20/02/2009

Sur le crime de Payerne

ChessexJuif.jpg 30 ans avant Un juif pour l’exemple, les journalistes Jacques Pilet et Yvan Dalain avaient réalisé un film et un livre constituant la première investigation développée des faits.

Loin de moi l'idée de dénigrer le dernier livre de Jacques Chessex, récit certes elliptique mais percutant, aux résonances profondes. En cause cependant: la façon dont Maître Jacques s'approprie la "paternité" de cette terrible affaire au point de prétendre maintenant, à la Grande Librairie, que Payerne est le prélude d'Auschwitz...  

Chessex27.jpgLe succès du dernier livre de Jacques Chessex a occulté, quelque peu, un important travail documentaire accompli, il y a plus de trente ans, par le réalisateur de télévision Yvan Dalain et le journaliste Jacques Pilet, qui aboutit à un film référentiel de Temps Présent, diffusé sous le titre Analyse d’un crime, que la TSR va rediffuser bientôt, et à un ouvrage intitulé Le crime nazi de Payerne, 1942 en Suisse, un Juif tué pour l’exemple, paru chez Favre en 1977.
Certains de nos lecteurs (lire 24Heures du lundi 16 février) ayant rappelé cet antécédent, il semblait intéressant d’interroger Jacques Pilet à propos de son approche de la terrible affaire et de ses protagonistes encore vivants.
Pilet1.jpg- Comment avez-vous eu connaissance du crime de Payerne ?
- Mon père m’en a parlé à l’adolescence et j’en ai été secoué, puis, jeune journaliste, j’y suis revenu avec Yvan Dalain, Juif d’origine dont le père, marchand de bestiaux à Avenches et ami d’Arthur Bloch, fut alerté le soir même du crime par la femme de la victime. Si Dalain était plus impliqué que moi, il m’a semblé très important d’enquêter sur ce drame oublié, mais hautement symbolique, dont nous pouvions rencontrer encore les protagonistes. C’est ainsi que j’ai retrouvé Marmier, marchand de poulets au marché de Lausanne, qui semblait soulagé de pouvoir « vider son sac » alors même qu’il restait maudit. J’ai également débusqué le pasteur Lugrin, beau parleur et très intelligent qui s’est refusé absolument d’être filmé. Resté complètement nazi. Il semblait chercher à me convertir…
- Quelle impression vous a faite le roman de Chessex ?
- Je suis heureux que l’écrivain traite ce thème, quoique cela vienne tard. C’est du bon Chessex, qui va au tréfonds des motivations humaines les plus sombres. Mais cela pourrait être plus fouillé : on aimerait en savoir plus, en effet, de tout l’arrière plan historique, social et psychologique de ce drame. La propagande du pasteur Lugrin, dans un milieu de gens précarisés, ou ce qu’a vécu Pierre Chessex, le père de l’écrivain, et toutes les réactions des gens du lieu, soumis pour beaucoup à la peur, tout cela pourrait nourrir un roman beaucoup plus ample. Mais le verbe de Chessex n’en est pas moins efficace et propre à marquer les esprits. Il s’inscrit dans un travail de mémoire qui a commencé de s’accomplir dans ce pays, et sans doute est-ce plus difficile de mener celui-ci dans le détail local que sur de grands thèmes généraux.
- Partagez-vous le désir de Jacques Chessex de célébrer concrètement la mémoire d’Arthur Bloch à Payerne ?
- Je ne crois pas tant à la valeur des plaques et des noms de places qu’au travail de mémoire dans les têtes. Et là, une fois encore, il y a à faire… Lorsque notre film est sorti, suscitant de fortes oppositions, j’ai été confronté aux mêmes attitudes de banalisation que nous voyons aujourd’hui. Mais on a changé de génération : les témoins directs ne sont plus là. Le sentiment de culpabilité n’est plus un frein, et ces événements paraissent lointains. En outre, je crois qu’il y a aussi, dans le ressentiment de certains Payernois d’aujourd’hui, quelque chose qui vise Chessex lui-même. L’écrivain a donné une image des lieux qui est parfois mal perçue. Nul n’est prophète en son pays… Par ailleurs, je ne serais pas étonné que les événements récents, à Gaza, qui noircissent l’image d’Israël, ne contribuent à « relativiser » aussi la portée du crime de Payerne.

 

Jacques Chessex en fait trop…

 

 

 

Jacques Chessex a signé, avec Un juif pour l’exemple, un livre qui fera date au double titre de la littérature et du témoignage « pour mémoire ». Lorsque l’écrivain nous a annoncé, en décembre dernier, le sujet de ce nouveau roman, nous avons un peu craint la «resucée» d’un drame déjà évoqué sous sa plume, notamment dans Reste avec nous, paru en 1965, et c’est donc avec une certaine réserve que nous avons abordé sa lecture, pour l’achever d’une traite avec autant d’émotion que d’admiration. La terrible affaire Bloch pourrait certes faire l’objet d’un grand roman plus nourri que ce récit elliptique, mais le verbe de Chessex, son art de l’évocation, sa façon de réduire le drame à l’essentiel, touchent au cœur. Cela étant, avec tout le respect que mérite l’écrivain, et même à cause de l’estime que nous portons à son œuvre, comment ne pas réagir à certaines postures que nous lui avons vu prendre ces jours  au fil de ses menées promotionnelles, et notamment en s’arrogeant la « paternité » du crime de Payerne (lire notre édition du 18 février), traitant avec dédain le travail documentaire qui aboutit à une édition de Temps présent, en 1977, réalisée par Yvan Dalain et Jacques Pilet, et au  livre de celui-ci sous-intitulé (sic) Un juif pour l’exemple ?

Que Jacques Chessex ne mentionne par cette double source dans son roman n’est pas choquant à nos yeux. Un grand sujet n’appartient pas à tel ou tel, surtout dans un travail de mémoire. Cependant, affirmant lui-même qu’il était «sur le coup» avant Dalain et Pilet, Jacques Chessex pourrait faire croire qu’Un Juif pour l’exemple n’est qu’un «coup» et qu’il s’agit  d’occulter tout concurrent. Or son livre vaut mieux que ça!

Une scène saisissante, dans Un juif pour l’exemple, évoque le triple aller et retour d’Arthur Bloch, attiré dans une écurie par ses assassins, qui hésite avant de conclure le marché fatal. Nous imaginions cet épisode inventé  par l’écrivain, or c’est du film de Dalain et Pilet qu’il est tiré. Il va de soi que ce détail n’entache en rien le mérite de Chessex, mais que perdrait celui-ci à saluer le travail d’autrui ? À cet égard, la posture de Chessex nous a rappelé celle du cancérologue médiatique Léon Schwartzenberg qui, un soir, après une émission de télévision à laquelle participait un jeune romancier médecin de notre connaissance, lui téléphona pour lui dire : cher confrère, le cancer à la télévision, c’est moi !

Dans le même élan écrabouilleur, Jacques Chessex s’est répandu récemment, dans l’émission radiophonique Le Grand Huit, en propos consternants sur l’état de la littérature romande actuelle, concluant à son seul mérite exclusif et à l’inexistence d’aucune relève. Ainsi, le même écrivain qui prétend défendre la mémoire collective, piétine ceux qui, à leur façon, contribuent à la culture commune. Plus rien ne se fait après nous : telle est la chanson triste des grands créateurs de ce pays virant aux caciques, de Tanner et Godard à Chessex. Or nous osons le dire à celui-ci : cette posture est indigne de toi, frère Jacques : ton œuvre vaut mieux que ça !  

 

10:49 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : histoire, littérature

Commentaires

Ce texte de J.L. Kuffer me frappe par le respect pour les protagonistes, en même temps que pour la clarté de ce qui doit être dit! Merci.

Écrit par : cmj | 21/02/2009

N'oubliez pas l'U.S. YODEL svp et voyez comme il serait facile de spammer en vrac des commentaires de blog, mais ça non plus n'en parlons pas. Bien cordialement.


Obama,

aux Bahamas,

n’a Nassau

pris d’assaut;

Obama bat Mao,

au bas mode des prix

des hauts bahuts banni,

Obama, au bas mot, bat Mao;

Et, mobbé, Obama obéit au pays,

manie nid des pions;

Obama, l’âme aidant

le fi(l)on;

Fions-nous à noueux long et gras bras donneurs,

pas véreux, pardi,

dirigés vers « pervers »

heureux paradis;

Obama mue, ruse,

n’amuse plus,

mais Obama n’est Mobutu,

ni né: Desmond ….

ni même Bond;

Obama fort de trop de mots, d’intox et torts,

n’a de cesse, sans doute, à Fort-Knox

de casser croûte du plus concret, voilé,

de tous les secrets les plus fous:

ce vieux, silencieux, recensement de l’aimant lieu

débarrassé d’or du passé de désossée, en détresse BNS,

sans fouilles dépouillée par rares frustres depuis des lustres;

Obama ces rats balaiera, et ramassera ma ration,

la remettra à Sa nation?

Non, Non :

Obama rit, n’est pô pourri,

ne dérape, s’en tape les cuisses,

restituera ce qu’il pourra aux suisses,

argent des gens que rapaces, las, ont détourné,

au détriment du contentement, du mieux d’aïeux

bernés, dont descendance peste et reste sans finances

ou presque, ou si grotesque.

Obama Mao bat,

des hauts bahuts banni,

Obama mord et punit, lors.

L’as Obama aux Bahamas

va se rendre

et prendre

Nassau d’assaut bancaire

précaire.

Yes with Care!

Obama manie des lois la férule

et honni soit qui n’a de pendule

Écrit par : Ali GNIOMINY | 21/02/2009

Voilà qui méritait d'être dit. Il y fallait un courage certain... Honneur à vous!

PhB

Écrit par : Philippe Barraud | 25/02/2009

Question : est-il juste que l’entier de la population d’une petite bourgade soit continuellement mise à l’index pour la faute gravissime d’une minorité. Où alors n’était-ce pas une minorité ? On aimerait le savoir. Pendant cette période le 95 % des Suisses étaient antinazis, des ligues se formèrent, des réunions antinazies se tinrent, il est vrai surtout en Suisse alémanique. Les Allemands eux-mêmes furent surpris et reconnurent cette forte opposition, ils pensaient trouver chez les Alémaniques la même attitude que chez les Autrichiens, ce ne fut pas le cas. Je prétends que la Suisse doit beaucoup à cette attitude. Chez les Vaudois il y eut en tout cas deux personnes parfaitement haïes par les nazis :

Je paie qui me sert; qui me dessert paie. Je n'ai pas d'ennemis (!) ; si je m'en crée, je les supprime. La potence pour toutes les canailles! Pour Churchill, Roosevelt. Pour Masson, ce Suisse qui, dès le début des hostilités, a pris leur parti!
SS Heinrich Himmler - Accoce et Quet "La guerre a été gagnée en Suisse"


Lettre envoyée à des personnalités et à des commandants d'unité d'armée par des nazis suisses

Un vieux monde s'écroule. Les hommes d'Etat responsables des destinées de la Suisse se barricadent derrière le mot ambigu de neutralité, pour rester à l'abri de la marée montante des forces de renouvellement. En réalité, leurs sympathies vont à l'alliance anglo-américano-bolchévique, aux forces conservatrices. Au milieu de l'Europe, le Général a construit une forteresse qui se présente comme un corps étranger. Des officiers de grade élevé, vraiment capables et compétents, récusent le Général et son comportement. Ils qualifient son élection d'erreur monumentale et n'oublient pas qu'il a introduit la politique dans l'armée. Comment s'étonner d'entendre dire qu'il faut démobiliser la troupe pour se libérer du Général ? Le peuple commence à saisir que celui qui hait fanatiquement les Allemands conduit le pays à la ruine. Son dernier méfait a été d'incorporer des détachements de destruction dans les gardes locales des grandes villes. Rien n'est sacré pour cet homme lorsqu'il s'agit, pour obéir aux Anglais, de mener le pays à la catastrophe. "Le général Guisan est l'ennemi n°1 de la Suisse. Il est celui qui, de tous les temps, a fait le plus grand mal à la Confédération."

Écrit par : Christian Favre | 25/02/2009

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