure actuelle. Conformément à la position du Haut Commissariat aux Réfugiés, ils estiment que toutes les personnes originaires, comme Fahad K., du sud et du centre de l'Irak doivent obtenir le statut de réfugié ou une forme de protection subsidiaire.

Fahad K. a quitté l’Irak en été 2007 avec des motifs d’asile solides. En examinant son dossier, il ressort que les autorités suédoises n’ont pas tenu compte de la portée des risques que ce dernier encourt en Irak comme ancien interprète de l’Armée américaine. La Suisse avait la possibilité de corriger cette erreur en faisant recours à la clause de souveraineté qui permet aux Etats de se saisir d’une demande d’asile et d’entrer en matière sur celle-ci dans certains cas.

Aujourd’hui, les autorités suédoises ont attribué d’office la même mandataire juridique que lors de son dernier séjour. Cette dernière ne maitrise pas l’anglais et avait transmis la décision de renvoi vers l’Irak à Fahad K. trop tard pour pouvoir faire un recours, un vice de forme reconnu par l’Office fédéral suisse des migrations. Elle aura 21 jours pour faire un dernier recours contre cette décision bien qu’elle ne connaisse pas le dossier.

Fahad K. se retrouve ce soir seul en Suède, dans un état de santé physique et psychique alarmant, traumatisé par son passage en Suisse et terrorisé par ce qu’il l’attend. Il se dit soulagé de ne plus avoir à faire à la police suisse.

Désolé d’avoir à vous apprendre de si tristes nouvelles et merci encore pour votre soutien.

Post Scriptum

Aujourd’hui, les autorités suédoises ont attribué d’office la même mandataire juridique que lors de son dernier séjour. Cette dernière ne maitrise pas l’anglais et avait transmis la décision de renvoi vers l’Irak à Fahad K. trop tard pour pouvoir faire un recours, un vice de forme reconnu par l’Office fédéral suisse des migrations. Elle aura 21 jours pour faire un dernier recours contre cette décision bien qu’elle ne connaisse pas le dossier.

Fahad K. se retrouve ce soir seul en Suède, dans un état de santé physique et psychique alarmant, traumatisé par son passage en Suisse et terrorisé par ce qu’il l’attend. Il se dit soulagé de ne plus avoir à faire à la police suisse.

Désolé d’avoir à vous apprendre de si tristes nouvelles et merci encore pour votre soutien.

F.M.
Melgar17.jpgPour mémoire: à la sortie de la projection, au Festival de Locarno 2008, de La Forteresse de Fernand Melgar, dont Fahad K. est l'un des protagonistes, Madame Eveline Widmer Schlumpf déclarait  au soussigné: "Je suis impressionnée. C'est un film objectif qui peut aider à la meilleure compréhension humaine des requérants d'asile dans notre pays. J'espère qu'il sera largement diffusé dans les écoles et que nos collaborateurs le verront eux aussi." No comment...  

07:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : suisse, politique, asile

01/04/2009

Terre d'accueil

Dernières nouvelles de Fahad Khammas, par Fernand Melgar.

Fahad K., le réfugié irakien menacé de mort dans son pays par des milices islamistes, est enfermé depuis le vendredi 23 mars dans une cellule dite « sécuritaire » de la prison de l’aéroport de Zurich. Dans cette cellule minuscule, appelée communément le bunker, il est en isolement complet, surveillé 24/24 heures par un gardien. Il n’a accès ni au téléphone, ni à sa mandataire juridique ni à sa famille. Il ne peut ni se doucher (il n’y a même pas de lavabo), ni lire un livre ni regarder l’heure (on lui a confisqué sa montre). On lui a même supprimé la promenade et il reste confiné depuis bientôt 4 jours dans cet endroit complètement vide, mis à part un lit, une couverture et des WC. Fahad K. a perdu 4 kilos et son état physique et psychique est alarmant (communiqués d’Amnesty International et de l'Organisation Mondiale Contre la Torture ci-dessous).

Lundi après-midi 30 mars, une amie de Fahad K. a pris rendez-vous à la prison pour le rencontrer. Arrivée sur place, il lui a été dit que Fahad K. venait de partir il y a cinq minutes avec des policiers et qu’il ne se trouvait plus dans la prison. La visite a alors été annulée. Nous savons pourtant avec certitude que Fahad K. se trouvait dans la prison et qu’il a même vu, par la fenêtre de sa cellule « sécuritaire », son amie repartir de la prison.

Pourquoi l’Office fédéral des migrations traite-t-il Fahad comme un criminel en lui infligeant ces traitements dégradants, à la limite de la torture, pourquoi s’obstine-t-il à le couper totalement du monde extérieur ? De quoi a-t-il peur pour se livrer à de pareilles maltraitances ?

Des milliers de citoyenNEs suisses (plus de 6000 à ce jour) ont signé la pétition demandant à ce que Fahad K. puisse rester en Suisse. Parmi eux de nombreuses personnes nous ont fait part de leur émotion, et ne comprennent pas que notre pays puisse attenter pareillement à la dignité humaine. Elles ont raison : le traitement réservé à Fahad est tout simplement scandaleux et les atteintes à ses droits humains sont inacceptables. Elles doivent cesser immédiatement.

Pour faire part de votre indignation, écrivez directement par courrier postal (ils ont bloqués leur boîte de courriel) au plus vite aux adresses suivantes pour demander la libération immédiate de Fahad K.:


Madame la Conseillère fédérale
Evelyne Widmer-Schlumpf
Palais fédéral ouest
CH-3003 Berne

Monsieur Eduard Gnesa,
Directeur de l'Office fédéral des migrations
Quellenweg 6
CH-3003 Berne-Wabern



Merci pour votre aide,

Fernand Melgar

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ORGANISATION MONDIALE CONTRE LA TORTURE
COMMUNIQUE DE PRESSE



Suisse: mise à l’isolement d’un étranger en détention administrative en vue de son renvoi malgré des risques pour son intégrité physique

Genève, 31 mars 2009. Le Secrétariat international de l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) est très préoccupé par l’enfermement en isolement et la dégradation de l’état de santé tant physique que mentale de M. Fahad Khammas, actuellement en détention administrative à la prison de l’aéroport de Zurich en vue de son renvoi.

Selon les informations reçues, M. Fahad Khammas a été placé vendredi dernier en cellule d’isolement sans qu’aucune base juridique n’ait été jusqu’à aujourd’hui fournie. Ayant cessé de se nourrir, il est extrêmement affaibli physiquement et présente des signes de profonds traumatismes psychologiques. Il n’a pas accès au téléphone et s’est vu limiter dans son droit à recevoir des visites, y compris celle de sa mandataire juridique.

L’OMCT est très préoccupée par les conditions dans lesquelles M. Khammas est actuellement détenu et exprime sa plus vive inquiétude quant à la détérioration de son état de santé mentale et physique, considérant que cet enfermement en isolement est une pression inacceptable exercée sur celui-ci. A cet égard, dans son rapport annuel daté de 2008, le groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a rappelé aux Etats que « les immigrants clandestins placés en rétention administrative ne sont ni des criminels ni des suspects». Il a également rappelé que la détention administrative appelle au respect de standards particuliers adaptés à ce type de détention.

M. Fahad Khammas est actuellement en détention afin d’être renvoyé vers la Suède où il est fortement menacé d’un refoulement vers l’Irak, étant donné un premier rejet de sa demande d’asile par les autorités suédoises. En l’espèce, l’OMCT se joint avec force aux diverses voies qui se font entendre quant aux risques pour l’intégrité physique et mentale de M. Khammas en cas de renvoi en Irak étant considéré comme un « traitre » par des milices islamistes du fait de ses activités de traducteur pour l’armée américaine.

L’OMCT voudrait donc rappeler à la Suisse ses obligations internationales en la matière soit celle de tout Etat qui expulse ou renvoie un étranger de s’assurer que celui-ci ne sera pas soumis à des traitements ou peines contraires à la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, à l’article 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’Homme, soit à la torture ou autres traitements ou punitions cruels, inhumains et dégradants. Ces éléments avaient déjà été soulevés dans un courrier du Secrétaire Général de l’OMCT adressé à l’Office Fédéral des Migrations début mars 2009 et qui n’a malheureusement pas trouvé d’écho jusque là.

L’OMCT appelle donc les autorités suisses à prendre les mesures nécessaires pour garantir l’intégrité physique et mentale de M. Fahad Khammas durant sa détention administrative, à reconsidérer sa mise en liberté et à ne pas l’expulser au risque d’être en contradiction avec ses obligations internationales en matière d’interdiction de la torture et autres traitements ou punitions cruels, inhumains et dégradants.

Pour plus d’informations, merci de contacter: Orlane Varesano, +41 22 809 49 39


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AMNESTY INTERNATIONAL
COMMUNIQUE DE PRESSE


Fahad K., requérant d’asile irakien débouté
Protestation contre la détention en isolement à la prison de l’aéroport de Zürich

Lausanne, 31 mars. Amnesty International proteste contre les conditions de détention de Fahad K., détenu depuis vendredi dernier à la prison de l’aéroport de Zurich. Dans une lettre adressée à Markus Notter, Chef du Département de la justice du canton de Zurich, à Victor Gähwiler, responsable des prisons zurichoises et à la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, l’organisation des droits humains dénonce plusieurs violations du droit en vigueur.

«Il est inacceptable que le jeune Irakien Fahad K. soit traité comme un dangereux criminel. Il est détenu à l’isolement depuis vendredi passé », déclare Denise Graf, coordinatrice réfugiés de la Section Suisse d’Amnesty International. Elle a rendu visite au détenu mardi matin et se dit extrêmement préoccupée par les conditions de détention de Fahad K.

Dans une lettre adressée à Markus Notter, Amnesty International attire l’attention sur le fait que les autorités d’exécution du renvoi violent à plus d’un titre le droit suisse, le droit international ainsi que la jurisprudence du Tribunal fédéral en matière de détention administrative. La Conseillère d’Etat, Evelyne Widmer-Schlumpf et l’actuel responsable des prisons zurichoises ont également reçu une copie de la lettre. Dans sa lettre, l’organisation des droits humains demande une clarification rapide de la base légale permettant la détention à l’isolement de Fahad K., ainsi que sur les raisons qui justifieraient l’usage d’une paroi vitrée lors des visites.

Le 23 mars 2009, le requérant d’asile Fahad K. a été arrêté par surprise à l’Office cantonal des migrations de Zürich. Le Tribunal administratif fédéral avait préalablement rendu une décision de renvoi vers la Suède du jeune Irakien de 24 ans. En Suède, il est menacé de renvoi sur Bagdad. Contrairement à la Suède, la Suisse ne renvoie ni dans le sud, ni au centre de l’Irak en raison de l’insécurité qui règne actuellement dans la région.

Amnesty International se montre préoccupée par la sécurité de Fahad K. en cas de retour en Irak où il a travaillé comme traducteur pour les forces américaines. Accusé de
« traitrise », il est menacé par les milices islamistes et a dû quitter le pays. Environ 300 traducteurs comme Fahad K. ont été tué depuis le début du conflit.

Fahad K. est l’un des principaux protagonistes du film « La Forteresse », de Fernand Melgar. Ce film est actuellement projeté dans les salles de Suisse alémanique et présente le quotidien des requérants d’asile au centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe.

Informations supplémentaires:
Denise Graf, Coordinatrice réfugiés, Tél. 031 307 22 20, Tél. 076 523 59 36

06:30 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : suisse, politique, asile

28/03/2009

Question de solidarité

Melgar22.jpgUn témoignage d'Alfred Berchtold sur la Suisse et la question des réfugiés en 1942. Et le témoignage de reconnaissance de Fernand Melgar.


D'aucuns se sont étonnés que je puisse, sur ce blog essentiellement littéraire, faire écho à une lettre-pétition lancée par le groupe de cinéastes lausannois Climage, autour de Fernand Melgar, en faveur du requérant d'asile irakien Fahad K., menacé de renvoi dans son pays où sa vie resterait en danger. Bien entendu, une telle initiative ne pouvait être le fait que d'un gauchiste niaiseux et traître à la patrie, comme l'ont insinué divers commentateurs courageusement anonymes de ce blog, qui se sont bientôt érigés en tribunal populaire jugeant que Fahad K. ne méritait pas notre accueil, pas plus que Melgar le natif d'Espagne barbaresque qui salit notre nid...

J'en profite alors, moi qui ne dois pas avoir signé trois pétitions de ma vie et ne suis pas plus de gauche que de droite, ou plus exactement: qui suis autant de gauche que de droite selon la cause à défendre, de préciser qu'une culture non ancrée dans certaines valeurs fondamentales, et qu'une littérature qui se voudrait au-dessus de toute mêlée, me semblent une culture et une littérature mortes.

J'en profite également pour citer, ici, une page du livre d'entretiens que j'ai eu l'honneur et le mémorable bonheur de réaliser en 1997 avec Alfred Berchtold, historien et homme libre - le Suisse selon mon coeur, démocrate et généreux. Sous le titre de La passion de transmettre, l'ouvrage a paru à La Bibliothèque des arts.

Berchtold.jpgVoici ce que me disait donc Alfred Berchtold ce jour-là: "Un événement exceptionnel, le 30 août 1942, s'est gravé dans ma mémoire: la réunion, au Hallenstadion d'Oerlikon, de huit mille jeunes appartenant au mouvement de la Junge Kirche, conviés au face à face, à propos de la politique des réfugiés, du conseiller fédéral von Steiger et du pasteur Walter Lüthi, de Bâle, barthien et antinazi engagé. Le matin fut réservé au sermon du pasteur. Je cite ses paroles de mémoire, telles qu'elles retentissent encoore en moi, sans avoir vérifié le libellé exact du discours dans les archives de l'époque: "Monsieur le conseiller fédéral, vous avez mis la Suisse en état de péché; seule la grâce du Christ peut nous sauver. Ne vous excusez pas: rien de ce que vous pouvez dire n'est convaincant; vous n'êtes d'ailleurs pas le seul coupabe: vos collègues du Conseil fédéral le sont autant que vous!" Et l'après-midi, le chef du Département de justice et police répondit. "Quand la barque est pleine, il arrive qu'on soit obligé de..." Alors André Berchtold de conclure: "Combien de fois, depuis lors, a-t-on cité la formule :"Das Boot ist voll !", la barque est pleine.

Est-il besoin de rappeler que cet argument est à l'origine du refoulement de milliers de Juifs à nos frontières et d'une mentalité de repli, d'égoïsme et d'exclusion qui survit dans notre pays, même si, et c'est le premier mérite du film de Melgar, la situation actuelle est moins dramatique et plus complexe qu'en 1942.  

Or voici la lettre que nous envoie, ce matin, l'auteur de La Forteresse:

Chers signataires,

Jeudi matin, le proche collaborateur de Madame Widmer Schlumpf ne pouvait que le constater: “La boîte personnelle de courriels de la Conseillère fédérale est remplie de milliers de pétitions signées!” En effet, la pétition en faveur du jeune requérant irakien Fahad Khammas, lancée en ligne le mercredi 25 mars, a remporté un véritable succès auprès de l’opinion publique, toutes tendances politiques et de tous milieux sociaux confondus.

Deux jours plus tard, plus de 3’500 pétitions en provenance des quatre régions linguistiques de la Suisse et même hors de nos frontières ont été envoyées à la Conseillère fédérale Evelyne Widmer Schlumpf et au Directeur de l’Office fédéral des migrations, Eduard Gnesa. Plusieurs groupes de soutien ont été créés sur Facebook. Et le décompte est loin d’être fini car on reçoit environ 50 nouvelles signatures par heure!

De nombreux signataires ont accompagné la pétition d’un message personnel. Giusep Nay, ancien Président du Tribunal fédéral a notamment écrit : “Faire la preuve de nos hautes exigences en matière de droits humains serait, en particulier par les temps qui courent, fort utile à la réputation de la Suisse et susciterait de la compréhension pour les positions que nous défendons actuellement. Je suis confiant en une décision responsable et vous assure de mon plein soutien pour la défense des droits humains et des droits fondamentaux.”

D’ores et déjà, la plus grande victoire de cette pétition est de mettre en lumière le profond attachement de notre pays aux valeurs de solidarité et des droits humains. Timothée, 13 ans, écrit : “J'ai visualisé le film La Forteresse avec l'école de Payerne, je suis en 8ème et j'ai été très touché... à un tel point que je vous envoie cette pétition, je sais pas combien vous en avez déjà reçu et vous allez encore recevoir, mais faites quelque chose...”

En vous remerciant sincèrement pour Fahad Khammas,

Fernand Melgar

08:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : suisse, politique, asile

26/03/2009

Sursis pour Fahad K.

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La matinée de jeudi a été marquée par de nombreux rebondissements, a révélé le journal de 12 h 45 de la Télévision suisse romande. Alors que Fernand Melgar était en route pour rencontrer Fahad dans son lieu de détention avant son renvoi prévu dans la matinée, le réalisateur a été informé qu'un avion avait été affrété et que l'expulsion devait avoir lieu à 10 heures de l'aéroport de Zurich.

A l'arrivée de Fernand Melgar à Kloten, la police zurichoise l'a informé qu'Eveline Widmer-Schlumpf était intervenue en personne pour annuler le renvoi. Pour l'heure, les raisons qui ont poussé la conseillère fédérale à prendre cette décision ne sont pas connues, relate la TSR.

L'incertitude demeure également quant au sort du requérant irakien. Ce dernier rebondissement ne pourrait être qu'un sursis dans sa procédure d'expulsion.

Photo Keystone.

18:16 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : suisse, politique, asile

Pour sauver Fahad K.

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Fahad K., protagoniste de La Forteresse, sera-t-il renvoyé aux bourreaux ?

La Suisse s'en lavera-t-elle les mains ?

La barque est-elle pleine ?

Signez la lettre à ceux qui mènent ladite barque...

Madame la Conseillère fédérale,
Monsieur le Directeur de l’Office fédéral des migrations,

J’ai appris l’arrestation de M. Fahad K., protagoniste du film La Forteresse, ce lundi 23 mars 2009 à Zurich. Par la présente, je tiens à vous exprimer ma plus vive inquiétude sur le sort de ce jeune requérant d’asile irakien qui risque d’être renvoyé, via la Suède, en Irak où sa vie est en grand danger.

Menacé de mort par les milices islamistes irakiennes, Fahad K. a fui vers l'Europe. Il erre maintenant depuis deux ans, balloté d'un pays à l'autre, en quête de protection. En Suisse, une demande d'asile lui a été refusée en vertu des accords de Dublin et il a été renvoyé de force vers la Suède, premier pays européen où il a demandé l’asile. La Suède lui annonçant un renvoi forcé vers l'Irak, Fahad K. est revenu en Suisse se réfugier.

Contrairement à la Suède, la Suisse, la France et Amnesty International sont opposés à tout renvoi forcé vers l'Irak vu la situation de violence généralisée qui persiste dans ce pays. Conformément à la position du Haut Commissariat aux Réfugiés, ils estiment que toutes les personnes originaires, comme Fahad K., du sud et du centre de l'Irak doivent obtenir le statut de réfugié ou une forme de protection subsidiaire. En Suisse, Fahad K. remplit donc parfaitement toutes les conditions légales lui permettant d’obtenir le statut de réfugié.

Pour Amnesty International, Fahad K. court un très grand danger et a quitté l’Irak avec des motifs d’asile solides. Il ressort de son dossier que les autorités suédoises n’ont pas tenu compte de la portée des risques que ce dernier encoure dans son pays comme ancien interprète de l’Armée américaine. La Suisse a la possibilité de corriger cette erreur en faisant recours à la clause de souveraineté qui permet aux Etats signataires de Dublin de se saisir en tout temps d’une demande d’asile et d’appliquer ses propres critères.

Je me permets de m’adresser à vous, Madame la Conseillère Fédérale, Monsieur le Directeur, compte tenu de l’urgence de la situation. Je souhaite que vous preniez toutes les mesures nécessaires pour protéger la vie de Fahad K. Je vous rappelle qu’il risque la torture et la mort dans son pays et que la Suisse ne saurait s’en laver les mains sans trahir profondément l’esprit des Conventions de Genève dont nous sommes les dépositaires.

Je vous prie d’agréer, Madame la Conseillère Fédérale, Monsieur le Directeur, mes salutations respectueuses.

JLK, écrivain, journaliste.



Envoyez cette lettre à votre nom:

Mode d’emploi:
1) Mettez votre prénom, nom et activité au bas de la lettre.
2) Adressez la lettre après avoir effacé ce mode d’emploi à Madame la Conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, Monsieur le Directeur de l’Office fédéral des migrations, ainsi qu’au site du film La Forteresse.


eveline.widmer@gs-ejpd.admin.ch
eduard.gnesa@bfm.admin.ch
info@laforteresse.ch

Image: Fernand Megar et Fahad K. devant le Palais fédéral.

12:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : suisse, politique, asile

L'Eiger toujours fascinant

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De l’alpinisme comme arme de propagande

DRAME Grand film de montagne, Nordwand reconstitue la tragédie de 1936 à l’Eiger. À voir en pensée avec les deux nouvelles victimes de l'"ogre"...

 

Une extraordinaire tempête de montagne, évoquant aussi bien les déchaînements de la haute mer, s’est abattue l’an dernier sur la Piazza Grande, au Festival de Locarno, point culminant de la projection de Nordwand, du réalisateur munichois Peter Stölzl, retraçant  les péripéties d’une tragédie alpine légendaire.

Au cours de l’été 1936, deux jeunes chasseurs alpins allemands, Toni Kurz et Andi Hinterstoisser, entreprirent l’ascension de la paroi nord de l’Eiger, considérée comme « le dernier grand problème » par les alpinistes de l’époque. Durant l’ascension, ils rencontrèrent les Autrichiens Edi Rainer et Willy Angerer, qui fut le premier blessé, par une pierre, avant que les quatre hommes n’amorcent leur retraite sous les avalanches. Du déferlement de celles-ci, seul Toni Kurz échappa, passant encore une nuit, gelé, pour expirer alors que les sauveteurs n’étaient qu’à quelques mètres de lui. 

De ce drame resté obscur à certains égards, Peter Stölzl a tiré un film à grand spectacle (7.5 millions d’euros) coproduit par la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, dont les séquences les plus extrêmes  ont été tournées par – 30° dans… un entrepôt frigorifiques de la ville de Graz ! Le film, réalisé en bonne partie dans la redoutable paroi, sous la surveillance de guides, impressionne par son atmosphère, sa vraisemblance (même si l’on a renoncé aux cordes de chanvre d’époque…)  et sa puissance épique, accentuée par le contraste opposant les grimpeurs en pleine tourmente et les journalistes observant leur progression des salons confortables de l’hôtel de la Petite Scheidegg, au nombre desquels se trouve Luise Fellner, liée à Toni Kurz par de tendres sentiments.

À part son crescendo dramatique, Nordwand intéresse aussi par sa façon de traiter le thème de l’utilisation spectaculaire, par les médias (notamment nazis), de la course au sommet, que la propagande hitlérienne récupérera plus bruyamment lors de la première victorieuse de 1938 conduite par Anderl Heckmair…

Sur les écrans     

11:42 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, alpinisme

15/03/2009

Mélancolie bleu pétrole

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Bashung a traversé le miroir...
On avait beau le savoir au bout du chemin : c’est avec émotion qu'on a appris la mort, ce samedi préludant au retour des beaux jours, de l’étrange et magnifique Bashung dont le dernier opus, Bleu pétrole, nous a accompagnés ces derniers temps dans un climat de douceur crépusculaire aux errances rêveuses de résidents d’une drôle de république terrienne où le rose a des reflets bleus – des heures à se passer en boucle ces ballades aux mots-couleurs composant des tableaux-atmosphères «aux ongles un peu noircis» sur fond de jeunesses ébauchées, de tristesses surannées, sur «un grand terrain de nulle part » où règne une poésie sans rime ni raison…
On pouvait ne pas vibrer à toutes les compositions de Bashung et, pour ma part, je ne suis jamais entré dans ses explorations musicales les plus déjantées voire destructurées, mais tout son parcours est constellé de vrais bijoux, à commencer précisément par Bijou, bijou, où les tableaux bien ciselés de bribes de nouvelles à la Carver alternent avec des visions plus ou moins délirantes dans lesquelles il faut oublier, le plus souvent, le sens des mots, et plus encore le «message», pour se perdre dans le labyrinthe des images et des séquences restituant le climat d’époques successives, entre le folk de C’est la faute à Dylan et les relents des sixties (Hey Joe ou Nights in white satin), les clairières mélodiques des Mots bleus ou les fugues de Malédiction, d’ Osez Joséphine ou de J’passe pour une caravane, entre tant d'autres.
Le bleu pétrole, à la fois urbain et lyrique, correspond bien à la «couleur Bashung», avec une touche de surréalisme belge qui aura culminé dans la scène d’anthologie du dernier film de Samuel Benchetrit, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, où le chanteur en long manteau de cuir noir  rencontrait, dans une cafétéria du bout de nulle part, cet autre allumé en manteau de cuir noir que figure son compère Arno.
Là, à l’instant, Bashung me dit comme ça qu’il a des doutes sur la notion de longévité et sur la remise à flot de la crème renversée... donc voilà, pas de doute, le crabe a bel et bien tué l'Artiste, comme celui-ci a flingué la pianiste / afin que l’on sache / que quelque chose existe…

11:01 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chanson, poésie

01/02/2009

La beauté sur la terre

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Carnets de Thierry Vernet


Thierry Vernet s’est éteint au soir du 1er octobre 1993, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer. Genevois d’origine, le peintre avait vécu à Belleville depuis 1958 avec Floristella Stephani, son épouse, artiste peintre elle aussi. Thierry Vernet avait été le compagnon de route de Nicolas Bouvier durant le long périple que celui-ci évoque dans L’Usage du monde, précisément illustré par Vernet.
A part son œuvre peint, considérable, Thierry Vernet a laissé des carnets, tenus entre sa trente-troisième année et les derniers jours de sa vie, qui constituent une somme de notations souvent pénétrantes sur l’art et la vie.

« La beauté est ce qui abolit le temps »

« Je ne sais pas qui je suis, mais mes tableaux, eux, le savent ».

« Mille distractions nous sollicitent. La radio, le bruit, le cinéma, les journaux Autrefois on devait être face à face avec son démon, on devait patiemment élucider son mystère. Maintenant, vite, entre deux distractions, on doit tout dire, avec brio de chic, faire son œuvre en coup de vent. A moins… à moins de résister aux distractions ».

« L’Art commence quand, après une longue et patiente partie d’échecs, d’un coup de genou sous la table on fait tout valser ».


« D’heureux malgré le doute, arriver à être heureux à cause du doute ».

« Faire la planche sur le fleuve du Temps ».

Vernet6.JPG« C’est dans les larmes qu’on parvient à la géométrie ».

« Aux gens normaux le miracle est interdit ».

« Il suffit de voir qui réussit, et auprès de qui, pour être rassuré et encouragé ».

« Nous vivons, en ce temps, sous la théocratie de l’argent ; et malgré soi on sacrifie de façon permanente à ce culte hideux ».

« D’ailleurs c’est bien simple : ou bien les hommes sont ouverts, autrement dit infinis, ou bien ils sont fermés, finis, et dans ce cas on peut les empiler. Ou en faire n’importe quoi ».

« Nous qui avons une patte restée coincée dans le tiroir de l’adolescence, nous en garderons toujours, sous nos rides, quelque chose ».

« D’abord la sensation est souveraine, ensuite le tableau est souverain. Entre ces deux souveraientés, il y a la révolution ».

« Dieu est éternel, le diable est sempiternel ».

« En matière de peinture, la lumière n'a rien à voir avec l’éclairage ».

« Quand son corps devient infréquentable, il convient de le servir poliment, juste ce qu’il demande, et de penser à autre chose, avec enthousiasme ».

« Les visages : des ampoules électriques plus ou moins allumées ».

« Les gens de la rue sont des bouteilles, des quilles, les automobiles des savons échappées de mains maladroites ; Dieu que le monde est beau ! »

« Monsieur Pomarède, mon voisin retraité de la rue des Cascades, me voyant porter un châssis, me dit : « Vous faites de la peinture, c’est bien, ça occupe ! »

Vernet7.JPG« Une forme doit avoir les yeux ouverts et le cul fermé ».

« Je me bats, et il est normal qu’à la guerre on prenne des coups ».

« Ajouter ne serait-ce que sur 10cm2 un peu de beauté au monde, ce qui diminuera d’autant et probablement bien plus de sa laideur ».

« Si l’on tue en soi-même l’espérance du Paradis, on n’hérite que de l’Enfer. C’est, me semble-t-il, le choix de notre civilisation ».

« La foi en le vraisemblable ne nous sauvera pas de grand-chose ».

« Votre société s’ingénie à rendre le désespoir attrayant ».



« La mort, ma mort, je veux la faire chier un max à attendre devant ma porte, à piétiner le paillasson. Mais quand il sera manifeste que le temps est venu de la faire entrer, je lui offrirai le thé et la recevrai cordialement ».

« Je suis un chiffon sale présentement dans la machine à laver. Lâche, hypocrite, flagorneur, luxurieux, cédant au moindre zéphyr de mes désirs et tentations diverses, comptant sur un sourire et mes acquiescements pour conquérir quelques cœurs utiles (et cela enfant déjà pour « m’en tirer » !). La machine à laver à de quoi faire. Mieux vaut tard que jamais.

Le 4 septembre 1993, et ce fut sa dernière inscription, Thierry Vernet notait enfin ceci : « Je peins ce que je crois avoir vu. 4/5 de mon élan m’attache à notre vie et à tout ce qu’elle nous donne de merveilleux, mais 1/5 m’attire vers la vie éternelle d’où tant de bras se tendent pour m’accueillir ».

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28/01/2009

Purs et doux

En mémoire de Thierry Vernet et de Floristella Stephani. Hommages à Genève.

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De janvier à juin 2009, les œuvres des peintres Thierry Vernet (1927-1993) et Floristella Stephani (1930-2007) seront exposées en divers lieux genevois. A l’initiative d’Ilona Stephani et de quelques amis, ce substantiel hommage rend justice à la mémoire de deux créateurs plutôt méconnus de leur vivant, hors de quelques cercles romands et parisiens. Cette généreuse initiative déclinera quatre verbes liés à leur double démarche existentielle et artistique :


PEINDRE : Tous deux avaient l’intime conviction d’être « nés peintres ». A l’écart des modes, dans leur petit logement de Belleville, à Paris, ils ont exploré toutes les ressources de leur art: dessin, gravure, aquarelle, huile, décors de théâtre ou de marionnettes.

VOIR : Floristella Stephani et Thierry Vernet, ouverts au monde à l’enseigne de la même soif spirituelle, vivaient cette relation par le truchement d’un même regard poreux et englobant, libre, essentiel et incarné, aboutissant à une expression communicable. Leurs œuvres participent de deux visions originales et bien distinctes, que relie cependant un même sentiment poétique.

VIVRE : Il leur a fallu composer avec les difficultés quotidiennes d’une vie entièrement dévolue à l’art, sans cesser des rester ouverts au monde, aux autres, aux livres et au voyage. Leurs travaux alimentaires (décors pour Thierry, restauration de toiles anciennes pour Floristella) a nourri leurs œuvres respectives.

S’EXILER : Le déplacement leur a paru correspondre à la recherche de soi et d’un lieu ouvert à la création. Issus tous deux de bonnes familles genevoises, ils se sont installés à Paris en 1958. L’hommage entend répondre à la question du départ et de la recherche d’un lieu favorable à la création.

AU PROGRAMME :

vernet170001.JPGPINACOTHÈQUE DES EAUX-VIVES. Du mercredi 14 janvier au dimanche 15 février 2OO9

www.pinacotheque.ch - 7, rue Montchoisy - 1207 Genève - Arcade au chemin Neuf Tél. + 41 22 735 66 75
Mercredi et vendredi de 16h à 19h - Jeudi de 16h à 20h - Samedi de 11h à 18h
De l'usage du dessin à «l'Usage du Monde»
En constante observation des êtres et paysages rencontrés, Thierry Vernet s’est toujours senti «en voyage». Le récit de cette
aventure donnera à la fois «L‘Usage du Monde», livre écrit par Nicolas Bouvier et illustré par Thierry Vernet et «Peindre,
écrire, chemin faisant», lettres de Thierry Vernet à sa famille. Belgrade, Kaboul, Tabriz, Téhéran et jusqu’à Colombo, partout
Thierry dessine, s’émerveille, apprend, travaille, prépare des expositions qui contribuent financièrement à les pousser plus
loin. La Pinacothèque offre la possibilité exceptionnelle de voir pour la toute première fois les impressions des dessins à partir
des plaques typographiques originales.
- Nicolas Bouvier «L’Usage du Monde», dessins de Thierry Vernet, Payot 1992
- Thierry Vernet «Peindre, écrire, chemin faisant» L’Age d’Homme, Genève 2006
Vernissage le mercredi 14 janv. à 18h en présence de Mme Eliane Bouvier.
Brunch de clôture à la pinacothèque: dimanche 15 février 2009 dès 11h


Vernet11.JPGLES CINÉMAS SCALA. Dimanche 15 février 2OO9, 19h
www.les-scala.ch - Rue des Eaux Vives, 23 - 1207 Genève - Tél. + 41 22 736 04 22
Le film ”22 Hospital Street”
Après deux années de voyage, au début des années 1950, de Genève au sud de l’Inde, Nicolas Bouvier arrive aux portes d’une
île ensorcelée : Ceylan. Il y rejoint son compagnon de voyage, le peintre Thierry Vernet et sa femme, Floristella. Ceux-ci
retournent au pays et le laissent seul dans la petite ville côtière de Galle. Bouvier y sombrera dans une zone de silence, peuplée
d’insectes et de magie noire, Le récit de cette déréliction sera un livre «surécrit», d’une prose splendide et malicieuse:
«Le Poisson-Scorpion». Un film, réalisé par Christoph Kühn, nous en retrace les prémices et l’histoire.
(Bernard De Backer, La Revue nouvelle, décembre 2006). Séances en présence de M. Christoph Kühn, cinéaste, réalisateur indépendant qui crée son propre bureau de production,«Titanicfilm » et de Mme Eliane Bouvier, compagne de Nicolas Bouvier, elle poursuit son oeuvre en la mettant
généreusement à disposition de jeunes talents ou de nouveaux projets. Consciente de rester l'ultime mémoire de ce quatuor
d'amis, elle nous en conte l'histoire.

Flora05.JPGBIBLIOTHÈQUE DES EAUX-VIVES.Du mercredi 28 janvier au jeudi 3O avril 2OO9
www.ville-ge.ch/bmu - Rue Sillem, 2 - 1207 Genève - Tél. + 41 22 786 93 00
Mardi, jeudi vendredi 15h -19h - mercredi 10h-12h, 14h-18h - samedi 13h30-17h
Peindre pour voir le monde
ou «la raison du tableau est toujours la meilleure» Th.V.
L'exposition, réalisée par Francis Renevey (l'Atelier Nomade), retrace le parcours de Floristella Stephani et Thierry Vernet au gré
de leurs peintures, écrits, notes, rencontres et voyages. Elle propose une réflexion sur le métier de peintre avec ses joies et ses
exigences. Cette exigence vis-à-vis de soi et des autres transparaît dans leurs oeuvres, souvent contemplatives,véhiculant à la fois
la sérénité et l’effroi du monde.
Vernissage le mercredi 28 janvier 2009, dès 18h.

Vernet23.JPGLA COMÉDIE DE GENÈVE. Du 5 au 21 février 2OO9.
www.comedie.ch - Bd des Philosophes, 6 - 1205 Genève - Tél. + 41 22 320 50 01
Du mardi au vendredi 10h30 à 18h30 - Samedi 13 février 15h à 18h - et les soirs de spectacles
Peindre le vrai et le faux
De 1949 à 1990 Thierry Vernet a conçu les décors de théâtre à la Comédie Française, à la Comédie, au Grand Théâtre et à l'Opéra
de Chambre de Genève. De ces décors que reste-t-il, peu, car le spectacle fini, les décors sont brûlés. C'est donc à travers un jeu
de croquis, de maquettes, d'aquarelles ou d'accessoires que nous glanerons les éléments qui nous ont fait rêver. Ils démontrent
l'habileté d'un peintre habitué à se consacrer à la recherche du vrai mais qui se joue ici du trompe-l’oeil et de l'éphémère.
Vernissage le jeudi 5 février 2009 à 18h, spectacle de marionnettes d’Alain et Blaise Recoing à 19h, entrée libre.
Punch et Judy: spectacle de marionnettes
Alain Recoing fut à l'origine du deuxième voyage, en Orient, de Thierry Vernet. Ensemble ils ont participé à un échange de
créations entre marionnettistes indonésiens et parisiens. Cette unique représentation de «Punch et Judy» revisite, avec des
marionnettes à gaines, ce canevas conçu dans la plus pure tradition anglaise. «Tout, ici, est soi-même et autre chose, d'où la
distance marionnettique, ce détachement, ce faire-semblant-de-telle-façon-que-ça-se-voit qui confère à cet art son étonnant
pouvoir poétique.» Th.V Un beau moment permettant de retrouver le castelet créé par Thierry Vernet.

Vernet7.JPGLIBRAIRIE LE VENT DES ROUTES. Du samedi 28 mars au mercredi 22 avril 2OO9
www.vdr.ch - Rue des Bains 50 - 1205 Genève - Tél. + 41 22 800 33 81
Du lundi au vendredi de 9h à 18h30 - samedi 9h à 17h
Le visage des peintres de ce monde
Cette librairie de voyage s’inspire du souffle à la fois littéraire et itinérant de l’écrivain genevois Nicolas Bouvier. Il était naturel
que le café-librairie devienne l’escale de ce voyage artistique autour de l’oeuvre de Thierry Vernet et Floristella Stephani.
Seront exposées des photos prises par leurs amis, Nicolas Bouvier, Jean Mohr ou Jean Bouvier, le peintre.
Vernissage le samedi 28 mars 2009 dès 10h
Mercredi 22 avril dévernissage dès 17h30 en présence de M. François Laut, auteur de «l'oeil qui écrit» biographie
de Nicolas Bouvier et de Mme Eliane Bouvier, suivi d'une séance de signature.

THÉÂTRE À LA BIBLIOTHEQUE DES EAUX-VIVES. Le mardi 31 mars à 2Oh3O
Les Anges du Levant
Textes: Thierry et Floristella Vernet, adaptation: Jérôme Richer
Avec une comédienne et un musicien
Lier lettres de Thierry et journal intime de Floristella, dresser le tableau de deux fameux observateurs du monde, créer des
ponts entre l’Europe et l’Asie, faire un voyage à travers la pensée de deux amoureux de la vie, voilà l’invitation à laquelle vous
êtes conviés. Un voyage qui se fera en musique, entrée libre.

Flora01.JPGMANOIR DE COLOGNY. Du mardi 24 mars au dimanche 5 avril 2OO9
4 place du Manoir 1224 Cologny/Genève
Horaires d'ouverture du lundi au vendredi 15h-19h, samedi et dimanche de 15h à 18h. Visites sur demande 079 337 60 14
La peinture du monde
Exposition de peintures issues de collections privées genevoises.
Thierry Vernet et Floristella Stephani se marient à Ceylan et se fixent à Paris pour vivre leur passion commune: la peinture.
Installés sur les hauteurs de Belleville à Paris depuis 1958, ils explorent les joies uniques et les aléas d’une création avec la
rigueur calviniste de suisses exilés. S’interdisant tout jugement sur l’oeuvre de l’autre, ils s’engagent dans une création parallèle
affrontant ensemble avec patience les difficultés du quotidien. Des amis les encouragent et acquièrent leurs tableaux.
Cette exposition est donc un double hommage: à leurs oeuvres et à ceux qui les ont aimées.
Vernissage 24 mars dès 18h


TEMPLE DE SAINT GERVAIS. Du lundi 6 au samedi 11 avril 2OO9
www.espace-saint-gervais-ch - Rue du Temple et Rue des Terreaux-du-Temple - Tél. + 41 22 345 23 11
Du lundi au vendredi de 8h30 à 11h30
Le chemin de croix de Floristella Stephani
et le via crucis de Franz Liszt
Protestante de naissance, Floristella Stephani a choisi de devenir catholique. Une de ses oeuvres majeures qui explicite ce
parcours spirituel est son «Chemin de Croix». Présenté au temple de Saint-Gervais, il sera accompagné de ses textes lus par
la comédienne Dominique Reymond, nièce de Thierry Vernet, et du Via Crucis de Franz Liszt interprété par: Diego Innocenzi
et direction, Marie-Camille Vaquie, soprano, Cendrine Carmelt, alto, Ives Josevski, ténor, Florent Blaser, basse.
Vernissage le lundi 6 avril dès 19h30, concert à 20h
Concert-lecture lors du vernissage de l’exposition du «Chemin de Croix» de Floristella Stephani.

Vernet10.JPGBIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE. Mardi 21 avril 2OO9
http://www.ville-ge.ch/bge/actualites/espace-ami-lullin.htm - La salle de conférence Espace Ami Lullin, au rez-de-chaussée.
Horaire dès 18h15, de 18h30 à 20h, conférences.
La Bibliothèque de Genève accueille en présence de Madame Barbara Roth, conservateur du Département des manuscrits,
les conférences d'Alexandra Loumpet-Galitzine et de François Laut.
L’exil de la création, la création de l’exil
En choisissant librement parmi les oeuvres de l'exposition, Alexandra Loumpet-Galitzine docteur de l’Université de Paris I,
interroge le processus de création comme une mise en exil volontaire du monde et de soi.
L'oeil de l'Autre!
François Laut, auteur de «L'oeil qui écrit», portrait littéraire de Nicolas Bouvier Ed. Payot, 2008, une biographie saluée par
la critique, nourrie de leurs échanges, de l’accès qui lui a été accordé aux archives Bouvier et notamment à sa correspondance
avec le peintre Thierry Vernet.

COLLÈGE & ÉCOLE DE COMMERCE NICOLAS BOUVIER. Du jeudi 19 mars au vendredi 3O avril 2OO9
60, rue de Saint-Jean - 1203 Genève - Tél. +41 22 546 22 00
Du lundi à vendredi de 7h30 à 18h30

ECOLE DE CULTURE GÉNÉRALE HENRY-DUNANT. Du jeudi 7 mai au vendredi 3O juin 2OO9
20, av. Edmond-Vaucher - 1203 Genève - Tél. +41 22 388 59 00
Du lundi à vendredi de 7h30 à 18h30
avec la participation du
COLLEGE POUR ADULTES ALICE-RIVAZ (COPAD)
Un nouvel usage du monde
http://wwwedu.ge.ch/po/bouvier/
Exposition de travaux d’élèves réalisés durant les cours d’arts visuels autour de l'oeuvre de Floristella Stephani et Thierry Vernet.
Deux équipes d’enseignants en arts visuels s’associent dans ce projet pédagogique. Les élèves assisteront aux divers événements
organisés lors de cet hommage aux deux peintres. La découverte de l’univers de ces créateurs et la confrontation avec
leurs oeuvres, leur démarche artistique, leur regard sur le monde, constituera pour chacun des étudiants le point de départ
d’une recherche personnelle, puis d’un travail de réinterprétation et de création en dessin, peinture ou photo.
L’exposition présentera au public un florilège de ces réalisations.
Vernissage à CEC Nicolas Bouvier le jeudi 19 mars 2009 dès 17h, à l'espace d'exposition.
Vernissage à ECG Henry-Dunant le jeudi 7 mai 2009 à 17h, dans le hall principal.

Flora06.JPGCRÉATIONS EN 2O1O
Pièce de théâtre > Sur les textes de Thierry Vernet et Floristella Stephani, un travail de Jérôme Richer, metteur en scène
et comédien.
Publication > Rédigée par Alexandra Loumpet-Galitzine, anthropologue et écrivain, une publication articulée à la fois
autour des thématiques de l’exposition: une saison autour de l’oeuvre de Floristella Stephani et Thierry Vernet et d’extraits
choisis de leurs oeuvres.
Film > Une palette à quatre mains, création d'Hélène Faucherre, réalisatrice à la TSR
Âmes généreuses, Floristella Stephani et Thierry Venet ont transmis leur vision artistique à travers leurs oeuvres et leurs
écrits, mais ils ont aussi laissé des traces dans les coeurs de ceux et celles qui les ont côtoyés.

SOUSCRIPTION 2OO9* 2O1O**
IMPRESSION DES DESSINS DE L'USAGE DU MONDE.
5O tirages typographiques numérotés dont 1O folios sur papier cuve
AFFICHE* > Une saison avec Floristella Stephani et Thierry Vernet
AFFICHE DES PANNEAUX > de Francis Renevey Atelier Nomade
MAGASINE VOYAGER* > les cahiers de l'Atelier Nomade N°5, Un voyage d'artiste, numéro spécial Vernet
DVD** > Une palette à quatre mains du film d'Hélène Faucherre, Réalisatrice à la TSR
PUBLICATION** > D'Alexandra Loumpet-Galitzine, anthropologue et écrivain.
ASSOCIATION «A LA DÉCOUVERTE DE L'OEUVRE DES PEINTRES
FLORISTELLA STEPHANI ET THIERRY VERNET»: 4DOP:FS_TV
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08:39 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : peinture, littérature

26/01/2009

Du slam pour Vera

Dorota1.jpg

Tchatche ou crève, de Dorota Maslowska, au Cabaret Tastemot. Découverte de l'enfant terrible de la nouvelle littérature polonaise. Suivie d'une rencontre avec Vera Michalski.

« Hep, vous, là, il est temps, allez, réveillez-vous, écoutez un peu l’histoire d’un incendie dans une chaussure, écoutez, c’est l’histoire d’une jeune femme hideuse avec un corps de chien… »
Ainsi commence, en trombe verbale, Tchatche ou crève de la jeune Polonaise Dorota Maslowska, roman très oral et choral d’une sale gamine des mauvais quartiers de Varsovie, dont le nom avait déjà fait le tour au cap de ses 20 ans, après la parution de son premier livre, Polococktail Party. On a comparé son apparition à celle de Sagan, et sa matière brutalement « sexy » à celle d’un Henry Miller. L’apparentement de son écriture et de sn énergie au hip hop et au slam évoque également les petits-enfants anglo-saxons ou néo-russes du grand Céline. Dans un entretien publié par la revue Transfuge, Dorota Maslowska confiait modestement à Oriane Jeancourt Galignani : « La littérature polonaise, en dehors de moi, ne produit pas grand-chose en ce moment ». Passons sur la provoc, rappelant celle de jeunes Russes se la jouant destroy ou du vieux Bukowski pré-punk : par delà le turbulent phénomène, Maslowska a bel et bien un tempérament d’écrivain à cinglante « papatte », qui tire une prose vibrante et vivante, d’un lyrisme grinçant, du dépotoir actuel, partiellement localisé dans le Bronx varsovien que représente le quartier Praga. Autour de celui-ci, au fil d’une acid story gratinée, tourbillonne la « tchatche » du monde comme il va, entre paysans clochardisés et gens de médias « foutraques », mannequins à la peine et psychiatres à la gomme…
Pour lire et dire la prose hyper-rythmée de Dorota Maslowska, la comédienne Delphine Horst et la rappeuse Zelga conjugueront jeudi soir leurs talents. En fin de soirée, l’éditrice Vera Michalski, patronne de Noir sur Blanc, où a paru Tchatche ou crève, parlera de son métier et de ses auteurs.
Lausanne, Cabaret Tastemot, Théâtre 2.21, salle 2. Jeudi 29 janvier, dès 20h. Entrée libre. Bar.

Dorota Maslowska. Tchatche ou crève. Traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski.

Editions noir sur Blanc, 2008, 141p.

Dorota Maslowska. Polococktail Party. Noir sur Blanc 2004, et coll. Points No P1472.

13:02 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature

08/01/2009

Les mots qui purifient

Rando15.jpgLecture de rando (6)

Avec Jacques Henrard et Le Marcheur à genoux, au sommet de la Pointe qui portera son nom (1777m)

L’impatience de m’arracher à la grisaille du jour plombé de brouillard glacial, et le besoin de me retremper dans une langue épurée m’a fait repartir ce matin vers les hauts du ciel limpide, nanti d’un petit livre vital paru il y a quelque temps sous la plume d’un auteur belge qui n’aura pas eu la joie de le tenir en mains, mort à 82 ans quelques jours avant sa sortie. Le titre de ce livre-testament est Le marcheur à genoux. Il n’est pas commode de marcher à genoux sur des raquettes, mais l’agenouillement dont il est ici question est une posture tout intérieure, qui ne signale pas un aplatissement mais au contraire un redressement de l’être conscient à la fois de sa nullité et de son immensité de créature libre et « capable du ciel »
Jacques Henrard est une âme pure, mais nullement éthérée. En gravissant la rude pente qui surplombe les alpages d’Orgevaux, je me sentais de plus en plus léger, ce début de matinée, tout en poussant ma grinçante carcasse en soufflant, visant bientôt le premier sommet d'une suite de trois hautes crêtes; et je me rappelai ces mots combien actuels du préfacier, Gabriel Ringlet, conseillant au lecteur d’emporter ce livre « pour qu’un peu de lumière palestinienne accompagne votre chemin »…
DSCN1541.JPGC’est un livre d’errance et de recherche que Le marcheur à genoux, dont le premier mouvement évoque la mise à la retraite de l’auteur, et son besoin alors de marcher seul pour se retrouver et revivre, pas à pas, une existence zigzaguant entre la foi et le doute, de son enfance à ses derniers jours, en revenant à ce moment essentiel qu’aura signifié son agenouillement tout simple devant son enfant: « Un très grand jour est celui où son premier enfant fait ses premiers pas. De l’état sédentaire, cet enfant passe à l’état nomade. Le père attend avec impatience de l’associer à ses randonnées. Il rêve de partir un jour, sac au dos, en sa compagnie et de planter la tente avec lui. Quand est venu le moment de la première promenade, il met genou au sol pour ajuster les petites chaussures. Il répète souvent par la suite ce geste qui devient peu à peu un rite ».
Tel est le sens de l’agenouillement : « Cet enfant, quand il se met à genoux devant lui, n’a plus de frontières ». Cela se fait sans sacrifier aux caprices éventuels d’une tyrannie enfantine : « Tu ne perds rien pour attendre, mon gaillard. Ton immensité, je vais te la faire mériter ».
« Tout crime, toute profanation vient d’un manque d’agenouillement devant le monde », écrit Jacques Henrard qui ne craint pas de dire qu’il « adore » ceci ou cela, comme chacun le dit par métaphore de petites ou de grandes choses qu’il appelle les «avatars de l’immense». Dans la foulée je me rappelle la défense de l’admiration à laquelle s’est livré Alain Finkielkraut en cette époque où l’on craint d’admirer, justement, alors que l’admiration nous grandit au lieu de nous rabaisser. Or l’Errant du livre de Jacques Henrard n’est pas du genre à se pâmer devant n’importe quoi ou d’idolâtrer n’importe qui. L’immense n’a rien à voir avec les gloires factices au goût du jour. Il l’a rencontré de préférences chez des femmes et des hommes rayonnant de la même beauté simple: « Si Dieu existe, qui l’a approché de plus près que ces personnes ? L’odeur de Dieu est sur elles, un Dieu de petitesse, à genoux devant quiconque, avant même que cet infime ne songe à plier le genou devant lui ».
L’errance de ce livre recoupe la nôtre, hic et nunc, et cheminant vers le ciel je me rappelai l’actuelle tragédie vécue par les Palestiniens de Gaza, entre tant d’autres damnés de la terre, et ce qu’écrit Jacques Henrard, se référant à la Bible, de la lente évolution des hommes et de la lente épuration des mots : « Ce livre est l’épopée d’une errance, celle d’un peuple aux pratiques encore barbares, sacrifices de bêtes et même d’humains, haine des peuples ennemis, glorification de la vengeance et des armes, pratiques parfois grossière et primitives de la relation aux femmes. Mais on le voit s’arracher lentement à la barbarie pour partir non seulemnent à la conquête d’une terre promise, mais à celle de l’invisible. La langue des images parle mieux de l’invisible que les concepts des philosophes fanatiques de contours précis. »
Nous sommes, à l’évidence, nous sommes tous, tant que nous sommes, ce « peuple aux pratiques encore barbares », et Jacques Henrard, se confrontant avec les Lois de l’Ancien et du Nouveau Testament (au seul énoncé du mot « loi » il se rétracte), s’interroge alors en opposant cette Voix en lui à la seule Loi: « Aujourd’hui vais-je tuer ? Moins qu’hier ? Comment ? Que me dit la Loi ? Rien. J’écouterai la Voix. Je volerai un peu moins celui qui n’a rien. Je réduirai d’un peu l’écart entre l’amour que j’ai pour moi et celui que je porte à mon prochain. De combien ? La Voix me le dira, aujourd’hui pour aujourd’hui et demain pour demain »,
DSCN1539.JPGLa neige est comme un désert, et c’est par le désert que passe l’Errant du Marcheur à genoux. Il a fui la ville comme nous éprouvons tous, à certains moments, le besoin de la fuir pour nous retrouver : «L’Errant accusait les objets de voler leur place aux arbres et aux choses vivantes, de créer des faims nouvelles, de puiser dans les pays habités par les pauvres pour être achetés par les riches, de creuser l’abîme entre les possesseurs et ceux qui ne possèdent pas ». Mais c’est aussi le désert qui dit ensuite à l’Errant : Retrouve la ville ». Et justement, touchant au dernier sommet, que je résolus ce matin de rebaptiser secrètement Pointe Henrard (1777m.) je me retournai vers l’immensité du brouillard troué, là-bas, découvrant une ville humaine au bord du lac immense.
Alors de mon sac j’ai sorti cette adorable orange : «Adorable abolit le temps. Il ne peut avoir de terme. Une joie rongée par l’ombre de son terme n’est déjà plus une joie. Une joie refusée à un seul et qui n’est pas promise à tous m’est pas une joie. Rien ne pourra briser la chaîne des joies où ne manquera aucun maillon ».
Autant dire que notre joie ne sera pas complète tant que les autres en seront privés…

LireHenrard0001.JPGJacques Henrard. Le marcheur à genoux. L’Age d’Homme, collection La Petite Belgique, 106p

31/12/2008

Gaza vu de Ramallah

Ramallah678.jpg 

Lettres par-dessus les murs (66)

Ramallah, ce 29 décembre 2008.

Cher JLs,
Merci pour cette citation de Jean Soler. Ne pouvant lire l'ouvrage entier, je ne peux que discuter les quelques lignes que tu m'envoies – j'aime le ton catégorique et inspiré de l'auteur mais je partage ton avis, il réduit la religion au fanatisme, et semble ériger la foi en cause majeure de nos souffrances – c'est injuste, et c'est aussi donner trop d'importance à la religion, qui n'est somme toute qu'un des multiples outils du mal : un drapeau que l'on brandit pour rallier les troupes, marquer l'identité, justifier la haine.
Soler est sans doute trop athée, ou peut-être pas assez, s'il est incapable de penser sans Dieu… Dans les massacres auxquels nous assistons, je ne vois pas la main de Dieu, pas plus que je ne crois au pouvoir politique des rabbins ou à la soi-disant conspiration évangéliste qui aurait à elle seule permis l'occupation américaine en Irak. Ici en tout cas la religion n'est qu'une composante, primordiale d'un point de vue historique, mais secondaire politiquement parlant, dans une société israélienne où les convictions sont aussi diverses que la provenance des habitants. Soler s'attaque à une minorité.
Bien sûr la notion de peuple élu contient la guerre en germe, mais encore faudrait-il que les juifs d'Israël croient véritablement en cette élection pour y voir le moteur de leur politique d'Etat, et ce n'est assurément pas le cas : d'abord parce que le mythe d'une origine commune ne fait plus guère illusion, ensuite parce que cette rhétorique biblique ne parle plus aux nouvelles générations.
Plutôt que d'élection divine, on pourrait parler des élections parlementaires à venir : les divisions israéliennes elles-mêmes expliquent en grande partie l'ampleur des bombardements de Gaza. Le Likud de Netanyahu est en avance dans les sondages, le gouvernement en place veut renverser la tendance, et ce n'est pas la première fois qu'on utilisera des bombes pour gagner des élections… l'Histoire se dessine moins selon de grands principes religieux qu'au hasard des petites ambitions personnelles, ce qui est d'ailleurs autrement plus inquiétant.
Que faire alors du repli identitaire qui touche ce pays, de cette peur collective qui justifie toutes les agressions ? Là encore, je vois moins le signe de la foi à défendre que la volonté larvée qu'a chacun de protéger son pré carré, son territoire personnel, ses petits avoirs. Une obsession sécuritaire qui fait trembler le monde entier (ou en tout cas le "nord" du monde, qu'il s'agisse d'un épicier européen, d'un nanti de Delhi ou d'un expatrié à Ramallah), une obsession sécuritaire qu'Israël, en vertu de son histoire particulière et encouragé aujourd'hui par les phobies américaines, a désormais hissé au rang d'idéologie nationale. "Zecurrity", c'est le mot qu'on entend sans cesse en Israël, et c'est bien plus qu'une justification pour fouiller votre sac à l'entrée d'un restaurant - c'est une Weltanschauung. On serait étonné de voir combien d'Arabes israéliens s'y accommodent, dont les enfants parlent d'abord hébreu, et qui pour rien au monde ne voudraient partager les conditions économiques de leurs cousins de Cisjordanie…
Bien entendu on ne saurait évacuer la religion de ce conflit, mais je crois qu'on assiste ici à un changement de paradigme, très inquiétant par ailleurs : si la religion garde toujours une face lumineuse, en dépit de ses dévoiements, il n'en va pas de même pour l'égoïsme érigé en morale.
Bien à toi,
Pascal

Panopticon712.jpg

A La Désirade, ce 30 décembre, soir.
Cher Pascal,
Ta réponse m’a beaucoup intéressé, d’abord parce que tu vis le conflit de l’intérieur, ensuite parce que tu es dans la trentaine. Il m’a semblé à première lecture que tu minimisais le rôle néfaste de la religion dans la montée aux extrêmes de la guerre, pour relativiser les propos radicaux de Jean Soler, qui est lui-même, soit dit en passant, beaucoup plus nuancé et complet dans son approche que ne pourraient le faire croire les citations que j’ai tirées de La violence monothéiste. Ce qu’il montre bien, cependant, dans la chronique des échecs successifs du règlement du conflit, comme en ce qui concerne l’Irak – et quand bien même les cyniques n’y croiraient pas -, c’est l’importance majeure, pour la cristallisation de l’Hybris des peuples et des nations, de quelques images-force ou de quelque slogans-force relançant une mission universelle d’essence divine . Ces clichés et ces formules peuvent nous paraître simplistes, et les cyniques au pouvoir sont encore moins dupes que nous, mais il serait aussi simpliste de n’y voir qu’une rhétorique « bonne pour le peuple », dans la ligne d’interprétation réductrice et méprisante qui voulait que la religion fût «l’opium du peuple». Bien entendu, je comprends que tu ne voies pas trace de «main de Dieu » dans les massacres actuels, et sans doute les vrais extrémistes sont-ils minoritaires. N’empêche, et c’est un autre argument-force de Soler, que la petite Weltanschauung sécuritaire que tu évoques, qu’on peut rapporter au seul souci du bien-être généralisé d’une majorité d’Occidentaux, ne saurait faire le poids, aujourd’hui, par rapport à l’idée-force, essentiellement religieuse, que la vraie vie n’est pas la vallée de larmes de cette existence, mais une autre à venir, qui vaut tous les sacrifices pour un désespéré, et qui donne aux chefs religieux un pouvoir spécial, et aux mythes fondateurs une fonction durable.
Tu es d’une génération qui a envie de tourner la page, et comme je la comprends, après les monstruosités commises au XXe siècle au nom d’idéologies mortifères. L’an tout prochain, l’affreux Bush, dont la bigoterie providentialiste n’est pas qu’un gadget, cèdera la place à Barack Obama, et pendant ce temps les politiciens israéliens, comme tu l’as bien souligné, font le ménage. De tout mon cœur je souhaite une vie meilleure aux Palestiniens, en espérant que les hommes de bonne volonté de toutes les parties – et Dieu sait qu’il y en a – triompheront de l’invisible main du Mal.
Je viens de lire La Haine de l’Occident de Jean Ziegler, dont le fil rouge est précisément le double langage des nations chrétiennes prônant le bien à travers l’Histoire, au nom du Tout-Puissant , et continuant de confisquer le mot « humanité » pour leur seul profit. Je sais bien que mon ami Ziegler a cautionné lui-même des régimes pourris, comme je sais que l’Autorité palestinienne à son lot de casseroles aussi sales que les consciences corrompues de moult dirigeants israéliens. Mais Ziegler se dit aussi croyant, chrétien, convaincu que le Christ nous engage du côté des humiliés et des offensés.
Je reviens enfin à Jean Soler qui écrivait il y a quelques mois : «Aujourd’hui que les Israéliens font semblant de négocier avec les Palestiniens pour ne pas déplaire à Bush, qui aimerait se prévaloir d’un succès diplomatique pour compenser le fiasco irakien, avant de quitter ses fonctions, un membre de la délégation palestinienne (au sommet d’Annapolis de novembre 2007) a déclaré : « Nos approches sont complètement antithétiques. La notre consiste a partir du droit international et des frontières de 1967 (avant la guerres des Six-Jours, il y a quarante ans !) et à négocier, sur cette bas , quelques arrangements. Celles des Israéliens consiste à partir des faits accomplis sur le terrain. Ils disent que le droit international n’a reien à voir avec notre conflit. Ils affirment qu’ils ont un titre de propriété sur Eretz Israël (la « terre d’Israël » dans sa définition biblique, on dit aussi : le Grand Israël), qu’il ne s’agit pas de nous rendre des territoires mais de nous en donner »…
Tu sais bien mieux que moi, cher Pascal, ce qui a fait le jeu du Hamas, au dam des Palestiniens. Jean Soler rappelle encore, en citant ses sources, qu’ environ 500 Palestiniens ont été tués entre le sommet d’Annapolis, en novembre 2007, et le mois d’août 2008. Au cours de ces huit mois, on a vu le triplement des permis de construire aux colons et l’augmentation de 8% des checkpoints. « Ce qui signifie que les autorités israéliennes n’ont absolument rien entreprise sur le terrain pour faciliter la création d’un Etat palestinien qu’elles appellent de leurs vœux et que la mainmise sur la Cisjordanie s’est accentuée »…
Mais je me répands alors qiue tu aurais tellement plus, toi, à dire de ce que tu vois et de ce que tu vis là-bas en ces jours terribles...

Merci, cher Pascal, de nous donner de tes nouvelles.
Je pense beaucoup à vous deux et à vos amis.

Jls

Images: Eyad Baba, Philip Seelen.

Ces lettres font parties d'un ensemble de 130, échangées depuis mars 2008 par Pascal Janovjak, jeune écrivain slovaco-franco-suisse, établi à Ramallah depuis trois ans, et JLK. La totalité est en ligne sur le blog personnel de JLK: http://carnetsdejlk.hautetfort.com/

29/12/2008

Ce que PEUR veut dire

Buzzati8.JPG 

Avec François Bon au walkman. Lecture de rando (3)

Les verticale des anciennes pluies, scrutées de derrière la vitre dans l’impatience de nos enfances, avant de partir loin, relaient dans Peur les verticales des cordes urbaines entre lesquelles zigzaguent un saxo tâtonnant et un violon titubant, et quel rapport avec les verticales de roc et de glace ?

Je dirai : paysage mental, murs de New York ou de l’Aiguille du Fou, souvenir des villes, paysages où transi d’angoisse on lève la tête dans le matin glacial, Manhattan ou l’Aiguille du Trident – ma seule PEUR panique un matin de roche rouge et de glace il y a bien trente ans de ça avec mon ami R. tombé plus tard au Mont Dolent -, et voici :

Que je repars ce matin avant l’aube, par grand beau se levant, avec Peur de François Bon et de ses musiciens au walkman, prêt à gravir ce couloir d’effroi, un pas sur l’autre, entre les hauts piliers comme de gratte-ciels – On avait traversé des villes sans personne -, et la neige glacée crisse comme les instruments de Peur, mais les crampons s’accrochent comme les tampons aux parois de verre des villes de fer et de béton :

On progresse, le couloir est à la fois paroi trouée de fenêtres comme les buildings hallucinés de Buzzati, et cela:

Quand on ferme les yeux pour souffler, les verticales basculent et voici les ravines bleutées devenues allées de cimetière - Tu marchais dans la maison des Morts -, tout devient Labyrinthe aux yeux fermés un instant, tes morts te pèsent et te soupèsent puis tu entends une voix pure, peut-être le jeune poète de Rilke – Nous manquons d’invocations sorcières –, enfin tes yeux clairs se rouvrent et retrouvent les horizons de plus en plus larges à mesure que tu montes vers le ciel grand ouvert, la PEUR aiguise les marches mais de la surmonter te sort de l’impasse et de là-haut tu vois mieux ce qui te manque et qui te manque, à qui tu manques – Et comment on est venu on sait pas, et où tu vas t’en sais rien ? – mais de moins en moins de PEUR tout en haut du couloir d’angoisse, à monter on surmonte la PEUR, et voici :

L’arête atteinte, l’équilibre entre deux vertiges, étroite rue où danser – Là-bas murs et seringues, voilà pour manger, trajets tracés, tous les bruits du monde -, ici l’ouvert par delà l’obscur et l’indistinct :

Vaincue la PEUR à l’instant, dis-tu, au jour partagé, songeant à eux, mais qui t'attendent demain là-bas - l'angoisse et l'effroi retrouvés tôt l'aube…



LirePeur.JPGCette divagation de rando suit les séquences lues (François Bon en diseur d’extrême sensibilité) de Peur, sur ses textes (cités ici en italiques) et des compositions de Dominique Pifarély (au violon, sur de magnifiques variations), avec François Corneloup (sax baryton), Eric Groleau (batterie) et Thierry Balasse (électro-acoustique).
Peur. 1 CD chez Poros éditions, 2008.
Le texte intégral de Peur peut se télécharger sur internet : http//www.publie.net/peur/

Image: peinture de Buzzati ainsi légendée: Quando la grande montagna all'improvviso diventa la nostra vita, la nostra città, la nostra vecchia casa, l'antica nostra tomba...