23/03/2010

Deux magiciens en symbiose

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Le peintre René Myrha et la romancière Rose-Marie Pagnard en consonances magiques au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel et à la Galerie Ditesheim  

Sous le titre d’un des livres de Rose-Marie Pagnard, Revenez chères images !, une très belle exposition se tient en ce début d’année au Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel, à l’initiative du conservateur Walter Tschopp, qui vise à confronter, il faudrait plutôt dire : révéler les consonances des œuvres respectives de la romancière et de son conjoint artiste René Myrha. L’hommage à celui-ci est éclatant, qui se décline en plusieurs grandes salles en enfilade dans toutes les dimensions et à travers tous ses modes et techniques d’expressions, de la toile au décor d’opéra en passant par la sculpture et le dessin. Aux œuvres du peintre font écho des citations des romans de Rose-Marie Pagnard reproduites sur les murs, au gré d’une véritable scénographie poétique et plastique à la fois.

 Parallèlement à cette exposition à valeur rétrospective, une présentation substantielle des travaux plus récents de René Myrha est à découvrir aux cimaises de la galerie Ditesheim, en vieille ville, aux bons d’un galeriste attaché depuis des années à l’artiste.

François Ditesheim excelle d’ailleurs à situe l’univers de René Myrha et les questions qu’il nous pose : « Dans quel monde l’artiste nous plonge-t-il, d’où viennent ces créatures à la fois ludiques et inquiétantes ? Quelle vie ont-elles, quelle durée, dans quel espace se meuvent-elles et où vont-elles disparaître ? Tel un magicien, le peintre, le sculpteur, le dessinateur crée un véritable théâtre bdu monde dans lequel cohabitent des figures somptueuses, de rares animaux sveltes et élégants, monde dangereusement exubérant. Cependant le feu menace, le végétal est absent et la catastrophe rôde, Le jour et le nuit s’entremêlent, l’innocence cohabite avec le savoier, la joie avec la peur, et peut-être la vie avec la mort. Un domaine invisible et étrange se cache derrière des couleurs vives et peut-être trompeuses ».

Or nous retrouvons, et plus que jamais avant dans le rêve éveillé du dernier roman de Rose-Marie Pagnard, Le motif du rameau et autres liens invisibles, cet univers d’inquiétante et ludique étrangeté, avec de constants échos aux « événements » picturaux de Myrha, et plus encore à l’atmosphère de son monde enchanté. Tout dans le roman est ainsi comme théâtralisé et comme en suspension, les personnages y courent sur d’invisibles fils de funambules et l’on passe de lieux en lieux et d’une situation à l’autre avec la même fluidité qu’on passe du trivial à l’épuré ou des sentiments les plus délicats aux gestes les plus brusques.

Une douce folie préside enfin, dans les deux œuvres mises en relation, à une sorte d’opéra visuel et littéraire où  la magie et l’effroi, la beauté du monde et l’angoisse cohabitent et communiquent.

Myrha13.JPGNeuchâtel. Musée d’art et d’histoire, jusqu’au 16 mai 2010.

Mardi-dimanche 11h-18h. Mercredi entrée libre. Renseignements : www.mahn.ch

Neuchâtel, Galerie Ditesheim, rue du Château 8. René Myrha, Peintures et œuvres sur papier. Jusqu’au 3 avril 2010.  Www.galerieditesheim.ch

 

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