11/10/2007

Sebald à sa source

 

 

D'après nature, Un triptyque poétique qui nous ramène à la source du grand écrivain.

On croyait avoir tout lu de W.G. Sebald, disparu prématurément en 2001, à l’âge de 57 ans, enfin disons l’essentiel, à savoir Les émigrants, Les anneaux de Saturne, Vertiges et Austerlitz, et de fait, en dépit de leurs grand intérêt respectif, l’essai intitulé De la destruction, traitant du châtiment infligé aux Allemands par le feu du ciel  des Alliés, et la suite de digressions littéraire réunies dans Séjours à la campagne, relevaient un peu des marges de l’œuvre, mais qui aurait pu s’attendre, à part les germanophones avertis, à ce qui nous arrive aujourd’hui en traduction par la grâce de Sibylle Muller et Patrick Charbonneau ?
De toute évidence, ce livre apparaît comme LA première source de l’oeuvre et LE premier grand arpentage du monde et du temps. C’est à la fois un paysage à multiples replis et déplis et la traversée de trois vies qui s’y logent et y bougent (la vie du peintre Grünewald, la vie du naturaliste voyageur Georg Wilhelm Steller, et la vie de W.G. Sebald lui-même), et c’est autre chose encore flottant entre les deux infinis de Pascal, plaçant le lecteur dans la position du personnage tout pensif d’un tableau fameux de Caspar David Friedrich.
Il y a beaucoup de très fine peinture, à la fois candide et savante comme les maîtres anciens savaient la faire sous de doux glacis, et beaucoup de romantisme aussi, paradoxalement, dans ce livre dont la tristesse irradie une lumière que connaissent les lecteurs de Sebald, mais ici à un état de concentration rare.

La poésie de Sebald est narrative, à la fois historique et intimiste, entrecroisant tous les temps de la tragédie humaine et de nos destinées individuelles, et ce sont trois récits qui se donnent ici en triptyque sous trois titres qui chantent aussi bien. Comme la neige sur les Alpes est celui de la pérégrination personnelle de Grünewald dans le monde affreux qui nourrira sa peitnure autour d'un visage résumant tout l'homme entre Hitler et le Christ…Et que j’aille tout au bout de la mer nous emmène au bout de la terre en compagnie d’un luthérien allemand sans dieu la bouche asséchée par le sel des planètes ; enfin la sombre merveille intitulé La nuit fait voile nous plonge au cœur des ténèbres de l’Allemagne où fut conçu W.G. au moment où Dresde s’effondrait sous le tonnerre des Justes…

Mélange de savoir et de saveurs, plongée vertigineuse à travers le temps et le cosmos, D'après nature nous ramène Da Capo, avec l'envie de reprendre une fois encore la traversée de l'oeuvre sans pareille de cet auteur trop tôt disparu.

W.G. Sebald. D’après nature. Poème élémentaire. Traduit de l’allemand (remarquablement) par Sibylle Muller et Patrick Charbonneau.
       

10:00 Publié dans Fatrasie | Lien permanent | Commentaires (0)

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