05/02/2009

De la serendipity

 Berger9.jpgUn souvenir de René Berger, qui vient de nous quitter...

Cerveau2 (kuffer v1).gifJe ne suis pas philosophe et ma culture scientifique est à peu près nulle, mais je me suis senti comme chez moi dans le livre de Max Dorra, Quelle petite phrase bouleversante au cœur d’un être ?, dont je lisais ce matin-là ces lignes à ma moitié en train de potasser ses dossiers sur l’apprentissage des adultes et, plus précisément, sur les travaux de Francisco Varela : «Le cerveau. De quoi rêver. Il faudrait, pour explorer ce cosmos, imaginer un véritable équivalent de la NASA. Et avant tout, une NASA de la mémoire. La formation d’un chercheur y serait diversifiée. Neurophysiologiste, il partirait à la conquête de l’encéphale, tout en sachant qu’il en modifiera les connexions en les observant. Poète, il laisserait venir les métaphores, ces carrefours germinatifs entre associations et modèles. Il devrait aussi ne pas ignorer l’histoire de la philosophie, ne serait-ce que pour débusquer les préjugés idéologiques, voire les croyances qui pourraient à son insu parasiter sa propre démarche. Neurophysiologiste, poète, philosophe, il lui faudrait de toute façon être capable d’accueillir l’inattendu, pour élaborer des concepts nouveaux, et avoir ainsi une chance de commencer un jour à comprendre le cerveau humain ».
Lorsqu’elle a entendu l’expression «d’accueillir l’inattendu», ma moitié a aussitôt évoqué la «serendipity», me rappelant  du même coup la première fois que j’avais entendu ce mot dans la bouche de René Berger, sur un trottoir lausannois.

Je me rappelle, comme de ce matin, le rayon de soleil oblique flamboyant ce jour-là sur le capot argenté de ma Honda Jazz que je venais de parquer, et René Berger, dans cette lumière, qui promenait son bouledogue français, s'arrêtant et me hélant cordialement. Revenant comme toujours d'un lointain Colloque (il prononçait colle-loque...), cette fois à Tokyo, et moi de m'esbaudir qu'il pût encore participer à des colle-loques à plus de 90 ans (alors lui de me remercier pour cet encore...),   René Berger m'avait demandé, après un bref colle-loque sur notre pratique commune des blogs, si je m'intéressais moi aussi à la serendipity, avant  de s'exclamer, devant mon ignorance manifeste: mais très cher, vous la pratiquez, vous pratiquez la serendipity mais sans vous en douter, comme Monsieur Jourdain fait de la prose. Et de m'expliquer dans la foulée ce qu'était cette fameuse serendipity, francisée en serendipité: ou l’art de trouver un truc quand on cherche un machin...

Max Dorra. Quelle petite phrase bouleversante au coeur d'un être ? Gallimard, coll. Connaissance de l'inconscient, 2005.

11:05 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Il est étonnant de lire le mot "serendipity" dans un blog sur la littérature alors qu'existe "sérendipité" en français.
Ce terme a certes été forgé par Horace Walpole pour sa traduction en anglais de contes persans publiés en italien et traitant des aventures de 3 princes de Ceylan, Serendib ou Serendip en langage de l'époque mais de là à préférer le mot anglais à la place de son équivalent français, il y a un pas que je me refuse à franchir !

Bonne journée

Écrit par : DBaudois | 06/02/2009

C'est terrible, wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rendipit%C3%A9

Écrit par : Géo | 10/02/2009

Merci d'être rappelé du Berger ...

Écrit par : Mr. People Search | 05/05/2009

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