19/04/2014

Jean Ziegler l'octogénéreux

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Jean Ziegler fête, aujourd'hui, son 80e anniversaire. l'occasion de découvrir La face méconnue d'un grand intellectuel, communiste et croyant,  qui fait honneur à la Suisse. 

Qui est Jean Ziegler au fond ? Je me le suis demandé des année durant, avant de le rencontrer et de fraterniser autour de livres et de lettres que nous avons échangés, d'indignations et de passions partagées. 

 

Dans une première biographie sympathique, Jürg Wegelin, ancien élève du prof de sociologie mais pas complaisant pour autant, a retracé  les grandes lignes de la trajectoire du fils de sage famille bernoise entré en rébellion contre son père, "adopté" à Paris par Jean-Paul Sartre et devenant l'un des phares du tiers-mondisme et le critique radical de son pays "au-dessus de tout soupçon". L'engagement de l'intellectuel, le travail du député, le fracas des livres, les procès, la famille: tout y était, ou presque.   Car la question subsiste : qui est Jean Ziegler "au fond", et quel est le noyau de sa personne ? Or nous aurons parlé un jour, précisément, de ce qui représente le noyau de la vie selon lui. À savoir: Dieu.  

Parce que  Jean Ziegler croit en Dieu. Cela pourrait étonner, chez un sociologue gauchiste qu'on imagine matérialiste à tout crin, mais c'est comme ça: Jean Ziegler est croyant. Et comme je lui demandais un jour ce qu'il répondrait à un enfant l'interrogeant sur la nature de Dieu, il me répondit sans hésiter: l'amour.

 

 Avant de préciser: " L'amour qui est en chacun de nous. Dans le Galilée de Brecht, l'assistant de l'astronome lui demande devant la nouvelle carte du ciel: mais où est Dieu ? Alors Galilée de lui répondre: "En nous, ou nulle part". Du même coup, cela scelle notre destin commun. Comme disait Bernanos: "Dieu n'as pas d'autre mains que les nôtres". Dieu existe au-delà de tout, mais sur terre il agit à travers nous: c'est une conviction qui m'habite depuis longtemps et qui ne cesse de se renforcer. L'humanisation est en cours, même si nous vivons encore dans la préhistoire de l'homme où l'exploitation, la concurrence effrénée, l'écrasement du pauvre dominent. L'amour s'oppose à cette logique, constituant le moteur même du capitalisme, pour lui substituer des valeurs de complémentarité et de solidarité"

 

 Position chrétienne, à l'évidence. Mais comment expliquer que ce fils de juge bernois calviniste se soit converti au catholicisme après avoir claqué la porte de la maison ?

 

" C'est une décision qui date de mes jeunes années à Paris, explique-t-il alors.  Quand  j'ai commencé d'étudier sérieusement le marxisme. Or s'il respecte la religion pour son rôle social, Marx n'en perçoit pas la profondeur. À la même époque, j'ai trouvé des réponses plus satisfaisantes aux questions existentielles que je me posais auprès du Père jésuite Michel  Riquet, ancien résistant, déporté à Mauthausen et Dachau. Si je suis resté communiste, je garde aussi une foi profonde, quoique traversée de doutes. Mais je déteste  le Vatican et le faste indécent dans lequel se complaît sa gérontocratie. Quand je pense aux  richesses inestimables accumulées à Rome  et à tout ce qui  pourrait être fait pour soulager  la misère du monde, je me dis qu'il y a là plus que de l'hypocrisie: une vraie monstruosité  ! C'est dire que je me suis toujours senti plus proche de "l'église invisible". Comme le disait Victor Hugo: "Je déteste toutes les églises, j'aime les hommes, je crois en Dieu."

 

Et les enfants là-dedans ? "Je suis comme les Africains: je ne les nomme pas !", s'exclame d'abord le père de Dominique, né en 1970. Et pourtant: "La naissance de notre fils a été comme le premier matin du monde. Ensuite, j'ai craint qu'il ne me traite comme je l'ai fait avec  mon père, par le rejet. De fait je ne supportais pas les non-réponses de celui-ci, quand je lui désignais telle ou telle injustice et qu'il me répondait qu'on ne pouvait rien faire. Cela me révoltait. Avec mon fils, comme j'avais une totale mauvaise conscience par rapport à la double vie que je menais, entre sa mère que j'aimais toujours et ma deuxième femme  Erica, qui est pour moi la passion absolue, je l'ai emmené avec moi dans mes voyages, dès ses 11, 12 ans et lui ai fait rencontrer toute sorte de personnages, de Thomas Sankara aux leaders cubains, entre beaucoup d'autres. Sa première pièce, Ndongo revient, est directement inspirée par un voyage que nous avons fait au Togo"...

 

Père et grand-père, l'infatigable pèlerin qui a été désigné, en 2000, comme rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, a été confronté maintes fois à l'enfance malheureuse. Mais comment a-t-il vécu cette déchirure  ? Alors l'homme de coeur de conclure en homme de foi:  "Bernanos dit qu'il ne faut jamais regarder la misère du monde sans prierDurant  les missions que j'ai menées autour du monde, je me suis forcé à ne jamais penser à nos petits-enfants:  je me suis entraîné, véritablement, à l'altérité"...  

 

 

 

Biographie

 

19 avril 1934 - Naissance de Hans Ziegler à Berne. Il grandit à Thoune.

 

1956 - Déménagement à Paris. Etudes de droit et de sociologie à la Sorbonne. Fréquente Jean-Paul Sartre qui le pousse vers l'Afrique.

 

1957 - Premiers longs voyages au Proche-Orient et dans les pays du Maghreb.

 

1965 - Mariage avec Wédad Zénié.

 

1970 - Naissance de Dominique Pascal Karim.

 

1976 - Parution d'Une Suisse au-dessus de tout soupçon. Affrontement autour de sa nomination au poste de professeur, confirmée en 1977 par le Conseil d'Etat.

 

1990 - Parution de La Suisse lave plus blanc. Hans Kopp l'attaque en justice. Neuf procès suivront en 1997.

 

1997- Mariage avec Erica Deubler-Pauli.  Parution de La Suisse, l'or et les morts.

 

2000 - Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation.

 

 

 

De la vie:

 

"Chaque matin est une merveille renouvelée, avec le sentiment d'être extraordinairement privilégié, qui nous responsabilise en même temps.

 

De la mort

 

"Quant à la pensée de la mort, elle est d'abord liée pour moi au  sentiment panique de la fuite du temps. Comme disait Ramuz: "C'est parce que passe que tout est si beau". Et ce sentiment que tout passe ravive le regret de n'avoir plus le temps de guérir les blessures qu'on a causées. Aussi tout s'accélère avec l'âge. La mort est à la fois le total inconnu et peut-être la porte vers un bonheur plus grand encore"...

Commentaires

Vous avez raison: c'est intéressant. Frappadingues je n'en sais rien. Ou disons que je préfère un frappadingue à la Dürrenmatt ou à la Ziegler à tant de Suissauds amortis dont vous êtes si friand à ce qu'il semble. En ce qui me concerne je ne m'intéresse qu'aux individus intéressants et surtout vivants, peut-être contradictoires (comme mon ami Jean le fou) ou couturés de tous les défauts mais vivants. La Suisse que vous défendez est de moins en moins réelle, ou alors elle se ratatine comme une vieille peau mythique dont Blocher est le héraut, mais tout ça est étriqué au possible alors que le protestantisme était autre chose. Mais vivent les cinglés dans ce pays de pharmaciens,vivent Louis Soutter, Robert Walser, Adolf Wölfli, Aloyse, Zouce et compagnie, et que les éteignoirs s'éteignent...

Écrit par : jlk | 23/04/2014

Bah,j'ai sucré votre premier commentaire parce que vous m'y insultiez en me te traitant de lèche-cul, avant de radoter comme à votre habitude en prétendant que JZ avait écrit qu'il avait vu, en son enfance des trains remplis de juifs traverser la Suisse. On connaît l'épisode du Bonheur d''être suisse, il n'y est aucunement question de trains de déportés mais d'un train d'armes entré en collision avec un autre et que le garçon aurait de ses yeux vus. Jürg Wegelin, le biographe jamais au garde-à-vous, est revenu sur cette affabulation à fond de vérité, puisqu'un accident ferroviaire date de cette époque, tout en montrant qu'il arrive en effet à JZ d'arranger les faits pour accentuer son évocation. Or le même Wegelin fait très bien la part des choses en distinguant ce qu'il y a eu en effet, chez JZ, du "poète" emporté par son sentimentalisme, du militant et de l'homme sérieusement engagé. Prétendre, là-dessus, que JZ est coupé de la réalité est une ânerie, et dauber sur ses exagérations fait sourire au moment où la réalité lui donne raison dans les grandes largeurs et que même nos politiciens de droite abondent parfois dans son sens, contre la sauvagerie du capitalisme. De la même façon, le réduire à un idiot utile au service de Castro ou de Khadafi, entre autres, est d'une injuste crasse. La vérité,c'est que JZ n'a cessé, par ses livres autant que sur le terrain, de défendre des idées de justice et de liberté.

Mais bon, je ne vais pas argumenter auprès de quelqu'un comme vous dont l'opinion est faite d'avance, avec cette dernière bourde qui me classe au nombre des citadins contre les admirables campagnards. Figurez-vous que j'aime la Suisse terrienne autant sinon plus que vous, sans m'illusionner du tout sur sa "pureté". C'est d'ailleurs notre affection commune pour la Suisse qui nous a rapprochés, JZ et moi, et le bonhomme réel, complexe et contradictoire, tellement plus ouvert (et très grand lecteur de surcroît) que tant de râleurs de votre espèce qui ne font que juger et généraliser sous couvert d'anonymat.

Écrit par : jlk | 24/04/2014

Bah, contrairement à ce que dit Geo, mais c'est une presque constante ;), pour moi Jean Ziegler est le seul depuis bien longtemps à avoir une vision holistique de la politique, du monde, de la vie, et rien que pour cela, je m'incline bien bas. Une vision tellement large, qu'elle est forcément incompréhensible par ceux qui limitent leur vision, mais un jour, dans longtemps, cette vision deviendra réalité.

Alors Merci M. Ziegler d'exister et surtout, svp, laissez des traces de votre passage et laissez quelques graines dans les cerveaux fertiles.

Écrit par : Jmemêledetout | 13/05/2014

@Geo

L'avantage avec deux commentateurs tels que nous, c'est que nous ne dissimulons pas notre répulsion respective :-)

Pour autant que cela reste dans le cadre du respect, cela me convient.

Je n'ai aucune peine à croire que vous trouviez mes propos hallucinants, vous raisonnez, et moi je résonne. C'est la même différence qu'il y a entre la faculté visuelle et la faculté auditive, entre le mental et la perception, entre le savoir et la connaissance. Certains ont les deux, et nous, n'avons qu'un des deux. Nous sommes donc tous deux des handicapés opposés LOL

Quant au délire, c'est votre vision à vous, avec votre regard sur les choses ou les gens et c'est votre droit de le voir comme cela, mais pas de l'imposer à l'autre comme une réalité.

Écrit par : Jmemêledetout | 13/05/2014

@Geo

L'avantage avec deux commentateurs tels que nous, c'est que nous ne dissimulons pas notre répulsion respective :-)

Pour autant que cela reste dans le cadre du respect, cela me convient.

Je n'ai aucune peine à croire que vous trouviez mes propos hallucinants, vous raisonnez, et moi je résonne. C'est la même différence qu'il y a entre la faculté visuelle et la faculté auditive, entre le mental et la perception, entre le savoir et la connaissance. Certains ont les deux, et nous, n'avons qu'un des deux. Nous sommes donc tous deux des handicapés opposés LOL

Quant au délire, c'est votre vision à vous, avec votre regard sur les choses ou les gens et c'est votre droit de le voir comme cela, mais pas de l'imposer à l'autre comme une réalité.

Écrit par : Jmemêledetout | 13/05/2014

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