06/09/2015

Suter casse la banque

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Le grand retour de Martin Suter, avec Montecristo, thriller financier captivant, aux personnages très bien campés, sur fond de crise mondiale...

Prévoyez quelques heures de lecture non-stop pour le nouveau roman de Martin Suter, que vous ne lâcherez plus après y être entré...

On retrouve en effet, dans Montecristo, le storyteller formidable de Small World, qui a révélé l’auteur en 1998, et qui, depuis lors, a acquis la maestria d’un grand pro de la narration populaire, au bon sens du terme, avec des variations d'intensité.

Ainsi, la série policière liée à l’inspecteur Allmen ne m’avait pas vraiment scotché. Avec Le cuisinier, déjà, j’avais un peu regretté de ne pas retrouver le vivacité d’observation parfois grinçante des titres pécédents, de La Face cachée de la lune  au Dernier des Weinfeldt, en passant par Un ami parfait, alors que Montecristo nous ramène au plus acéré de son obsrevation des mécanismes sociaux, psychologiques et financiers du monde actuel.

Sur fond de crise financière mondiale, où deux des plus grands établissements bancaires suisses vacillent au bord de l’abîme, non sans impliquer évidemment la Banque nationale elle-même, Martin Suter imagine une double bavure monumentale, liée d’une part aux actions à hauts risques d’un brillant trader, et d’autres part, à la solution désespérée (et hautement illicite) que les banquiers imaginent afin de combler le trou de plusieurs milliards  creusé par les menées catastrophiques de cet aventurier de la finance.

Montecristo est un thriller sans faille, qui revisite la Suisse au-dessus de tout soupçon du camarade Jean Ziegler dans la foulée d’un journaliste vidéaste cachetonnant dans la télé people tout en rêvant de tourner un vrai film dont le scénar s’inspire du roman fameux de Dumas, impliquant un jeune Helvète piégé en Thaïlande pour possession de drogue glissée par des tiers dans ses bagages. Parallèlement, le protagoniste se découvre  par hasarden possession de deux billets de 100 francs suisses absolument identiques, qui l’engagent dans une investigation aux implications énormes.

Comme dans les meilleurs romans de Martin Suter, l’intérêt de Montecristo  tient à la fois à la rigueur de son observation de plusieurs milieux (ici, la banque, les médias et le cinéma), fondée sur la connaissance et l’expérience de l’auteur (on sait qu’il fut un chroniqueur économique pertinent voire mordant avant de passer au roman), la qualité de sa dramaturgie et la fine psychologie qu’il montre dans le développement de ses personnages, enfin la swiss touch de son univers qui relance les fables d’un Dürrenmatt en plus soft et en plus glamour avec, en l’occurrerence, une Marina plus qu’avenante…

Bref, c’est de la toute belle ouvrage que Montecristo, dont l’intrigue se dénoue d’une façon propre à rassurer tout le monde, non sans ironie cinglante…

Martin Suter, Montecristo. Traduit de l’allemand par Olivier Manonni. Christian Bourgois, 337p.  

Commentaires

Je viens de lire d'une traite une cinquantaine de pages. C'est très pro. Les phrases sans fioriture vont droit au but. Les scènes sont courtes et s'enchaînent avec maestria. C'est donc très bien fabriqué. Le sujet apparaît toutefois un peu gros même s'il est bien ciselé.
Bref, le récit se dévore plutôt comme une pizza que comme un met raffiné. Je ne sais si je vais changer d'avis en le finissant.

Écrit par : Vallotton Jacques | 16/09/2015

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