16/11/2010

Le Prix Interallié à Jean-Michel Olivier

 

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L’Amour nègre, satire globale, obtient le dernier grand prix parisien de la saison. 

Jean-Michel Olivier, écrivain-prof vaudois, fait  fort dans la parodie de la mondialisation « people »

Le sentiment « panique » que nous vivons, aujourd’hui, dans un asile de dingues doublé d’un lupanar, peut intéresser un romancier. Mais comment parler de ce monde ? Comment le décrire ? Comment en illustrer la démence ?

C’est ce défi qu’a relevé Jean-Michel Olivier, descendant légitime de Juste et Urbain, respectivement poète et romancier paysan, auteur lui-même d’une vingtaine de livres mais qui passe ici à la vitesse supérieure.

Comme un Michel Houellebecq, l’écrivain vaudois se sert ici de tous les standards de la culture de masse (cinéma, musique, modes et marques) et de tous les poncifs du langage au goût du jour pour les « retourner » et en souligner, sans moraliser pour autant, la monstruosité.

Par la voix de Moussa, alias Adam, jeune « nègre » adopté par un couple d’acteurs de cinéma  mondialement connus (prénommés Dolorès et Matt, mais on pense illico à Angelina Jolie et Brad Pitt, avec un zeste de Madonna), le récit carabiné de L’Amour nègre nous plonge successivement dans une Afrique de « bons sauvages » lubriques et corrompus, en pleine fiesta hollywoodienne, sur une île paradisiaque achetée par un acteur devenu célèbre en Dr Love puis en vantant une capsule de café (clone de Clooney…), dans un autre Eden sexuel asiatique pour riches Occidentaux et enfin à Genève où le jeune homme a été ramené comme un bonobo sexuel par une femme de banquier liftée, qui l’abandonne bientôt.  

Entre autres scènes pimentées de cette satire, on relèvera celle du paparazzo flingué par Matt dans un arbre; la sauterie durant laquelle Adam coupe à la machette (cadeau de Matt…)  la main d’un producteur surpris au moment où il allait violer sa sœur d’adoption ; d’inénarrables séances de psychanalyse ; la séance de tripotage de « bambou » à laquelle Adam est invité par un certain chanteur pédophile, ou la visite humanitaire (non moins que publicitaire) de Mère Dolorès aux enfants d’un bidonville qui lui chantent un hymne du chanteur en question : We are the World, we are the Children…

Sous ses aspects burlesques, voire gore,  à la Tarantino, L’amour nègre pose de vraies questions, notamment liées à l’humanitarisme publicitaire et à la déliquescence moralisante du monde global. Sur fond d’infantilisme généralisé, tout peut se tolérer dans la Cité des Anges : la consommation délirante, la drogue, le sexe à outrance et toutes ses variations, mais pas l’amour nègre d’un ado bien dans sa peau qui engrosse sa sœur d’adoption avec ce scandale absolu pour conséquence: un enfant !  

Ainsi l’impression finale qui se dégage de L’Amour nègre, en dépit de sa drôlerie et de son élan tonique, dépasse-t-elle la seule charge vitriolée.

On pense au Candide de Voltaire au fil des épiques tribulations du jeune héros, qui finit, abandonné par sa « bienfaitrice », dans les bas-fonds de Genève, en quête de sa sœur chinoise casée dans un internat chic de nos régions. Avec un marabout farceur, notre impénitent optimiste survivra en soignant les Suissesses frustrées au moyen de son « bambou » magique. Non sans arrière-goût amer, tout finit donc bien à l’enseigne de « l’amour nègre ». Nos xénophobes en seront-ils rassurés ?

Jean-Michel Olivier. L’Amour nègre. Editions De Fallois/ L’Age d’Homme, 436p.

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