08/08/2014

Une déchirante fable humaine

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L’émotion au rendez-vous de la deuxième soirée sur la Piazza Grande. Avec le retour de l’Israélien Eran Riklis et son admirable Dancing Arabs.

« Nous aspirons tous à la paix, déclarait hier le réalisateur israélien Eran Riklis, présent à Locarno (après la mémorable projection du Responsable des ressources humaines) avec son nouveau long métrage, pour ce qu’il considère comme sa première projection internationale après une sortie plutôt discrète en Israël évidemment plombée par la terrible situation actuelle.

Or cette déclaration pourrait fleurer l’angélisme creux si elle ne traduisait, bel et bien, le vœu d’innombrables citoyens de bonne volonté des diverses communautés et, aussi la position personnelle non partisane du réalisateur de La Fiancée syrienne, des Citronniers et, aujourd’hui, de Dancing Arabs au titre à vrai dire peu explicite.

Aux côtés d’Eran Riklis se trouvaient, sur la scène de la Piazza, quelques acteurs et collaborateurs du film, à commencer par le jeune Tawfek Barhoun, remarquabel interprète d’Eyad, le protagoniste palestinien de cette variation arabo-israélienne de Roméo et Juliette.

 

 

Zapping 2014

 

Locarno01.jpgLucy, de Luc Besson. France, 2014. Piazza Grande.

 

Ceux qui aiment les héroïnes déjantées – de Calamity Jane à Barbarella ou de la Bonnie de Clyde à la  la Lula de Lynch-, les films de genre empruntant à la BD et au thriller, à la science fiction ou à la conjecture parascientifique, seront probablement bluffés par Lucy, qui en « jette un max », pour parler comme Jean D’Ormesson, grâce aussi à la présence craquante de Scarlett Johansson (la très très gentille beauté blonde qui se laisse pas marcher sur le neurone), Morgan Freeman (le prof à la fois très très savant et très très sage) et Choi Min Sik (le très très méchant trafiquant bas de plafond et fier-à-bras) et, las but otleast, à l’enjeu thématique de tout ça : notre capacité cervicole et l’immortalité en bonus éventuel.

 

En deux mots :que se passerait-il si, au lieu de n’utiliser que 10% de notre capacité neuronale, nous en utiliserions plus que le dauphin (20 % en apnée) ou que Dieu quand Il créa le monde (disons 50 % pour pas Le fâcher),et que ferions-nous d’un tel potentiel ? C’est la question que Scarlett la néo-futée pose au vieux prof qui lui répond : choute, le sens de la vie humaine est de mieux connaître la mal connu, et de transmettre ce que tu as appris. Dont acte, sur clef USB. 

 

Tout cela sur fond d’images panoptiques magnifiquement trafiquées frisant parfois une sorte de poésie, très au-dessus (à mon goût) du prétentieux Gravity, épique et drôle (la folle fugue sous les arcades de la rue de Rivoli et quelques reparties carabinées), en cocktail cosmi-comique ici et là vertigineux, genre les spermatos interstellaires attaquent dans la soupe originelle. Et le Temps là-dedans ? Bonne question, les kids…

 Ma cote : **

 

Locarno10.jpgEran Riklis. Dancing Arabs. Israël / France / Allemagne, 2014.

La paix se fera-t-elle au prix du renoncement à son identité ?

Telle est la question, évidement provocatrice, qui se pose, à la fin de Dancing Arabs, au jeune Eyad qui vient d’enterrer, selon le rite musulman, son meilleur ami juif Jonathan, mort de dystrophie après un long calvaire. Au préalable, Eyad avait déjà perdu sa petite amie Naomi, premier grand amour sacrifié à la norme sociale au moment où elle s’engagea dans le Renseignement israélien.

La fin mélancolique, pour ne pas dire déchirante, de Dancing Arabs, retentit aujourd’hui avec une amertume particulière, alors même que le film est traversé par une sorte d’onde pacificatrice incarnée par le jeune Eyad et ses amis de l’autre communauté.

L’apparente sérénité du filmage, sur fond de paysages bibliques et de vie ordinaire paisible juste ponctuée d’incidents indicatifs de haine larvée – sans parler des actualités télévisées rappelant les guerre au Liban et en Irak, entre autres intifadas – n’édulcore en rien la déchirure profonde vécue par les protagonistes de ce film à haute teneur artistique et humaine, à voir absolument, à revoir et à discuter.    

Ma cote : ****

 

Locarno08.jpgLina Wertmüller. Non stuzzicate la zanzara. Italie, 1967. Rétrospective Titanus.

Le moins qu’on puisse dire est que cette comédie musicale à l’italienne, ultra-kitsch et non moins pétulante, n’est pas un chef-d’œuvre, mais quel bien ça fait de se laisser entraÎner dans la foulée capricante de l’irrésistible Rita Pavone, d’ailleurs présente en début de projection et vrillant un clin d’œil à la chère Giulietta Masina, sa mère mutine dans le film.

Parodie des musicals américains, avec délirantes scènes chorégraphiées ? Pas seulement, car le génie italien irradie bonnement ce fumetto cinématographique, helvétisé de surcroît (signature de la réalisatrice) par un impayable chœur des gardes suisses, et brocardant ensuite les fantasmes militaro-patriarcaux des machos de la Botte autant que les premières idoles de l’époque yéyé, de Celentano au Beatles. Un régal vintage, pazzo mio

Ma cote : ***

 

Locarno06.jpg Ce qu'en dit Pandora la tortue

- Ce que j'en dis, pour commencer, ou plutôt pour reprendre où on en était resté, c'est que Locarno reste un jardin de mémoire aux verdures éternelles. Hier par exemple, avec Les 400 coups du père François, avec l'adorable chenapan à te rendre le cafard magique de tes quinze berges, ou Les Temps modernes 100 ans après...

- Et là, c'est reparti avec du rebrousse-toiles de la meilleure tonne, cet après-midi avec Rosemary's Baby et, à l'Ex-Rex où ça sera l'afflux, Non stuzzicate la zanzara de Lina Wertmüller, avec la Pavone. Rita Pavone se stessa qui sera là pour présenter la toile. On en salive d'avance en espérant retrouver le père Freddy Buache au premier rang.

- Si vous n’avez rien compris au merveilleux poème balancé auf deutsch, de la scène de la Piazza, par le grand acteur allemand Armin Mueller-Stahl, venu y recevoir un léopard doré de Life Achievement (sic), pas de souci tant c’était bien dit et moulé al dente. À lui qui a été, la même année, un digne père de famille kasher, dans Avalon, et un criminel de guerre nazi, dans Music Box, rien de ce qui est humain ne saurait être étranger. Preuve supplémentaire au vu de la Lola de Fassbinder, reprise à Locarno pour l’occasion…

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