01/04/2008

Le retour des zéros

778887432.jpg

Dernières nouvelles de Bret Easton Ellis

Que sont devenus les jeunes paumés de Moins que zéro ? Lesquels ont survécu à la drogue, au Sida ou au spleen de la Cité des Anges ? C’est ce que nous apprendrons en américain dans le texte au tournant de l’an 2010, en découvrant le nouveau roman de Bret Easton Ellis, d’ores et déjà intitulé Imperial Bedrooms.
Après l’autobiographie fictive de Lunar Park, et la fresque grinçante de Glamourama, le ci-devant « enfant terrible de la littérature américaine », selon l’expression du New York Times qui mérite aujourd’hui un petit correctif puisque le jeune auteur approche des 45 ans - le romancier affirme que ce nouvel ouvrage pourrait marquer, aussi, son chant du cygne.
Ce qui est sûr, c’est que les personnages de Moins que zéro, son premier roman minimaliste paru en 1985 (il avait à peine plus de vingt ans), à commencer par Clay, l’étudiant de retour à Los Angeles pour les vacances de fin d’années, et qui va de défonce en défonce, ont eux aussi vingt-cinq ans de plus (même les personnages de romans vieillissent, paraît-il) et c’est à savoir ce qu’ils sont devenus que s’est intéressé l’écrivain.
D’où tiens-je ces renseignements de seconde main ?
D’un exemplaire, grand ouvert à la page 53, de l’édition du Corriere della Sera du jeudi 27 mars, reposant sur un des bancs de la Via dell’Amor, fine corniche piétonne reliant les villages de Manarola et de Riomaggiore, dans le site des Cinque Terre fort prisé par les jeunes Américains à backpackers et où je me baladais l'autre jour...
Sous la plume glamourameuse d’Alessandra Farkas, correspondante du quotidien lombard à New York, l’on y apprend également que Bret a fini par pardonner à son père d’avoir été un nul (comme le laissait entendre Lunar Park) et que sa mort l’a moins secoué que celle du jeune sculpteur Michael Wade Kaplan, « peut-être le plus grand amour de sa vie ». Passons sur quelques détails relatifs à la vie privée de l’écrivain, entre autres potins du gotha littéraire américain, (Bret correspond tous les jours par mails avec Jay McInerney qui a été l’un des premiers à défendre American Psycho contre la curée de l’époque) pour relever cette observation qu’il fait à propos de ce fameux brûlot : « Une allégorie de mon enfance dans une famille parfaite d’apparence, sous la surface de laquelle couvaient alcoolisme, folie et abus sexuels... »
Pour ceux qui ont apprécié The Informers, ses premières nouvelles traduites sous le titre discutable de Zombies, constituant à mes yeux l’un des meilleurs livres de Bret Easton Ellis, la dame du Corriere précise que l’adaptation cinématographique du recueil est la seule (sur une demi-douzaine) à laquelle ait participé l’auteur, avec un casting d’enfer (Winona Ryder, Kim Basinger, Mickey Rourke et Chris Isaak, notamment) et qu’on devrait la découvrir bientôt…

Commentaires

C'est autre chose que les tribulations d'Harry Angstrom chez Updyke. Vraiment une autre époque. Cela dit, je laisse les coordonnées GPS si quelqu'un veut récupérer le journal: N 44°06.053’ E 009°44.163’.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 01/04/2008

Pas mal, votre résumé de 24 heures aujourd'hui. Vous avez oublié de mentionner l'épisode "Matisa", pas seulement parce que c'est la plus belle photo de Mario del Curto, mais parce qu' en Suisse, jamais les luttes ouvrières n'avaient été si proches des organisations issues de mai 68.
Comparer "maocosmique", oeuvre délirante de jeunesse de Muret (1970 ?) avec le film de Reusser (199...8 ???) n'est pas non plus vraiment pertinent.
Ce commentaire n'a rien à faire là, j'en conviens, et libre à vous de le sucrer...

Écrit par : Géo | 03/04/2008

Moi, j'ai suivi les 盛况 de mai 68 depuis le Barbare.
Un transistor avait été installé sur le bar et les gens présents commentaient les commentaires.
Dès que l'essence a été à nouveau disponible en France, je suis parti en Espagne avec deux copains dans ma Coccinelle.
Ca n'a non plus rien à faire ici, mais ça me fait plaisir.

P.-S.: au fait, à l'époque j'étais plutôt Action Française, mais toutes ces guignoleries m'ont bien plu (surtout celles avec Danny le Rouge).

Écrit par : Pierre-André Rosset | 03/04/2008

Action française, mais à quel point ? par snobisme ?
Qu'est-ce qu'il dit, Rimbaud, sur les jeunes de 17 ans ? (vous en aviez 18...)

Écrit par : Géo | 03/04/2008

- Par goût de l'harmonie, de l'esthétique et de la contradiction.
- 19 ans et 7 mois.

Vous aurez sans doute remarqué que les Chinois ont trois expressions pour désigner une événement:
盛况 = événement spectaculaire
惨案 = événement tragique
变故 = événement malheureux
Reste maintenant à qualifier les "événements" de mai 68 et les "événements de la Place Tiananmen".
Dans la première expression, on voit distinctement une petite fourmi jettant un pavé: mai 68 est donc un événement spectaculaire.
Pour la deuxième, il est clair que nous sommes en présence de fourmis branquignolant autour d'une place (le carré surmonté d'une croix): donc, Tiananmen est un événement malheureux.

Ca vous va comme explication ?

Écrit par : Pierre-André Rosset | 04/04/2008

P.-S.: l'événement tragique peut s'illustrer de la façon suivante:

- le premier caractère représente la confusion et l'embrouille
- le second, en trois parties, montre une personne humaine écrasée sous une feuille de papier, sur laquelle une sorte de couronne (symbole de l'Etat) appuie de tout son poids.

Et le tout s'applique naturellement à la somme que le fisc compte me soutirer cette année.

Écrit par : Pierre-André Rosset | 04/04/2008

Cela fait du bien de constater qu'il y a encore des gens suffisamment libéraux pour ne pas saquer immédiatement les intrus.
Ayant entendu parler de CG Jung cet après-midi, cela m'a rappelé que je suis cité dans "Maocosmique" comme admirateur de ce dernier. Amusant, n'est-il pas ?

Écrit par : Géo | 06/04/2008

Les commentaires sont fermés.