07/10/2013

De l'or pour Germinal Roaux

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Le premier long métrage du cinéaste lausannois, Left Foot Right Foot, a remporté le Bayard d'Or de la meilleure première oeuvre au Festival du film francophone de Namur.

 

Un nouveau réalisateur de grand talent s'affirme au premier rang du cinéma suisse: Germinal Roaux. Certes pas à son coup d'essai: ses deux premiers courts métrages (Des tas de choses, en 2003, et Icebergs, en 2007), ont déjà été très remarqués. Mais le Vaudois de 38 ans impose, avec son premier "long", la vision d'un vrai poète de cinéma à la vive empathie humaine.   

 

Le canevas de Left Foot Right Foot est tout simple. Marie et Vincent, autour des dix-huit ans, vivent ensemble sans entourage familial rassurant ni formation sûre. Leur milieu est celui de la jeunesse urbaine actuelle, entre emplois précaires et soirées rythmées par le rock. Fuyant un premier job débile, Marie en accepte un autre plus flatteur et plus glauque d'hôtesse dans une boîte, qui l'amène bientôt au bord de la prostitution. Cela à l'insu de Vincent, trafiquant un peu dans son coin avant de se faire virer de la boîte de conditionnement alimentaire où il a eu l'imprudence de se pointer avec son frère handicapé aux conduites imprévisibles. Ce frère, au prénom de Mika, surgi comme un ange au début du film, en est le pivot hypersensible et révélateur de vérité.  Après l'expérience vécue avec Thomas, le trisomique auquel il a consacré son premier film documentaire, Germinal Roaux intègre ce personnage bouleversant, admirablement incarné par le jeune Dimitri Stapfer.

 

D'une totale justesse quant à l'observation sociale et psychologique d'une réalité et d'un milieu souvent réduits à des clichés, Left Foot Right Foot se dégage de ceux-ci par les nuances d'une interprétation de premier ordre. Marie (Agathe Schlenker) est ainsi crédible de part en part dans son rôle de fille mal aimée. Et Nahuel Perez Biscayart, jeune comédien déjà chevronné et internationalement reconnu, se coule dans le rôle de Vincent avec une intelligence expressive et une délicatesse sans faille.

 

L'émotion est très vive à la fin de la projection du premier long métrage de Germinal Roaux, qui nous laisse le coeur étreint, au bord des larmes. Rien pourtant de sentimentalement complaisant dans cette fin dure et douce à la fois, ouverte et cependant plombée par l'incertitude. Cette incertitude est d'ailleurs la composante majeure de Left Foot Right Foot, magnifique poème du vacillement d'un âge à l'autre: de l'adolescence prolongée à ce qu'on dit la vie adulte.

 

Formellement, enfin,  Left Foot Right Foot est un poème, porté par le chant des images et la mélodie des plans. Il en découle, pour le spectateur,  un sentiment de profonde purification.      

 

Roaux06.jpgLa jeunesse entre l'avoir et l'être

 

-Quelle a été la genèse du film ? 

 

- Dans mon vécu, j'ai rencontré des jeunes filles comme Marie qui se prostituaient occasionnellement pour se payer des sacs Vuitton.   J'ai ressenti comme une blessure de constater que l’ «avoir» était pour elles plus important que l’ «être». Ces questions existentielles sur le monde de la consommation et l'accès à une société ou les repères deviennent difficiles à percevoir, m'ont poussé à l'écriture de ce film qui est aussi nourri par mon travail photographique sur la jeunesse publié mensuellement sur mon site internet (www.germinalroaux.com)  depuis 7 ans, qui  fait désormais partie des Archives de la Bibliothèque Nationale Suisse.

 

- Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

 

- Il a été très difficile de garder la cohérence entre la première idée du scénario, huit ans plus tôt, et le premier clap. Ayant moi-même beaucoup changé entre temps j'ai eu de la peine à rester fidèle à ma vision initiale.

 

- Comment avez-vous choisi vos jeunes acteurs ? 

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- Il existe toujours des acteurs à la mode qu'il serait judicieux de prendre pour faire parler du film.  A Paris, les choses fonctionnent souvent comme ça. Mais mon besoin de vérité m'oblige à laisser à l’acteur l’espace et la liberté d’être ce qu’il est. La rencontre personnelle est un élément fondamentale pour mon travail, qui traite de l’humain. Pour ces raisons, le casting entre Paris et la Suisse a été très long jusqu'à trouver les perles nécessaires. 

 

- Vous présentez votre film comme un "poème". Pourquoi ?

 

- Le poème laisse libre: il n'enferme pas. Chacun doit pouvoir comprendre les choses avec son propre vécu. C’est à mon sens la plus grande qualité de l’art: donner à voir ou ressentir ce qui se trouve entre les lignes. C'est notamment pour cette raison que les scènes de sexe ne sont pas explicites: tout se passe hors champ. Cela ne veut pas dire qu'il y a des sujets tabous, mais seulement que je souhaite avoir avec les personnages et le public une certaine pudeur.  C'est une des conditions nécessaire à la liberté que je souhaite donner au spectateur. 

 

Nota bene: Le film de Germinal Roaux sera distribué en Suisse romande dès le 23 octobre.

 

 

 

08:03 Publié dans Culture, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

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