24/06/2008

Le dandy rebelle

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L’écrivain égyptien francophone Albert Cossery est mort à 94 ans à Paris, où il résidait depuis 1945.
Albert Cossery était l’un des derniers mythes vivants de la littérature française du XXe siècle, ou, plus précisément, de la bohème parisienne de Saint Germain-des-Prés, en l’hôtel Louisiane, rue de Seine, où il résidait depuis 1945 après Henry Miller. Le personnage, aphone depuis quelques années, mais visité comme un monument par les télévisions du monde entier, éclipsait hélas l’écrivain, aussi rare qu'original et percutant. Né le 3 novembre 1913 au Caire, Albert Cossery s'est voulu écrivain dès l'âge de dix ans. Son premier livre «reconnu» porte un beau titre (comme tous les autres d'ailleurs), Les hommes oubliés de Dieu, et rassemble cinq nouvelles aux accents parfois bouleversants, où le jeune auteur (il avait entre dix-huit et vingt-cinq ans quand il les a composées) nous plonge dans la vie à la fois misérable et formidablement vivante des quartiers déshérités du Caire. Or ce qui saisit, immédiatement, est la maturité et la profondeur fraternelle du regard de Cossery, trop souvent taxé de dilettantisme. Il y avait en effet du romancier balzacien et du moraliste, du poète et du philosophe désenchanté (Nietzsche est son copilote) chez Albert Cossery, qui nous nous captive en conteur. Des Hommes oubliés de Dieu (1941) aux Fainéants de la vallée fertile (1948), où il évoque sa famille, ou de La maison de la mort certaine (1944) à Mendiants et orgueilleux (1955), son roman le plus accompli, Cossery prétend qu'il n'a jamais fait que réécrire le même livre. C'est à la fois admissible et incomplet, car chaque nouvel ouvrage atteste à la fois son désir de pousser plus loin. Avec La violence et la dérision (1964), Un complot de saltimbanques (1975) et l'étonnant roman politique intitulé Une ambition dans le désert (1984), précédant Les couleurs de l'infamie (1999), Albert Cossery s'est ainsi renouvelé bien plus que maints autres auteurs. A relever: le très remarquable travail de l'éditrice Joëlle Losfeld, qui voit en Cossery un auteur propre à séduire les jeunes lecteurs sans préjugés idéologiques de demain, et le défend avec autant de constance que de pugnacité. Une très précieuse Conversation avec Albert Cossery, signée Michel Mitrani, a paru à son enseigne, où tous les titres de l'œuvre sont désormais disponibles.

06:12 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature

Commentaires

Envoyer une photo pareille avec le titre " le dandy rebelle"...
Espérons juste qu'il ne nous reviendra pas du royaume des morts, votre dandy, parce qu'il a juste la tête de l'emploi...

Écrit par : Géo | 24/06/2008

J'ai gardé ce charmant portrait pour ce blog. La version papier était moins fraîchement chic. La dernière fois que j'ai vu Cossery, en mars dernier, dans la pharmacie jouxtant le Louisiane, il était en train de se faire bander les mains par la pharmacienne. Il n'avait pas de cravate, mais gardait la superbe avec laquelle il invectivait les garçons de la modeste cantine de l'Emporio Armani. Au royaume des morts, c'est bandé de la tête aux pieds qu'il dort d'un oeil dans son sarcophage griffé Pinin Farina. Gare s'il relève pour vous répondre...

Écrit par : JLK | 25/06/2008

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