02/12/2009

Ma Maison n'est pas un minaret

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La démagogie s'affiche en Suisse. Feuilleton en trois épisodes.

 I. Après la dernière avancée du parti populiste UDC, en 2007.

                                                                

 

- A présent, pas d’histoires, vous sortez d’ici : c’est Ma Maison. Raus !
Voilà ce que nous avait assené, ce soir-là, le patron de La Bonne Auberge, au cœur de la ville fédérale de Berne, à mon ami le Gitan et à moi.
Nous avions déjà été avertis deux fois : mon ami le Gitan parlait trop fort.
« Ce n’est pas comme ça qu’on fait chez nous», avait expliqué, une première fois, le patron de La Bonne Auberge à mon ami le Gitan, dont la dégaine de loup détonait déjà en ces lieux , et à moi qui n’ai l’air que d’une sorte de Welche probablement secundo d’Italien ou d’Espagnol, au pire de Juif sépharade : «c’est bien clair ? »
C’était en effet clair et net : le Gitan avait parlé trop fort à La Bonne Auberge, où nous nous étions réfugiés sous la pluie battante qui nous avait surpris à la sortie du consulat de Roumanie où mon ami était allé faire renouveler son passeport.
Ce n’était pas que le Gitan dérangeât les clients de La Bonne Auberge. Des autres tables fusaient à tout moment des éclats de voix typiquement bernois, mais les habitués de La Bonne Auberge ne gesticulaient pas à la manière du Gitan, et la faconde à l'évidence gitane de celui-ci, son plaisir trop voyant de bien manger et de bien boire en croyant faire honneur à La Bonne Auberge, désignaient par trop le caractère gitan du Gitan, autant dire l’étranger, sinon l’indésirable, le criminel en puissance.
Avons-nous fait scandale à La Bonne Auberge ? Nullement. J’eus beau faire valoir au patron qu’il faisait mentir l’enseigne de sa maison et que j’avais honte pour lui et pour notre pays dont tant de ressortissants avaient survécu en s’expatriant, à commencer par mes propres aïeux employés d’hôtellerie aux quatre coins de l’Europe et jusqu’en Egypte ; j’eus beau lui rappeler la haute tradition de refuge et d’accueil de notre pays: rien n’y fit. Sa Maison était sa Maison, nous devions partir, Punkt Schluss.
Sept ans plus tard, lorsque j’ai découvert l’expression «Ma Maison » sur l’affiche de la campagne électorale du parti populiste UDC, représentant un troupeau de moutons blancs dont l’un, d'un sale coup de patte, boutait, hors du pâturage, l’unique mouton noir assimilé à l’étranger criminel, comme un goût amer et comme une tristesse, comme une honte m’ont submergé, relancés hier à l’annonce de la nouvelle avancée du parti populiste UDC aux élections de ce dimanche.
Je ne dirai pour ma part que ceci : ce goût amer, cette tristesse et cette honte.

 

CorbeauxUDC2.gifII. Avant la votation sur la libre circulation des personnes du 8 février 2009.

Pour sa nouvelle campagne contre la reconduction de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie, l’Union démocratique du centre (UDC) a cette fois décidé d’exhiber de vilains corbeaux menaçant la si douce Suisse. Après des mains d’étrangers tentant d’agripper des passeports suisses et la fameuse affiche des moutons blancs repoussant un mouton noir de notre pays immaculé, l’UDC a choisi d'affreux pour soutenir ses thèses anti-européennes et xénophobes. Que l’ont soit pour ou contre la libre circulation, le procédé d’amalgame (jouant notamment sur la peur des roms chapardeurs),  choque au sein des communautés visées. «Nous avons trouvé la campagne d’affichage tendancieuse et raciste. Elle s’attaque à deux pays qui viennent d’entrer dans l’Union européenne comme s’ils étaient des Etats voyous. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés», réagit Adrian Rachieru, le président de l’Association roumaine de Lausanne. L’écrivain Marius Daniel Popescu s’est associé à ce mouvement de protestation, qui  appelle à signer, sur internet, une lettre ouverte adressée au Conseil fédéral, aux habitants et à aux partis politiques. «Nous considérons que cette campagne propage la haine et stigmatise d’une manière diffamatoire deux peuples membres de l’Union européenne», dénonce ce texte en demandant l’interdiction de la campagne.

Ainsi que le détaille notre consoeur Laure Pingoud, dans l’édition de 24 Heures du 9 janvier 2009, la démarche a rapidement trouvé écho au sein de la communauté roumaine de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Arrivée en 2004 après des études en Roumanie, la doctorante Diana Ciressan a ainsi signé et fait circuler le manifeste, choquée par l’affiche qu’elle ressent comme une attaque. «Il faut protester! Bien sûr que la Roumanie est un pays en développement, avec des gens qui vont chercher du travail ailleurs. Mais on a vraiment quelque chose à donner à la Suisse et à l’Europe.» Son collègue Mihai Gurban, sur le point d’obtenir sa thèse, renchérit: «Nous ne sommes pas là pour voler ou créer des problèmes. Il y a beaucoup de Roumains à l’EPFL qui contribuent à la recherche suisse. Nous ne sommes pas des corbeaux. Je sais qu’il y a peu de chance que la campagne soit touchée par notre action et je comprends que chacun exprime ses opinions, mais je veux montrer qu’une telle image n’est pas sans effet.»

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III. Après la votation sur l'interdiction des minarets en Suisse, du 29 novembre 2009.

Trois jours après la votation sur l'initiative populaire visant à interdire la construction des minarets menaçant le voisinage de sa maison, le tenancier de la Bonne Auberge se frotte le ventre tandis que les responsables de la gauche la plus bête d'Europe, après celles de France et d'Italie, tâchent de donner de la voix dans les manifestations confuses répondant à la votation confuse dans laquelle notre bon peuple s'est confusément fait piéger par les démagogues dont les affiches nauséeuses furent le fer de lance, sans que les irresponsables de la gauche confuse ne trouvent de meilleurs arguments que ceux des responsables de la droite financière la moins confuse qui soit dans les pays civilisé: ne fâchons pas les musulmans des pays à fortes concentration de minarets, qui risquent de ne plus pisser le dinar.

De son côté, le Président de la Confédération, M. Rudolf Merz, qui est allé s'excuser auprès de son collègue M.Kadhafi après le traitement indigne que la police genevoise a fait subir à son fils Hannibal (comme son nom l'indique), et vient parfois faire une partie de cartes à la Bonne Auberge, l'a solennellement expliqué hier par voie de médias: maintenant il faut réfléchir. Non, M. Cohn-Bendit, le peuple suisse n'est pas raciste: il a juste un peu peur, mais maintenant on peut lui expliquer qu'il ne faut pas avoir peur, de même qu'on peut expliquer aux musulmans de Suisse pourtant si bien intégrés,  et aux pays à forte concentration de minarets et de puits de pétrole, qu'ils n'ont pas besoin d'avoir peur eux non plus. Enfin, a expliqué notre Président cherchant à sortir de sa propre confusion, il faudrait maintenant expliquer à tous ceux qui n'ont pas compris le fonctionnement de la démocratie en Suisse, qu'en Suisse le bon peuple peut la ramener et plus souvent qu'à son tour, contrairement à ces pays où l'on interdit de construire des églises sauf si elles ont l'air de banques, donc  citoyennes et citoyens, maintenant qu'on en a pris plein la gueule parce que vous n'avez rien compris, nous allons réfléchir et vous expliquer...  

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Commentaires

Je partage votre amertume et votre chagrin après cette affreuse "victoire" de l'UDC. J'ai connu la même honte que vous lorsque ma femme française, tout récemment arrivée en Suisse, a vu ces affiches et m'a demandé, outrée: "mais n'avez-vous pas des lois, en Suisse, pour punir les propos racistes? Cette affiche devrait être censurée, non?" Et là, à mon grand dam, j'ai bafouillé deux ou trois excuses, deux ou trois mots d'incompréhensions ou d'explications boiteuses, sans y croire. Mais mes borborygmes eurent tôt fait d'être étouffées par la honte.

Écrit par : smitty | 29/11/2007

Minarets: Mea culpa sincère pour un mensonge
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Je crois personnellement que le meilleur moyen pour vivre en paix est d'être véridique et de reconnaître ses propres erreurs, de part et d'autre.

J'estime que le Conseil fédéral, le Parlement, la Commission fédérale contre le racisme et les Églises suisses nous ont trompés en affirmant que l'initiative contre les minarets viole la liberté religieuse. Il est donc temps de dire qu'ils ont menti et qu'ils sont responsables des conséquences de ce mensonge... qu'il faut maintenant savoir gérer avec intelligence.

Le peuple a voté. Ce vote n'est pas contre les musulmans qui pratiquent librement leur religion dans ce beau pays. Ce vote est contre les minarets et ce qu'ils cachent. Les minarets ne sont nullement nécessaires pour la pratique du culte musulman. D'ailleurs les premiers minarets en Islam ont été construits 10, voire 20 ans après la mort de Mahomet, et la belle Mosquée avec le dôme doré de Jérusalem n'a pas de minaret.

J'attends donc un mea culpa sincère de la part du Conseil fédéral, du Parlement, de la Commission fédérale contre le racisme et des Églises suisses pour leur mensonge. Est-ce trop demander?

Écrit par : Sami Aldeeb | 02/12/2009

Blablabla, blablabla… Donnons plutôt la parole aux musulmans. Voici des extraits du prêche ( oct. 2009 ) de l’imam de Fribourg traduit par la justice fribourgeoise sur la preuve d’un enregistrement sonore : « Ô Seigneur des seigneurs ( … ) Puisses-tu être au côté des musulmans, en Palestine et en Irak, au Soudan et en Somalie, en Afghanistan et en Tchétchénie, aux Philippines et au Cachemire, en Birmanie et en Thaïlande ( rem. des régions d’où sont issus des terroristes qui ont fait l’an passé des centaines et des centaines de victimes civiles et innocentes ) et en tous pays où, opprimés, ils se battent pour que la parole de Dieu domine celle des impies. » « Ô Dieu, purifie-nous des pêchés comme on purifie une étoffe des salissures pour la rendre éclatante de blancheur. Puisses-Tu faire qu’à Toi ( seul, NDT ) nous soyons soumis, que notre progéniture soit à Toi ( seul, NDT ) soumise. ( … ) Préserve le voile de nos épouses et de nos filles, ô Seigneur des deux mondes ( … ) Préserve-nous des mauvaises œuvres et des mauvaises tentations, si nombreuses en ce pays ( la Suisse ), ô Dieu Tout miséricordieux. »
( Source : La vérité sur le prêche de l’imam. La Liberté 21.11.2009 )
Hé, faudrait voir pour arrêter « Walt-Disney » c’est pas bon pour la santé…

Écrit par : 022 | 02/12/2009

Personnellement, je suis pour l'érection de dagobas. Le minaret est comme une dague: il perce le ciel. La dagoba est ronde: elle en accueille la semence. Nous rêvons d'un monde courbe: un monde sans arêtes, sans lignes brisées, sans rien qui puisse blesser la part humaine. Un monde qui ressemblerait à un vers de Paul Eluard. Alors nous pourrons nous lover dans des étreintes complices, sans autre foi que celle qui nous attache à la vie, vierges de toute transcendance religieuse et libres d'être au monde.
(cela dit, je trouve cette votation d'une sinistre connerie. En voulant éviter de dresser des minarets, elle dresse les cultures les unes contre les autres)

Écrit par : Lionel Chiuch | 03/12/2009

Merci, M. Kuffer, ce que vous écrivez est vrai
claire-marie

Écrit par : cmj | 03/12/2009

Persiflez, Père Siffleur... c'est une image, celle d'un ventre. Comme il s'agit également d'une construction, on peut l'ériger. Bon, maintenant, s'il faut vous faire un dessin à chaque métaphore, on n'est pas sorti du minaret.

Écrit par : Lionel Chiuch | 03/12/2009

"On ne peut parler de la mer à une grenouille au fond d'un puits: elle est limités à son trou; on ne peut parler du gel à un insecte d'été: sa vie est trop brève; on ne peut parler de la Voie à un intellectuel dans sa tour d'ivoire: il est sclérosé par sa formation."

Écrit par : Zhuangzi | 03/12/2009

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